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Bayamo et la nationalité cubaine
Par Ludín B. Fonseca García Traduit par Alain de Cullant
Pendant plus de quatre siècles la délimitation bayamesa a été l’espace des événements qui définissent le processus formatif de la nationalité cubaine.
Illustration par : Adislén Reyes

La ville de San Salvador a été fondée en 1513 et transférée lors du second semestre 1515 vers le fief aborigène de Bayamo, dès ce moment a commencé la fusion de deux cultures différentes : l'aborigène et l’hispanique. Celles-ci seront les deux ethnies qui marqueront majoritairement le processus de formation de son identité.

Pendant plus de quatre siècles la délimitation bayamesa a été l’espace des événements qui définissent le processus formatif de la nationalité cubaine. Cette infinité d'événements est le résultat de l'interrelation dans la pensée des habitants de ces territoires de l’universel avec les particularités régionales. Ces typifications ont influencé que les habitants de cette ville manifestent des caractéristiques propres dans la formation d'une pensée, très éloignée de la méconnaissance de leur identité.

Les conquérants ont décidé de l’appeler San Salvador car ils ont considéré que la résistance aborigène terminerait avec l’exécution sur le bûcher du cacique Hatuey. Mais les événements qui eurent lieu postérieurement démontrent que l'implantation de ce nom, plus qu’inspirer la crainte chez les Bayameses, s'est converti en stimulant pour combattre le pouvoir qui avait commis une telle atrocité. Ce fut comme si la présence de l'Indien brûlé réapparaissait lors des moments les plus difficiles de ce conglomérat humain pendant son évolution historique et il est encore la légende de la Lumière de Yara qui reconnaît la présence des flammes qui ont consommé le cacique prophète, apparaissant pour aider fondamentalement les paysans lors d’un moment difficile qu’ils pourraient traverser.

En 1603 les Bayameses ont pris les armes pour défendre leur droit de subsistance à travers le commerce de contrebande devant les autorités espagnoles. Cette attitude était non seulement le résultat de la défense d'un intérêt local, mais elle représentait aussi les aspirations de tous les habitants de l'Île qui étaient marginalisés du commerce inter colonial et ceci était l'unique voie de subsistance qu'ils possédaient. Selon les historiens, c’est à partir de ce moment qu’a commencé le processus de formation de la nationalité cubaine. Mais pour nous, ce changement n'est pas exclusivement limité à la possibilité d'une confrontation armée entre les créoles et les péninsulaires, mais aussi pour l’englobant que résulte cet événement. Les Bayameses, dont ce processus se développait peut-être inconsciemment, ne pensaient pas seulement à eux mais à toute une communauté. Ceci a influencé que les autres habitants de l'Île les identifient, dès ce moment, comme un peuple qui avait dépassé l'étape du régionalisme et du localisme et que leurs demandes étaient aussi celles de tous les Créoles.

L'écriture de l’oeuvre Espejo de Paciencia par Silvestre de Balboa, s'inspirant de faits ayant eu lieu dans cette région en 1608, est la première qui reflète la différence de Cuba sur l'ensemble des territoires américains, bien qu'inconnue depuis le moment où elle a été rédigée jusqu'à la première moitié du XXème siècle, elle a contribué à la réaffirmation d'une façon de faire une littérature qui soulignait le nôtre et elle a été utilisée par les défenseurs d'une pensée indépendantiste, au XIXème siècle, comme une manifestation des différences existantes qui ne dataient pas de cette époque, mais du XVIIIème siècle.

D'autres événements seront définitoires pour la présence indispensable du Bayamés dans le Cubain. En 1795 le Noir Nicolás Morales a commencé le premier complot libératoire. En 1810 Joaquin Infante a rédigé la première constitution de l'Île. Lors de la première moitié du XIXème siècle des hommes de la Ville ont eu un rôle important dans le mouvement lyrique qui existait dans l'Île : Zenea, Ursula, Fornaris et Palma. En 1867 est créé le Comité Révolutionnaire de Bayamo dirigé par Francisco Vicente Aguilera Tamayo, Francisco Maceo Osorio et Pedro Figueredo Cisneros. Les groupes de conjurés de la région d’Oriente se sont sommés à cette conspiration, ce qui a impulsé l’éclatement indépendantiste de 1868. 

Le 10 octobre 1868, le Bayamés Carlos Manuel de Céspedes y del Castillo à commencé la Révolution Cubaine en proclamant l'indépendance et en affranchissant ses esclaves à La Demajagua. Le 20 du même mois, Bayamo est tombée au pouvoir des révolutionnaires cubains, elle a été déclarée capitale provisoire de la Révolution et Pedro Figueredo a fait connaître au peuple les paroles de La Bayamesa, un Hymne Patriotique cubain devenu l’Hymne National. Ainsi commençait une nouvelle étape dans l'évolution de la délimitation. Ces deux événements militaires ont été les plus importants pendant toute la guerre d'indépendance des Dix Ans et les plus admirés et vénérés par les habitants de cette région.

Le 12 janvier 1869, après 82 jours de pouvoir des émancipateurs et devant l'arrivée imminente des troupes espagnoles, les habitants ont décidé de brûler la ville. Ce fait est devenu un symbole. Il démontrait la décision d'être libres, non seulement des Bayameses mais de tous les Cubains. Les Bayameses ont préféré détruire leur ville, partir dans la campagne et mourir à cause de la faim, des maladies et de la politique répressive du gouvernement espagnol, que de vivre à nouveau sous la tutelle espagnole.

Les Bayameses ont combattu durant trente ans pour la liberté. Les fils de ce territoire ont été présents dans la « Guerra Chiquita » (la Petite Guerre) et, le 24 février 1895, ils ont recommencé la lutte. Bayamo, dont Martí a dit qu'elle avait une âme intrépide et naturelle, a répondu à l’appel du Parti Révolutionnaire Cubain et de l'Apôtre avec la même droiture et décision, comme s'il s'agissait d'aller au premier combat. La destruction de la ville et les pertes humaines n'ont pas été un obstacle pour que les Bayameses se réincorporent à la lutte ; au contraire ceci a été un stimulant et une façon d'émuler les nouvelles générations avec celle qui avait été capable de commencer le processus de l’indépendance de Cuba. C'était aussi un engagement avec les pères fondateurs de la nation cubaine. Quand Maceo a lancé un appel pour intégrer la colonne qui devait partir en guerre vers l'occident de l'Île, plus de trois cent Bayameses se sont incorporés au contingent envahisseur, dont un grand nombre n’est pas revenu. Le 28 avril 1898 la ville est tombée au pouvoir de Calixto García et elle s’est convertie en la première à émerger de la tutelle espagnole. Bayamo a eu non seulement ce mérite de l’encerclement mené à bien par ce patriote mais aussi, comme un hommage à tous ceux qui étaient tombés pendant trente ans de conflagration, et à ceux qui trente ans plus tôt étaient entrées dans la ville et l’avaient déclaré capitale provisoire de la révolution. En 1899, tout comme le reste de l'Île, sa souveraineté a été frustrée suite à l'intervention nord-américaine dans la lutte alors que l'armée espagnole était mise en échec.