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La pérennité de La Edad de Oro
Par Ada Oramas Ezquerro Traduit par Alain de Cullant
L’avenir de La Edad de Oro est aujourd'hui, comme il l’avait prévu, car de nombreux thèmes qu’il traite possèdent une grande actualité.
Illustration par : Mario García Portela

Un des spécialistes ayant abordé La Edad de Oro (L’Âge d’Or) de manière la plus approfondie, le docteur Salvador José Arias García du Centro de Estudios Martianos, parle de la pérennité de ce livre qui occupe une place prépondérante dans les lettres cubains et dévoile les profondeurs de la pensée de l’Apôtre dans un volume qui séduit à tout âge. Salvador Arias a publié de nombreux livres et essais sur la littérature cubaine et, en particulier, sur la pensée et l’œuvre du Maître, à Cuba, en Amérique, en Europe et en Asie. Il valorise cet admirable titre avec la sagesse qui le caractérise.

Pour les hommes du futur

« Tout d’abord, Martí voulait faire cette œuvre pour le futur. Il y a une de ses phrases qui, non pas pour être répétée, perd son sens quand il exprime que les enfants sont l’espérance du monde : dans son projet culturel et révolutionnaire, il pensait que parler aux enfants, les persuader, leur transmettre des idées allait garantir l’avenir.

L’avenir de La Edad de Oro est aujourd'hui, comme il l’avait prévu, car de nombreux thèmes qu’il traite possèdent une grande actualité. Ce n’est pas un projet pour les enfants, mais pour les hommes de l’avenir.

On peut l’apprécier quand il aborde des thématiques très actuelles, telles que le problème des Indiens en Amérique. Par exemple, Evo Morales est le président indien que nous avons. À cet égard, il met l’accent sur ceci dans des textes comme Las ruinas indias et El Padre las Casas.

Martí avait une vision très large, car même s’il destinait cet ouvrage aux enfants d’Amérique, il ne pensait pas seulement à notre continent : le message de La Edad de Oro est universel et intemporel car il répond à son temps.

Ce qui l’intéressait le plus était la question éthique. Pour lui, La Edad de Oro représentait une façon de leur montrer ce qu’était la forme de vie la plus digne. Donc, il parle à la fois de la dignité de l’homme et de l’enfant et met fortement l’accent sur le respect de la dignité.

Il souligne que l’homme doit être bon, non pas parce qu’on va lui donner une récompense, car en étant bon et en agissant bien on obtient un bonheur, une manière d’être plein dans la vie. Il s’agit d’un aspect éthique qui est un des éléments dans la vie et l’œuvre de Martí.

Dans ce livre, la gamme est très large. En 1889, il réalise déjà l’importance de la science et de la technologie. Ce critère apparaît dans des ouvrages, certains ayant un fond très clair comme La cuchara y el tenedor ou La exposición de París. Ce sont des sujets dédiés à cet enfant qui, pour être un homme digne de son temps, doit maîtriser la science et la technologie. J’aime me souvenir la fin de ce travail, quand il dit que les peuples du monde passent vers le futur sous les arches de la Tour Eiffel.

Un autre élément très actuel est la communion de l’homme avec la nature, dans le conte El elefante, la vie naturelle en opposition à la vie de vanité. Dans Un paseo por la tierra de los anamitas, il prend des aspects de la philosophie orientale et pose que les morts doivent rester dans la nature, pour que les animaux les mangent et ainsi revenir à la nature.

L’importance qu’il accorde à l’art et à la littérature est aussi présente, c’est une constante dans ces écrits, par le biais de métaphores comme dans Los dos ruiseñores, où il établit l’antagonisme du bon art, l’art naturel et l’art faux, mais aussi de la nature et de l’artifice.

Inclusivement, comme l’est le dernier conte de la revue, il donne une série de connotations politiques et sociales en parlant de l’empereur, qui n’était pas dans Andersen ; il ajoute dans ses valorisations ce qu’est un bon empereur ou un bon roi, et il l’écrit de façon agréable afin que l’enfant le reçoive facilement et qu’une communication directe s’établisse avec le lecteur.

Il écrit de manière tellement évidente pour l’avenir, qu’il ne parle pas de l’indépendance de Cuba, qui occupe la majeure partie de ses textes dans d’autres œuvres et articles, dans La Edad de Oro, car la revue est dédiée aux enfants du futur et, à ce moment, il savait que Cuba serait indépendante et ceci est arrivé dans le présent que nous vivons aujourd'hui ».