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Les lectures françaises de José Martí (V). Le Courrier des États-Unis.
Par Carmen Suárez León Traduit par Alain de Cullant
Le Cuaderno de apuntes nº 2 de José Martí est précédé d’une vingtaine de pages avec des coupures de journaux collés et datés provenant du Courrier des États-Unis (1828-1938) une publication franco-américaine ayant un sous-titre disant « l’organe des populations de langue française aux États-Unis ».
Illustration par : Antonia Eiriz

Dans le Cuaderno de apuntes nº 2 de José Martí, dont la date correspond à la période 1871-1874, une époque où le jeune cubain, après sa déportation en Espagne, suivait des études universitaires dans la péninsule. Toutefois, ce cahier est précédé d’une vingtaine de pages avec des coupures de journaux collés et datés des mois correspondants aux années 1867 et 1868. À ce moment il avait 14 et 15 ans et il étudiait à La Havane. Ces dites coupures provenaient du Courrier des États-Unis (1828-1938) une publication franco-américaine ayant un sous-titre disant « l’organe des populations de langue française aux États-Unis », mais la vérité est que dans les années soixante du XIXe siècle, il est devenu le journal francophone le plus important qui était publié à New York, et il circulait dans tout l’hémisphère au sein des communautés francophones et parmi les lecteurs de cette langue.

Ses sujets étaient très variés et il offrait également des suppléments littéraires. Les coupures que Martí collectionne dans son cahier sont de thème scientifique : agriculture, géographie, médecine, météorologie, parmi d’autres. Il y avait, par exemple, des articles tels que « Les mines d’Alaska », « Les éruptions au Nicaragua », « État électrique du globe », « Le chemin de fer du Mont Cenis », « Les causeries du docteur », « La ciguë ». Certaines de ces articles proviennent d’importantes personnalités de la vulgarisation scientifique en Europe, comme c’est le cas du Français Louis Figuier (1819-8949), qui était rédacteur en chef de publication scientifique La Presse, de 1856 jusqu'à sa mort, et rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Science Illustrée, dans lequel étaient aussi publiés des textes de Jules Verne et de Camille Flammarion.

C’était un journal très intéressant car il reprenait des dizaines d’articles déjà publiés dans les plus importants journaux et revues d’Europe, des États-Unis, du Canada et d’Amérique Latine, mais, en outre, il condensait aussi des nouvelles de journaux locaux, ce qui résultait un large échantillon de ce qui a était publié sur la scène internationale. Certaines de ces notes commencent à citer la source et nous disent, par exemple : « Les journaux d’Honolulu nous apportent une nouvelle destinée à occuper l’attention du monde savant… » ; L'Année Illustrée publie une série de forum intéressante accompagnée de gravures… » ; « Nous extrayons du Salut Publique, de Lyon, des renseignements suivants sur la fabrication des vélocipèdes ».

Cette époque immédiatement antérieure à 1869, date d’incarcération, du procès et de la condamnation à la prison pour déloyauté de l’adolescent José Martí, est  intense et définitive dans la formation de sa personnalité, de ses aspirations et de sa conception du monde. Ce sont les années où, sous la protection de son maître Rafael María de Mendive, il suit avec brio l’école secondaire et il vit même dans la maison de son mentor pendant un certain temps. Il lit dans la grande bibliothèque de Mendive, fait des études informelles d’anglais, de français, il reçoit son diplôme, avec des notes d’excellence, de l’Institut de Second Enseignement et du Collège San Pablo, il va au théâtre, fréquente l’école de peinture et, dans le milieu indépendantiste et de préparation de la guerre contre l’Espagne qui va éclater en octobre 1868, il commence à comploter avec ses camarades de classe.

À côté de lui se trouve son ami Fermín Valdés Domínguez et il est reçu dans la maison de cette famille riche avec affection. La Martiniquais Atanasio Fortier fréquentait cette maison, apparemment comme professeur de français des enfants de la famille, et Martí se sommait à cet apprentissage. Il est possible que ces coupures de divulgation scientifique aient leur origine dans la nécessité de pratiquer la langue qu’il apprenait et c’est pour cette raison qu’il choisi des sujets proches de son extraordinaire avidité pour les connaissances, la nouveauté de ces thèmes complétaient et actualisaient ses connaissances, plus philologiques et humanistes dans leur contexte scolaire.