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Je suis venu dans un navire négrier
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
La fin de l’esclavage dans l’île n’était pas un cadeau de la métropole coloniale, mais le résultat de longues années de lutte abolitionniste qui, dans le cas de Cuba, a été liée à la lutte pour l’indépendance.
Illustration par : Antonia Eiriz

Une des pages les plus infâmes de l’histoire, l’esclavage auquel ont été soumis des femmes, des hommes et des enfants du continent africain durant des siècles, a seulement terminé à Cuba à la hauteur de 1886, beaucoup plus tard que dans la plupart des territoires de l’hémisphère occidental.

Le 13 février 1880, la Couronne espagnole a décrété une loi proclamant « la cessation de l’état de l’esclavage dans l’île de Cuba », les propriétaires d’esclaves ont continué à les exploiter sous le couvert de l’article 3 d’un document qui établissait le droit des patrons « d’utiliser le travail de leurs patrocinados (main-d’œuvre) ». Un jargon juridique euphémique masquait la continuité d’un brutal régime d’exploitation.

Il a fallu attendre six ans pour l’extinction dudit « Patronato ». La fin de l’esclavage dans l’île n’était pas un cadeau de la métropole coloniale, mais le résultat de longues années de lutte abolitionniste qui, dans le cas de Cuba, a été liée à la lutte pour l’indépendance. La prouesse de Carlos Manuel de Céspedes d’initier l’insurrection anticoloniale le 10 octobre 1868 était éloquente : en prenant les armes il a donné la liberté à ses esclaves. Bien avant, en 1812, José Antonio Aponte, noir libre, artisan et peintre, a dirigé une conspiration visant à l’indépendance de Cuba et à émanciper les esclaves.

Le commerce transatlantique des esclaves africains et l’exploitation de cette main-d’œuvre dans les plantations de canne à sucre et de café ont constitué la base d’accumulation capitaliste des pays européens. La modernisation de l’économie des pays occidentaux développés - y compris les États-Unis - ne peut s’expliquer sans le régime de l’esclavage.

Il ne s’agit pas de voir les choses sous un angle économiste. L’historien Pedro Pablo Rodríguez a décrit l’esclavage comme « une véritable pathologie sociale et culturelle, dont un grand nombre des aspects significatifs ont été cachées sous le voile du temps, tout cela a été influencé à son tour pour les intérêts et les perspectives liés ou en découlant ».

Ce que la docteur María del Carmen Barcia, avec douleur, a abordé la souffrance des êtres humains arrachés à leurs terres au cours de la traversée transatlantique - « malgré les nombreuses données recueillies par les historiens, il est impossible de reconstituer toute l’iniquité, la vilenie, l’impuissance, l’humiliation et les cruautés que les Africains ont subi », dit-elle -, est valide pour nous approcher de l’horreur du baraquement, des coups de fouet, des punitions au cep, du viol des femmes, de la destruction des familles et de la surexploitation productive de celui-ci qui ne connaît pas le nombre d’esclaves, y compris ceux qui sont nés sous cette condition, dans notre pays.

Tout ceci ne peut pas être oublié, ni la résistance qui a donné lieu au cimarronaje, ni l’incorporation massive d’anciens esclaves aux luttes pour l’indépendance, ni les contributions que ces Africains, mis de côté et niés, ont apporté à l’établissement de la nation et de la culture cubaine.

Pour nous rappeler d’où nous venons il y a ces vers de Nicolás Guillén :

Vine en un barco negrero.

Me trajeron.

Caña y látigo el ingenio.

Sol de hierro.

Sudor como caramelo.

Pie en el cepo.

Aponte me habló sonriendo.

Dije: -Quiero.

¡Oh muerte! Después silencio.

Sombra luego.

¡Qué largo sueño violento!

Duro sueño.

La Yagruma

de nieve y esmeralda

bajo la luna.

 

Je suis venu sur un navire négrier.

Ils m’ont apporté.

Canne à sucre et coup de fouet dans la plantation.

Le soleil de fer.

La sueur comme bonbon.

Le cet au pied.

Aponte me parle en souriant.

Il dit : - Je veux.

Oh mort ! Après le silence.

Ensuite l’ombre.

Quel long rêve violent !

Rêve dur.

La Yagruma

de neige et d’émeraude

sous la lune