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Poésie d’Edel Morales
Par Alberto Edel Morales Traduit par Simone Bosveuil
On propose le poème Hier, alors que je lisais Borges.
Illustration par : Angel Alfaro

Hier, alors que je lisais Borges

 

 

 

À Aymara Aymerich

Hier, alors que je lisais Borges,

J’ai pensé la tristesse d’une manière différente.

La poussière au pied des murailles

était la poussière ternie d’un soir d’été

mais sur la page vibrante

ce fut la pulsation intemporelle  d’une écriture 

- depuis longtemps suspendue

entre la mousse et les dalles de marbre

et ce fut aussi la trace manifeste d’une origine

-pendue sous l’eau

dans la mémoire de cent générations.

 

Rien de ce que nous nommons le réel

ne me fit penser la tristesse d’une manière différente

-la vie est de nos jours virtuelle et distante

et faible est la pensée de notre époque, you know

 

Au pied de murailles

j’ai joui de ta désespérante beauté et de la beauté de la mer

toujours recommencée,

mais en vérité je ne désirais pas d’une manière différente

-la vie est à présent une copie

et ton corps la répétition d’autres corps

passés et à venir.

 

Les splendides drames

ont rendu les Grecs éternels

et Shakespeare un homme reconnaissant mais libre

-cependant ils reposent très loin du réel ;

dans la plénitude crispée de leur époque,

ou dans les espaces congelés des bandes vidéo,

du mythe numérique et de l’image.

 

Rien dans le monde physique

n’annonça le sens de cette révélation ;

mais hier, alors que je lisais Borges

-loin de la mer et des murailles et de ton visage et de la poussière

j’ai pensé cette humaine tristesse d’une manière différente

et la sérénité et l’or d’un page.

 

Tiré de Poésie Cubaine 1980-2000 Bacchannales  N 24, Revue de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes.