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La vérité sur les Etats-Unis III
Par José Martí Traduit par
Notre Apôtre souligne deux vérités utiles à notre Amérique : le caractère impitoyable, inégal et décadent des États- Unis, et l’existence, chez eux continuelle, de toutes les violences, les discordes, les immoralités et les désordres dont on accuse les peuples hispano- américains.
Illustration par : Servando Cabrera Moreno

Au cours d’une seule guerre, la guerre de Sécession, faite plutôt pour se disputer le Nord et le Sud l’hégémonie au sein de la République que pour abolir l’esclavage, les États- Unis, nés de trois siècles de pratique républicaine et dans un pays d’éléments moins hostiles qu’aucun autre, ont essuyé plus de pertes humaines, dans un même espace de temps, et à population égale, que toutes les républicaines ensemble de l’Amérique espagnole dans l’œuvre par nature lente et triomphante, du Mexique au Chili, de faire éclore un monde nouveau, sans autres énergies que l’apostolat théorique d’une glorieuse minorité et l’instinct populaire, les peuples éloignés à noyau distincts et aux races opposées, où le commandement de l’Espagne laissa toute la rage et l’hypocrisie de la théocratie, ainsi que l’inertie et les soupçons qu’engendre un esclavage prolongé.

Il est un acte de justice et de science sociale légitime, de reconnaître que, en égards aux facilités de l’un et aux obstacles de l’autre, le caractère nord- américain n’a fait que déchoir depuis l’indépendance, et qu’il est aujourd’hui moins humain et viril, tandis que l’hispano- américain est, de toute évidence, supérieur à présent, malgré ses confusions et ses fatigues, à ce qu’il était jadis lorsqu’il commençait  à s’affirmer, en jaillissant de cette masse mélangée de clercs parvenus, d’idéologues sans pratiques et d’Indiens sauvages et ignorants.

C’est pour aider à la connaissance de la réalité politique américaine, pour partager ou corriger, avec la force tranquille du faut, l’éloge irréfléchi – est pernicieux par son excès- de la vie politique et du caractère nord américain, que Patria inaugure, dans ce numéro d’aujourd’hui, une section permanente de « Notes sur les États- Unis »  où l’on publiera, strictement traduits des principaux journaux du pays et sans commentaire ni coup de pouce de la part de la rédaction, ces événements susceptibles de mettre en évidence, non pas le crime ou l’erreur accidentel – chez tous les peuples possible- et où l’esprit mesquin trouve seul sa pâture et son plaisir, mais ces qualités profondes qui, par leur constance et leur autorité, permettent d’établir les deux vérités utiles à notre Amérique : le caractère impitoyable, inégal et décadent des États- Unis, et l’existence, chez eux continuelle, de toutes les violences, les discordes, les immoralités et les désordres dont on accuse les peuples hispano- américains.

Publié dans le journal  Patria le 23 mars 1894 à New York