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Une chronique que José Martí n’a pas écrite : le Parc Central de New York
Par Mauricio Núñez Rodríguez Traduit par Alain de Cullant
Le Parc Central émerge dans les chroniques martianas comme un oasis à l'intérieur de la grande ville moderne qui marche à pas vertigineux et fiévreux vers un développement accéléré.
Illustration par : artistes cubains

On pourrait se demander pourquoi la grande collection des Escenas norteamericanas de José Martí n'offre pas une pièce destinée uniquement au Parc Central de New York. Cependant, à partir des références qui apparaissent dans multiples de ses chroniques, il est évident que l'auteur a abordé plus d'un sujet relatif à cet endroit.

 

Maintenant bien, la signification que possède le Parc Central dans les chroniques martianas, parmi d'autres raisons, surgit à partir de sa présence essentielle et réelle depuis lors dans la vie de la ville et de sa situation géographique privilégiée car, pratiquement, il est situé au centre de l'île du Manhattan, bordant de n'importe quel de ses quatre côtés les avenues les plus emblématiques et fameuses de la ville comme : Fifth Avenue, Madison Avenue, Lexington Avenue et Columbus Avenue, pour ne citer seulement que quelques exemples, où se trouvent situés - depuis cette époque – d’importants centres commerciaux, économiques et culturels de la ville.

 

Le propre chroniqueur reconnaît la localisation enviable du Parc Central, à propos de son élection possible pour une exposition en 1891 dans la ville : « […] mais il ne semble pas en vérité qu'il existe un lieu plus avantageux pour la « grande foire » que celui où passent toutes les voies et où se joignent, au pied d'une région de bois et de coteaux, les deux fleuves ».

 

Les mêmes raisons justifient qu’il soit utilisé dans les chroniques martianas pour placer le lecteur dans l’espace, non seul sur l’endroit de nombreux événements qu’il traite, mais aussi pour faire référence à d'autres lieux du reste de la ville qui sont encadrés dans ce périmètre. C’est qu'à partir de ces grands symboles urbains qu’une bonne partie de la vie de la ville est organisée, et ceci est un trait qui a prédominé avec la même intensité et le même sens jusqu'à l'actualité.

 

De plus, cet endroit est un lieu préféré pour Martí. Il jouissait de ses bontés lors de ses moments de loisir. Peut-être pour être une zone naturelle ou par le paisible de l'espace : « Mais l'objet de ces lignes n'est pas de dire que je m’en rappelle avec tendresse, et qu’hier je pensais à vous, en me promenant, seulement, dans le Parc, où nous allions ce jour quand je voulais savoir comment se passait le dimanche à Buenos Aires ».

 

Il est vrai aussi que le Parc Central semble attractif en n'importe quelle saison de l'année, aussi bien au printemps : « […] et les promenades dans le Parc Central, qui sont maintenant délicieux, et les groupes des femmes dans les rues qui maintenant, en avril, ressemblent aux roses de demain […] » ; qu’en été : « […] New York est dans l'été indien, et toujours vert, en plein novembre ; le Parc, par l'entrée de la Cinquième Avenue, est comme une fantasmagorie dans le milieu de l’après-midi : depuis les bancs publics on voit des Irlandais retirés, des patriarches juifs, les détenteurs de livres en congé forcé, des grands gaillards allemands qui sont de passage dans la nouvelle terre du Nord-ouest » ; qu’en automne : « Avec l'automne viennent les couleurs damascènes du bocage, et il n'y a pas de beauté plus fantastique et rare que celle du Parc à la tombée de la nuit, car, avec les jaunes et l’or d'octobre, c’est comme le fer d’Eibar, avec le fond comme la poix, et l'or, ou fougueux, ou tendre, dans les fleurs et les grosses taches ».

