IIIIIIIIIIIIIIII
La vérité sur les États-Unis (II)
Par José Martí Traduit par
Il faut haïr ce qui est mauvais, même s’il est à nous, et même s’il ne l’est pas. Ce qui est bon ne doit pas être rejeté tout simplement parce qu’il n’est pas à nous.
Illustration par : Antonia Eiriz

 

Il faut haïr ce qui est mauvais, même s’il est à nous, et même s’il ne l’est pas. Ce qui est bon ne doit pas être rejeté tout simplement parce qu’il n’est pas à nous. Mais, c’est faire preuve d’une ambition irrationnelle et nulle, d’une ambition lâche propre aux gens mineurs et inefficaces, que de prétendre arriver à la solidité d’un peuple étranger, par de voies différentes de celles qui ont conduit à la sécurité et à l’ordre le peuple envié ; par l’effort personnel et par l’adaptation de la liberté humaine aux formes que requiert la constitution particulière du pays.

Chez certains l’amour excessif au Nord se traduit par l’expression, explicable et imprudente, d’un désir de progrès, si vif et si fougueux, qui ne voit pas que les idées, de même que les arbres, doivent plonger de solides racines dans un terreau de même espèce, pour qu’elles  prennent et prospèrent ; et qu’un nouveau- né on n’infuse pas la raison propre à l’age mûr, en affublant son doux visage des moustaches et des favoris dont s’orne l’homme adulte. C’est ainsi qu’on crée des monstres, et non pas des peuples ; il faut vivre par nous- mêmes et  résoudre nos problèmes.

Chez d’autres, la yankeemanie est le fruit ingénu d’un moment de plaisir, comme celui qui juge des secrets d’une maison et des âmes qui y subsistent ou meurent, par les sourires et le luxe du salon, ou par le champagne et les œillets de la table du banquet ; il faut souffrir ; manquer de tout ; travailler ; aimer, parfois en vain ; étudier avec courage et liberté ; veiller auprès des pauvres ; pleurer avec les misérables ; détester la brutalité de la richesse ; vivre chez le puissant et chez le nécessiteux ; dans la salle de classe et au vestibule de l’école ; dans la loge ornée de jaspe et d’or du théâtre et dans ses coulisses froides et nues ; c’est ainsi que l’on pourra se prononcer, avec quelque apparence de raison, sur la république autoritaire et ambitieuse, et la cupidité montante des États- Unis.

Chez d’autres encore, rejetons posthumes et maladifs du dandysme littéraire du second Empire, ou faux sceptiques dont le masque d’indifférence recouvre d’ordinaire un cœur vibrant pour l’or, la mode c’est le dédain, et encore plus, de tout ce qui est étranger, pantalons et idées, en arborant à travers le monde, en parfait chien choyé par sa maîtresse, le pompon de sa queue.

Chez d’autre enfin, il s’agit d’une aristocratie subtile, au moyen de laquelle et révérant en public tout ce qui est blond comme propre et originel, s’efforcent de déguiser leur origine parce qu’elle est métisse et pauvre, sans voir que ce fut toujours chez les hommes un symptôme de bâtardise que de la stigmatiser chez autrui, et qu’il n’est pas pour une femme de témoignage plus sûr de la faute commise que d’affecter le mépris envers les pécheresses. 

Quel que soit le motif- l’impatience de la liberté ou la crainte qu’elle inspire, la paresse morale ou l’aristocratie ridicule, l’idéalisme politique ou la naïveté nouveau- née- il est certain qu’il convient, et je dirais qu’il urge, de déployer sous les yeux de notre Amérique la vérité américaine, saxonne aussi bien que latine, afin que la fois excessive dans les vertus d’autrui ne nous affaiblisse point, à notre époque de fondation, par la méfiance immotivé et funeste envers nos biens.