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L’art en Martí et Martí dans l'art
Par Beatriz Rivera Castillo Traduit par Alain de Cullant
On pourrait faire un grand livre sur la façon dont José Martí concevait l’art et, aussi, comment a été interprétée sa personnalité par les artistes des diverses manifestations.
Illustration par : Orlando Rodríguez Barea

Le Cubain José Martí est devenu une personnalité internationale pour la validité et l'originalité de son œuvre. Sa production littéraire a été le point de départ du modernisme dans la langue espagnole. Sa pensée politique l’a placé comme l'une des figures de proue de l'Amérique Latine et des Caraïbes. Il a fait du langage une arme pour la lutte pour la liberté de son peuple et des peuples latino-américains. Dans son essai Nuestra América (Notre Amérique), un exemple de ceci, il définit les devoirs des peuples du sud du continent américain, menacé par le géant aux bottes de sept lieues, ce puissant voisin contre qui il appelle à la marche unie.

Dès son plus jeune âge il a été un grand admirateur de la beauté. Il aimait les arts dans ses diverses manifestations. Une fois, quand il a visité l'Exposition des Beaux-arts de Mexico, en 1875, il a dit que l'art est une forme d'harmonie. En ce sens a légué un arsenal, l'instrumentation et le répertoire analytique en pratiquant la critique des arts plastiques comme un exercice du critère personnel : « Ma méthode - dit-il - a été de poser des yeux propres des préjugés dans tous les domaines, d’écouter les différents vents et ensuite de bien remplir le procès de différentes opinions et impressions, de les faire bouillir et de donner son essence ».

Des dizaines d'articles sur les arts plastiques sont nés de sa plume, lesquels apparaissent non seulement durant son séjour susmentionné au Mexique, mais partout où il allait il écrivait toujours sur une exposition qu’il avait visité, spécialement sur un peintre et parfois sur une œuvre en particulier.

Il était aussi un profond connaisseur de la musique, écrivant beaucoup sur celle-ci et avec la plus grande propriété. Dans la Revista Universal de México on peut profiter des articles dédiés à la maîtrise de l'éminent compositeur et violoniste cubain José Silvestre White, auteur de La bella cubana. Il faut également lire « Músicos, Poetas y Pintores » dans La Edad de Oro, où il souligne les qualités de Bach, Mozart, Beethoven, Haydn et Haendel.

Cette dédicace de Martí aux artistes en quelque sorte s'inverserait ensuite en faveur de son image, souvent à partir de photographies prises au cours de sa courte et brillante vie durant la seconde moitié du XIXe siècle, une image que nous est très familière. Des peintres, des dessinateurs et des illustrateurs de différentes époques et de différents styles ont pris le portrait de Martí comme thème central de leur œuvre. On peut affirmer catégoriquement, sans aucun doute, que l'icône révolutionnaire de plus grande récurrence ou de trajectoire dans la culture visuelle cubaine est précisément José Martí, pour des raisons très connus.

Sa représentation dans les arts visuels a traversé plusieurs étapes répondant principalement aux changements dans la sensibilité esthétique de chaque époque ou chaque période de l'histoire nationale et de chacun des styles, mouvements et tendances de l'art cubain jusqu'à nos jours. On considère toujours la dichotomie entre l’art commémoratif et l’institutionnalisé qui a fourni une forte charge rhétorique et même l’image martiana triviale et cette vision souvent sans préjugés, humaniste et iconoclaste de nombreux artistes cubains sur José Martí.

Il fait aussi parti de la musique, chaque génération de musiciens cubains a été motivée par l’œuvre, la pensée et la parole de José Martí. Harold Gramatges, par exemple, qui a composé, à partir de son œuvre, Tríptico, Dos canciones, La Oda Martiana ou Cantada para Abel, parmi d’autres, a commenté une fois : « L’universalité poétique de notre Apôtre : ses textes ont servi et continueront à être une source d'inspiration pour les musiciens ». Cela est vrai pour tous les genres et styles dans la musique, depuis la plus animée des fêtes populaires jusqu’à l’œuvre ayant la plus grande élaboration technique. Comme lui, beaucoup de musiciens talentueux se sont inspirés quotidiennement de l’image de Martí.

Et que dire du cinéma, un film étant considéré comme le meilleur long-métrage de fiction cubain de l'année 2010, José Martí, el ojo del canario, réalisé par Fernando Pérez, exalte les valeurs indépendantistes de l’une des personnalités les plus représentatives de l'île caribéenne. Dès sa première à Cuba, ce film sur l'enfance et l'adolescence de l'indépendantiste cubain a reçu des applaudissements de la critique et du public.

On pourrait faire un grand livre sur la façon dont José Martí concevait l’art et, aussi, comment a été interprétée sa personnalité par les artistes des diverses manifestations ; c'est seulement un regard sur la relation parole/tracé qu’il a tant développée dans ses chroniques sur l'art, qui a eu ensuite un chemin de retour dans la relation tracé/parole déployée par des artistes ayant pris José Martí ou ses textes comme sujets ou points de référence. Ainsi, des artistes chez José Martí donneraient pieds à José Martí chez les artistes.