 

Mais c'est l'arrivée de l'hiver que le journaliste récrée avec un plus grand intérêt. On peut trouver de nombreuses références dans le discours de ses chroniques. C’est dans celle écrite le 4 février 1882, dirigée à La Opinión Nacional, où il offre le plus beau tableau. Son commencement est dédié à la nouvelle image qui gagne tant le champ ("Les paysans sont joyeux car les flocons froids, comme papillons blancs, leur apportent dans leurs ailes à faire bien les semailles, tout l'ammoniac de l'atmosphère et tout de suite ils s'étendent sur la terre, où les animaux nuisibles meurent sous ceux-ci") comme la ville avec la saison. L'image urbaine se repose dans le Parc Central et les attraits que chaque heure du jour offre aux visiteurs : « Il y a un soleil doux en hauteur, et un soleil de joie sur les visages des enfants de ces terres de neige. L’aimée boule rouge se lève dans le Parc Central, annonçant aux patineurs que l’on peut déjà patiner sur le lac glacé, et là c’est un qui ajuste les riches patins, là-bas un autre qui se chausse de façon qu’on ne voit pas les siens, modestes. Le lac se peuple de danseurs joyeux » : « La fête et le tumulte ne cessent pas dans la nuit. Sur la neige, la belle lune de janvier envoie sa lumière enneigée. Sur la neige, les petits, réunis en bandes, s’appellent, se poursuivent et luttent entre les rires ».

 

Martí offre la bienvenue à chacune des saisons de l'année depuis ses chroniques avec une fréquence marquée dans les références au Parc Central et les changements qu'elles génèrent dans sa flore et faune. Les transformations qu'il expérimente sont prises comme un échantillon de ce qui arrive en général dans la ville.

 

Le Parc Central - peut-être aussi par sa grande beauté naturelle – devient pour le chroniqueur une référence obligée quant au changement climatique et un espace de différente interaction homme/nature lors de chaque étape, pour les possibilités qu’offrent ses différentes aires : bois, lac, sentiers pour des promenades, zones de réunions, de célébrations ou d'évènements à l’air libre. Bien qu'après le chroniqueur continue à raconter le changement que produit chaque saison dans les rues et chez les personnes ; mais la référence au Parc Central est la première se rapportant aux saisons. Cela est hiérarchisé par l'auteur.

 

Le Parc Central émerge dans les chroniques martianas comme un oasis à l'intérieur de la grande ville moderne qui marche à pas vertigineux et fiévreux vers un développement accéléré. La tranquillité de cet endroit est exprimée par l'auteur en contraste avec le mouvement industriel, constructif, économique et social qui environne cette structure qui a lieu dans la grande cité à la fin du XIXe siècle.

 

Le chroniqueur s’approche de multiple façon au Parc Central : la localisation d'autres événements qu’il aborde, l’expression de changement climatique, l’équilibre flore/faune, la cohabitation harmonique espace/individu, parmi d'autres horizons pouvant être décrits. Comme un bon observateur de la vie qui s'établit dans cet espace et comme voie pour le caractériser d'une manière intégrale, il porte aussi une attention aux amants qui se pressent par les coins du Parc Central, comme une partie de son style pluriel de connaître les communautés.

 

Bien que n'existe pas une pièce dédiée complètement à cette structure urbaine si significative dans le journalisme martiano, il y a des marques dans le discours de nombreuses chroniques qui expriment le goût de l'auteur pour la nature du lieu. Il est impressionné par l’interaction avec les objets urbains, car ceux-ci construisent une partie de son univers référentiel en se convertissant, à la fois, en particularité du discours de ses chroniques. Cela arrive avec les personnages ou les œuvres littéraires qu'il aime, ou les personnalités qu'il légitime et, même, avec celles qu'il repousse.

 

Actuellement, l'un des monuments les plus significatifs situé dans le Parc Central de New York est celui érigé à José Martí : à cheval, majestueux, avec un geste provocant, il perpétue son image dans cet environnement naturel qui a été de sa prédilection et dans une ville où il a écrit la plupart de son œuvre littéraire et journalistique.

 

C'est l'un des symboles de la Modernité, avec la Statue de la Liberté, le Pont de Brooklyn, la Cinquième Avenue et Coney Island.