IIIIIIIIIIIIIIII
Mariinsky, l’arrivée de la tradition russe
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
Le concert de l’orchestre symphonique du théâtre Mariinsky, de Saint-Pétersbourg, dans la salle Avellaneda du Théâtre National, a été une opportunité unique pour les mélomanes cubains.
Illustration par : Antonio Vidal

Le concert de l’orchestre symphonique du théâtre Mariinsky, de Saint-Pétersbourg, dans la salle Avellaneda du Théâtre National, a été une opportunité unique pour les mélomanes cubains.

Cet orchestre du plus haut niveau mondial parmi ceux de son type, soutenu par le ministère cubain de la culture, l'ambassade de Russie à Cuba et le Conseil National des Arts Scéniques, a voulu faire une escale à La Havane dans le cadre de sa tournée en Amérique Latine, qui a commencé dans l'Auditorium National de Mexico et qui a terminée à Santiago du Chili.

Le programme dominical a compté, pour l’ouverture et la fermeture, deux moments emblématiques du classicisme russe : la Symphonie nº 1 de Serguei Prokofiev et la Sérénade pour cordes de Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Dans l’œuvre de Prokofiev, étrennée en 1918, on distingue un clin d’œil au langage symphonique de Haydn, alors que dans celle de Tchaïkovski, datant de 1880 et même si l'impulsion romantique de son écriture est ostensible, elle nous renvoie aux principes structurels mozartiens mis en pratique sur les partitions ayant une dénomination identique.

Deux autres œuvres instrumentales ont figurées au programme : la suite Au temps de Holberg (1884), du Norvégien Edvard Grieg, dont les aires de danses offrent une atmosphère néoclassique ; et l'Adagietto de la Cinquième Symphonie (1902), de l'Autrichien d'origine bohémienne Gustav Mahler, une pièce qui est devenue universelle pour son utilisation dans la bande sonore du film Mort à Venise (1971), de l'Italien Luchino Visconti.

Au milieu, une proposition gravide d'intensité : le Concerto nº 1 pour piano et orchestre (1933) de Dmitri Chostakovitch, avec la participation du soliste Daniil Trifonov. Cette œuvre compte un excellent enregistrement de notre Jorge Luis Prats (2006) avec l'Orchestre d'Extremadura, sous la direction de Jesús Amigo, avec l'intervention du trompettiste Sergio Novella, puisque cet instrument joue un rôle de grande importance dans la partition.

Qualifiée comme une œuvre d’impétuosité juvénile, teintée d'humour et loin des expériences pianistiques formelles des années 1920, elle présente, à la fois, des passages d'un lyrisme poignant, proches de Rachmaninov, alternant avec la grâce d'une confrontation entre les mélodies et les rythmes.

Il faut noter la présence de Daniil Trifonov, né le 5 mars 1991 à Nijni-Novgorod, en Russie, qui jouit d'une réputation bien méritée en tant qu'interprète du répertoire russe pour piano. Daniil Trifonov a reçu le Premier Prix, la Médaille d'Or et le Grand Prix de la 14e édition du concours International Tchaïkovski à Moscou. Il a également remporté le Prix du public et le Prix de la meilleure interprétation d'un concerto de musique de chambre.

Gergiev à la tête

La soirée dominicale a été dirigée par Valery Abisalovich Gergiev (Moscou, 1953), Artiste du Peuple de Russie, un des plus célèbres chefs orchestres actuels, directeur général et artistique, depuis 1996, du théâtre Mariinski, anciennement Académie Nationale de l'Opéra et du Ballet (1920-1935) et Kirov (1935-1992), sans aucun doute la plus importante salle musicale, de danse et lyrique de Saint-Pétersbourg. On lui reconnaît le mérite d'avoir contribué à l'expansion des horizons esthétiques du Mariinsky et sa nouvelle dimension artistique. Sa conception de la tétralogie L’anneau du Nibelung, étrennée en 2003 et acclamée ensuite dans le Covent Garden de Londres et dans le Metropolitan Opera House de New York, a été un point de repère dans l'histoire de la musique contemporaine.

Sous sa baguette, l'orchestre a exécuté toutes les symphonies de Tchaïkovski, de Prokofiev, de Chostakovitch, de Mahler et de Beethoven, les requiems de Mozart, de Verdi, de Berlioz et Tichtchenko et des œuvres de Messiaen, de Dutilleux, de Schedrin et de Gubaidulina, à ne citer seulement que quelques compositeurs de renom.

Parmi les plus de quarante prix et reconnaissance reçus dans et hors son pays, Gergiev a été proclamé Artiste pour la Paix (de l’Unesco) en 2003 et, en 2006, il a partagé ce qui est considéré comme le Prix Nobel de la Musique, le Prix Polar, avec la légendaire bande Led Zeppelin.