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¡Ay mamá Inés!
Par Lino Betancourt Molina Traduit par Alain de Cullant
Le tango/congo Mamá où Rita Montaner représentait le cocher José Rosario et chantait Ay mamá Inés, todos los negros tomamos café, fait partie de la farce Niña Rita o La Habana de 1830 avec une musique composée par Ernesto Lecuona et Eliseo Grenet et un livret de Riancho et Castells.
Illustration par : Antonia Eiriz

Le 29 septembre 1927, le théâtre des variétés havanais Regina a accueilli une saison de zarzuelas. Les premières représentations ont été à la charge d’une farce intitulée Niña Rita o La Habana de 1830. L’œuvre qui a ouvert le spectacle était le tango/congo Mamá où Rita Montaner représentait le cocher José Rosario et ensuite elle chantait Ay mamá Inés, todos los negros tomamos café (Ay mamá Inés, tous les noirs prennent du café).

La farce comptait une musique composée par Ernesto Lecuona et Eliseo Grenet, alors que le livret était des auteurs Riancho et Castells.

Rita Montaner a évidemment excellé dans cette oeuvre, mais, comme indiqué plus haut, c’était elle qui ouvrait le spectacle et à cette époque, comme cela arrive parfois maintenant, les spectateurs arrivent habituellement après le début de la représentation et prennent leur temps à la recherche du fauteuil qui leur revient, perdant ainsi une partie de ce que chantait Rita, qui était le point culminant de la scénette. Toutefois, même aujourd'hui, après tant d’années de cet événement artistique, il y a encore beaucoup de personnes qui disent : « tous les noirs prennent du café » sans savoir d'où vient cette expression.

Les organisateurs du spectacle ont eu la bonne idée de changer le cadre où Rita chantait dans la partie centrale de l’œuvre, c'est-à-dire, quand tout le monde était à sa place. Il faut dire aussi que Mamá Inés devait être répété jusqu’à trois fois car le public ne se satisfaisait pas de l’entendre qu’une fois.

Rita Montaner était déjà connue et admirée en 1927. Elle avait participé à la revue musicale La tierra de Venus, où elle chantait Siboney, d’Ernesto Lecuona. Le succès est tel que la maison discographique Columbia l’a appelé pour enregistrer plusieurs chansons, dont le pregón (boniment) de Moisés Simons El manicero.

À partir d’alors, Rita a décidé de s’incorporer pleinement au monde du spectacle.

L’année de son grand succès a été 1928, quand elle s’est présentée à Paris, substituant la grande chanteuse espagnole Raquel Meller dans le théâtre Palace. Le chanteur Sindo Garay, qui formait un duo avec son fils Guarioné, l’accompagnait dans ces représentations. Mais Sindo est parti avant la fin du contrat car, apparemment, il a eu quelques désaccords avec Rita, mais il ne l’a jamais dit. Il était très courtois. La fureur que Rita a éveillée à Paris était telle que les jeunes filles parisiennes se teignaient les cheveux en noir et employaient des crèmes foncées pour la peau afin de ressembler à des mulâtresses.

Après avoir conquis Paris, Rita est allée à New York où, en 1931, elle s’est présentée dans la compagnie du célèbre Al Johnson, la figure de proue du music-hall nord-américain.

Rita a chanté tout. En 1935, elle a été proclamée  « La reine du pregón ». Elle chantait le son El golpe bibijagua, de Julio Cueva, comme personne et dans certains passages la déchirure de sa voix imitant celle d’un vieux noir donnait un sceau très personnel à la pièce.

Elle a également chanté des rumbas et des congas et elle a même dansé dans les rues de La Havane, chantant avec Chano Pozo. Elle a chanté des mambos avec l’orchestre de Pérez Prado dans deux films et dans une revue musicale du cabaret Montmartre, elle a fait une vraie création du cha-cha-cha La engañadora, d’Enrique Jorrín.

Elle a été actrice, jouant dans des films cubains et mexicains. Elle a aussi été une figure principale au cinéma, au théâtre et à la télévision, elle a même été humoriste dans le programme de radio Mejor que me calle.

Le poète et écrivain pour la radio Félix B. Caignet lui a donné le qualificatif de « La Única », en 1936, quand elle est s’est présentée dans un récital de ses œuvres musicales, chantant magistralement, parmi d’autres chansons, Te odio et Frutas del Caney.

Son dernier spectacle a été dans la comédie Fiebre de primavera, de Noel Coward, en juillet 1957 dans la salle Arlequin.

La Única a quitté ce monde le 17 avril 1958.

 

Source :

Rico Salazar, Jaime: Cien años de boleros. Panamericana, Bogotá, Colombia