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Femme Caribéenne. Carole
Par Julia Mirabal Traduit par Alain de Cullant
Carole est technicienne dans les services météorologiques en Martinique.
Illustration par : Ernesto García Peña

Qu’est-ce qu’une femme ? Pour moi, la définition serait que c’est un être humain, comme l’homme, tout simplement. En dehors de l’aspect physique, les autres différences sont mineures. Il s’agit donc d’un problème d’époque, de culture.

Quand on me dit qu’une femme est masculine ou qu’un homme est féminisé, ceci ne veut rien dire parce qu’en chacun de nous il y a un peu de l’autre.

Mon enfance s’est déroulée dans Les Antilles, en Martinique, près de l’eau, a été très agréable.

Mes parents disent que quand j’étais petite je touchais à tout, que je bougeais les choses. Mon père était un peu technicien et il m’a enseigné.

Nous pêchions, nous faisions du jardinage, nous voyagions.

J’ai eu une enfance comme peut-être peu de gens.

Quand j’étais petite j’ai voulu être architecte ou professeur de sport. Je ne suis ni l’un ni l’autre car je suis technicienne en électricité dans l’Institut de Météorologie de France.

Il n’est jamais trop tard et je pense toujours aux études d’architecture, à l’architecture artistique, quelque chose comme la décoration des intérieurs.

Je suis technicienne dans les services météorologiques en Martinique. Là, je travaille à la maintenance de tous les équipements qui permettent de donner l’état du temps.

Par exemple, les réseaux des stations automatiques installées dans toute l’île, le radar météo pour la pluie et d’autres équipements tels que les lasers... Nous sommes quatre dans le groupe de maintenance.

Cela fait 17 ans que je travaille à la MÉTÉO et je me souviens qu’après deux dans l’Institut j’ai dit à ma mère : Un jour j’irai au pôle Sud ; et elle m’a répondu que ce ne serait pas possible.

Ce rêve s’est réalisé en 2000. Dans le cadre de mon travail, j’ai passé un an dans la base artificielle de recherche, de 2000 jusqu'à la fin de 2001.

Nous avons quitté la Martinique, un grand voyage de 28 heures en avion.

Une première escale à Paris, une second à Singapour, une troisième à Sydney, après la quatrième nous avons pris le bateau et après 6 jours en mer, si tout se passe bien, nous arrivons à la base.

Quand on vient d’une île tropicale comme la mienne, l’impact peut être très fort.

Ma première impression a été quand j’ai vu le premier morceau de glace au cours du voyage, qui n’était pas un iceberg, c’était petit, mais voir de la glace sur l’eau… Plus nous avancions vers le Pôle plus les morceaux de glace étaient importants, jusqu'à arriver à une sorte de mer glaciaire que le bateau brisait, s’ouvrant une route… Tout était blanc.

« À quoi penses-tu Carole ? »

« Que veux-tu que je te dise ? C’est beau »

Il fallait être volontaire pour aller à la base, mais cela ne suffisait pas. Nous avons dû passer une journée de test psychologique et médical car nous allions rencontrer des conditions très particulières de la vie. Il fallait écarter les personnes fragiles car une fois là-bas il n’y a aucune possibilité de retour. C’est comme être à la fin du monde.

Dès mon arrivée à la base je ne m’imaginais pas sortir sans un appareil photo ou filmer car je ne voulais pas perdre les souvenirs, les images qui les réaffirment.

Il faut comprendre que l’île était inhabitée. Il fallait déloger des pingouins pour construire nos locaux.

Quand nous avons tout fini, ils sont revenus. Quand j’ouvrai la porte, devant moi, à seulement 2 ou 3 mètres, il y avait 200 ou 300 pingouins.

La vie quotidienne était de vivre avec eux, de les observer.

Par exemple, dans la base il y en avait plus ou moins 20 000.

Il y avait les pingouins, leurs œufs, leurs petits. Il y en avait partout, nous étions la minorité.

« Ici, je suis dans le centre de la base, ce sont nos hébergements. C’est là que nous faisons les fêtes.

Au fond et là sont les centres géographiques et de là on fait de très bonnes photos.

Ce petit bâtiment, au milieu, est le centre téléphonique et celui-ci est le centre postal ou l’on reçoit et l’où en envoie des messages, des emails, des fax… Et aussi, parfois, nous ne recevions rien ».

J’ai fait partie de la mission 51 et ensuite il y a d’autres femmes.

Je pense que les Français ont été les derniers à autoriser les femmes dans ces expéditions parce cela se fait depuis longtemps dans d’autres pays.

J’ai eu la chance d’arriver à la base une semaine avant Noël et ceci m’a aidé. Nous avons fait la fête, loin des amis et de la famille. Nous avons fêté la nouveauté d’être là.

J’ai essayé que mes collègues chantent des chansons de Noël en créole.

J’ai pensé : là je vais être isolée, je vais penser beaucoup et je vais écrire un Journal, mais j’étais si occupée dès le début qu je n’ai pas en le temps de la faire.

Toutefois, sur le chemin du retour, on peut commencer à se rappeler.

Au retour, comme je l’avais prévu, on m’a posé des questions. Les deux premiers mois tu réfléchis souvent ; tu commences à penser si tu as changé. Dans mon cas, je pense que oui.

Cette année m’a quitté mon empressement, elle m’a tranquillisée. On reprend peut-être son fonctionnement normal après. Tu penses aux gens car quand on est célibataire, quand on vit seule, on ne se compare pas avec les personnes ou avec les amis.

On ne fait jamais ça, tu essayes de l’ignorer ; parfois tu peux être avec un conjoint ou une personne proche, mais généralement on n’a pas le temps de le faire.

L’essentiel dans la vie est que si l’on ne parvient pas à atteindre ses objectifs, il faut s’en proposer d’autres pour atteindre un équilibre. Il ne faut jamais dire je ne peux pas. Il faut se proposer d’autres défis pour atteindre cet équilibre.