IIIIIIIIIIIIIIII
Jorge Perugorría « Le Festival sera toujours celui d’Humberto Solás »
Par Paola Cabrera Traduit par Alain de Cullant
La conversation avec Jorge Perugorría, acteur, producteur, plasticien, cinéaste et un des protagonistes du légendaire film Fresa y Chocolate se centre sur sa nouvelle responsabilité en tant que directeur du Festival du Cinéma Pauvre à Gibara, fondé par Humberto Solás.
Illustration par : Antonio Vidal

Jorge Perugorría, acteur, producteur, plasticien, cinéaste et un des protagonistes du légendaire film Fresa y Chocolate (Fraise et Chocolat), a conversé à côté de l’une de ses plus récentes peintures : Oshun. Dans la galerie Gorria, la conversation au sujet de sa nouvelle responsabilité en tant que directeur du Festival du Cinéma Pauvre à Gibara, fondé par Humberto Solás, commence avec quelque chose qui ressemble à une coïncidence.

Comment a commencé votre relation avec Humberto Solás ?

Avec le film Miel para Oshun. Après qu’Humberto Solás ait fait les plus grands films de l'histoire du cinéma cubain, avec des équipes énormes, c'était le premier tournage en numérique et ayant un petit budget à Cuba.

Nous nous déplacions tous en bus, un voyage qui a commencé à La Havane et qui a terminé à Baracoa, et un des lieux de tournage du film a été Gibara, qui avait été également le lieu de tournage de Lucía, un des premiers films d’Humberto, un endroit avec lequel il avait une relation très agréable.

Humberto était ému par l'idée de pouvoir faire du cinéma numérique, pour la liberté de mouvement qu’il offrait. C'était durant la Période Spéciale, il n'y avait pas de budget et lui a vu une opportunité. En filmant à Gibara, il a eu l’idée de faire un festival afin de stimuler et d’appuyer les jeunes pour faire ce genre de film, car il lui semblait que ce serait le chemin, l'avenir du cinéma cubain et cela l’a vraiment été.

Jorge Perugorría explique que quand il était jeune il y avait un événement loin de chez lui (comme le Festival International de la Chanson de Varadero), il a pris un sac à dos, une tente et il y a été. S'il était encore ce jeune il ferait de même afin d'assister au Festival du Cinéma Pauvre de Gibara.

« Au début je suis allé à certains festivals, aux premiers. Ensuite, quand ils ne coïncidaient pas avec un tournage, j’essayais d’y aller car il s'agit d'une atmosphère très particulière. Actuellement, je suis toujours très occupé, mais je pense que l'effort vaut la peine pour ce que cela signifie ».

Étant donné que le Festival a cessé d'avoir lieu en 2011, quel a été le processus pour le reprendre maintenant ?

Humberto est décédé en 2008, ses neveux ont continué à travailler. Puis, il y a eu l’étape où Lester Hamlet était dans la direction. Plus tard, par faute de ressources, il a commencé à avoir lieu tous les deux ans, et étant donné que la continuité d’un événement cinématographique est importante, le Festival s’est éteint.

Les autorités de la Culture et du Cinéma de la municipalité d’Holguín ont fait un Échantillon, l'événement a été un peu local, il s’est déconnecté de la projection internationale qu’avait atteint Humberto et sa famille.

Notre idée est de revenir à ce projet et de lui donner une continuité, de replacer le Festival où Humberto l’avait placé en termes de participation. Car cet événement est important, non seulement parce qu'il réunit tous les arts et parce qu’il représente une opportunité pour les jeunes créateurs. C'est aussi une expérience merveilleuse pour les gens de Gibara. Ils se sentent amphitryons, ils nous reçoivent comme s'ils étaient les organisateurs.

Un phénomène social très intéressant a eu lieu à Gibara : l'événement a enseigné aux gens qu’il était merveilleux, et le peuple a commencé à faire des maison d’hôtes, des petits restaurants. Maintenant, le gouvernement a également construit deux nouveaux hôtels. La vie et la dynamique se sont développées.

Si le Festival a fermé une fois en raison du manque de ressources, comment il va être rentable maintenant ?

À Cuba, les événements culturels ne pensent pas encore à la rentabilité, ils ont toujours besoin de soutien, de subventions. Nous sommes ouverts à l’aide des fondations, des entreprises privées, y compris des gens sur le plan personnel, afin que le festival croisse et continue. Mais nous ne pouvons pas penser à la rentabilité alors que les concerts sont encore gratuits, que le théâtre est de participation populaire, que le cinéma est payé en monnaie nationale.

Un des problèmes que nous avons est que le Festival, cette année, durera seulement 4 jours, du 20 au 24 avril, très peu de temps pour tout ce que nous voulons faire. Pour que les prochaines éditions soient annuelles et d’une durée d'au moins une semaine, nous aurons besoin d'être soutenus aussi bien par l'État que par d'autres alternatives qu'il y a en ce moment et dont nous voulons profiter.

Quelle différence aura cette édition par rapport aux antérieures ?

Nous sommes encore au stade de la production, donc tout dépendra des ressources que nous sommes en mesure d’obtenir et du soutien que nous avons d’Holguín et de tout le pays. Mais nous voulons qu’il ait une importante participation de talent. Jusqu'à présent nous sommes très heureux avec la convocations des films reçus, de très nombreuses œuvres se sont présentées, aussi bien en documentaires qu’en longs-métrages, en courts-métrages et en scenarii, nous avons même lancé une convocation dans la catégorie des affiches.

Plus que quelque chose de nouveau, si nous parvenons à donner une continuité à l’œuvre de Humberto, nous serons satisfaits.

Quand la nouvelle de la reprise de l’événement a été connue, les titres de la majorité des médias ont mis l’accent que vous seriez le nouveau directeur, ne craignez-vous pas qu’il se convertisse en Festival de Perugorria ?

Certainement pas. Il sera toujours le Festival Humberto Solás. On ne peut pas imaginer ce qu’il signifie pour les gens de cette ville, l'amour et l'affection qu’ils ont. Ils vénèrent réellement Humberto pour ce qu’il a obtenu par le biais de cet événement.