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Seul le désir
Par José Martí Traduit par Jean Lamore
On propose de la poésie de notre Apôtre.
Illustration par : Angel Alfaro

Seul le désir d'un naufragé pourrait

 

Se comparer à mon désir :

 

Lointain le ciel et profonde la mer ; [...]

 

À une âme sans amour, qui dans le tumulte

 

De visage en visage, s'enquiert en vain

 

De l'amante attardée, et halète livide.

 

Je connais, mères sans enfants, la torture

 

De votre coeur ! je connais le malheureux

 

Assoiffé, et l'affamé et celui qui porte

 

Un mort dans ses entrailles ! J'étreins le vent ;

 

Je supplie á voix haute, désespéré

 

Je gémis, à l'ombre sourde je demande un baiser :

 

De moi je ne sais rien. Je m'oublie.

 

 Je me réfugie Dans le désespoir : et entre les bras

 

De la faim, à tant l'assiette, je m'éveille !

 

Je sais que des roses

 

Piétinées á leur mort monte un gémissement ;

 

Moi j'ai vu l'âme blême qui jaillit

 

De l'herbe écrasée par le dur sabot

 

Pareille à une larme ailée : je souffre

 

De cette douleur de l'eau cristalline

 

Que le soleil brûlant et dédaigneux dessèche.

 

Je sais de mortelles nausées et du désir

 

De vider d'un seul coup son cœur anxieux,

 

Comme sur la table le buveur fatigué

 

Renverse la coupe de l'inutile vin.