IIIIIIIIIIIIIIII
La Havane, la capitale des contre-ténors du monde
Par Mayra Garcia Cardentey Traduit par Alain de Cullant
Grâce à l’initiative du Bureau Leo Brouwer, des représentants de 11 pays participent à la rencontre pour offrir des conférences, des classes magistrales, des concerts et participer en tant que membres du jury ou participants dans le concours.
Illustration par : Servando Cabrera Moreno

Le Bureau Leo Brouwer, dirigé par le célèbre musicien cubain, a le don de se réinventer. Depuis un engagement  profondément culturel, il tente chaque année de proposer des festivals, des concerts et des agendas d’activités qui ne ressemblent à aucun autre.

C’est un exercice difficile. Intelligent, mais difficile. Imaginez dans le trépidant monde contemporain, où l’art est convertis souvent en un produit de marché de plus, comment cette équipe de travail arrive à faire venir les plus notables exposants de différentes manifestations musicales. Et dans la majorité des cas, avec le don de leurs interprétations.

Comment le font-ils ? Seuls les membres du Bureau Leo Brouwer et le propre maestro le savent.

Nous n’avons plus qu’à en profiter et à le remercier. Comme maintenant on remercie le premier Festival des Contre-ténors du Monde qui, du 30 septembre au 8 octobre, fait de La Havane la capitale de ce genre de chant.

Avec le précédent du Festival Leo Brouwer de Musique de Chambre et celui de chant « Les Voix Humaines », la rencontre propose quelque chose de différente, unique de son genre dans le monde. Toujours sous le même slogan : « Un mariage parfait des musiques intelligentes ».

Isabelle Hernández, directrice et productrice général de l’événement explique : « On nous dit souvent que nous annonçons la fin des festivals que nous faisons. Et oui, on termine celui que nous organisons. Mais le Bureau continue à produire. Nous voulons proposer ce qui manque sur la scène nationale, ce qui a le moins de présence, aussi bien artistiquement que culturellement.

À ce rythme de travail et dans le cadre du Festival « Les Voix Humaines », l’année dernière nous avons compté la présence de trois grands contre-ténors. Et nous nous sommes dits : si nous réussissons à unir de notables représentants, pourquoi ne pas faire un festival dédié exclusivement à ce type de chanteurs ?

Nous avons la prémice. Mais nous ne voulons pas le crédit pour être les premiers, mais pour défendre ce registre vocal. C’est un type de voix qui a été très en vogue il y a trois siècles, avec les castrats. Ensuite ce type de voix est tombé en désuétude avec l’opéra du XVIIIe et XIXe siècle, car il misait plus sur les sopranos et les ténors. Devant cette rare présence, les grands compositeurs ne composaient plus pour ce registre. Ce n’est que vers la moitié du XXe siècle qu’il y a eu, en Angleterre, une renaissance dans tous les répertoires. »

Bien que cette voix étrange paraisse peu commune, Isabelle Hernández rappelle qu’elle est plus présente que beaucoup l’imaginent. « Il y a de nombreux interprètes ayant le timbre de contre-ténor et personnes ne les identifient ainsi. Prince, Michael Jackson, les Bee Gees… Tous sont des chanteurs aigus et parfois nous ne nous en rendons pas compte ».

Les contre-ténors du monde unis

Grâce à l’initiative du Bureau Leo Brouwer, des représentants de 11 pays participent à la rencontre pour offrir des conférences, des classes magistrales, des concerts et participer en tant que membres du jury ou participants dans le concours.

« C’est un événement très choyé depuis sa naissance car, pour être le seul de son genre, il a provoqué l’admiration de nombreux exposants dans le monde », souligne Isabelle Hernández.

Ceci est vrai avec la présence confirmée d’icônes comme le Catalan Xavier Sabata, le Polonais Artur Stefanowicz, l’Étasunien Darryl Taylor, l’Italien Riccardo Strano, le Portugais Manuel Brás da Costa, le Brésilien Rodrigo Ferreira et le Canadien Daniel Taylor, ce dernier président du jury du concours.

Le concours sera la section principale de la rencontre, comprenant des prix en espèces pour les différents lauréats et une reconnaissance spéciale pour le Cubain le mieux classé.

Bien que la participation ne soit pas limitée quant à l’âge ou la nationalité, le concours vise à appuyer les jeunes cubains et à projeter leur carrière dans et hors Cuba. Pour cette raison, une des reconnaissances sera un cours de trois jours, tous frais payés, dans la Chaire de Chant du Conservatoire du Liceo de Barcelone, en Espagne.

Pour Isabelle Hernández, le prix principal sera la participation du public. « Le plus beau cadeau est que les gens viennent dans les salles, sinon tous ces efforts auront été vains. Nous parlons de quelque chose qui est rare dans le monde et encore plus à Cuba. Nous avons fait un grand travail pour que l’agenda des grands artistes coïncide et qu’ils puissent tous venir à cette rencontre ».

L’événement vise à promouvoir un regard inclusif sur cette modalité vocale. « Dès le premier moment nous avons proposé au public cubain qu’il fasse abstraction des préjugés. Nous défendons la diversité des propositions. Nous plaidons pour que personnes éliminent les stigmates et sentent qu’elles puissent profiter aussi bien d’un bon reggaeton que d’un excellent contre-ténor. Pourquoi pas ? Un pays est riche culturellement, s’il a une diversité de tout type. Et il s’agit d’une partie de la culture mondiale de n’importe époque », précise la spécialiste.

Avec cet esprit, lors de l’inauguration on a profité du concert « Humour avec classe Mosart 260 », comptant les acteurs cubains Osvaldo Doimeadios et Rigoberto Ferrera au côté du propre Maestro Leo Brouwer.

Les actions clôtureront avec la fête électronique « Mozart Classique Rave », conduite par le Dj Ivan Lejardi, dans le centre culturel havanais Fábrica de Arte Cubano.

Les sièges principaux de l’événement sont le théâtre Martí, la salle du Musée National des Beaux-arts et le Karl Marx, tous à La Havane.

Il est clair qu’après plusieurs festivals, concerts de solidarité et d’autres activités artistiques que l’objectif du Bureau est de proposer, d’innover, d’apporter une option précieuse, différente.