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Femmes Caribéennes : La Sœur Ana
Par Julia Mirabal Traduit par Alain de Cullant
Mon rêve est que nos enfants soient traités avec justice, qu’ils soient acceptés en tant qu'êtres humains, car quand je suis arrivée ici nos enfants n'étaient pas bien traités.
Illustration par : Antonio Vidal

Une femme est comme le chef-d’œuvre de Dieu. Je pense que c’est une personne capable de prendre des décisions, que c’est une personne qui se sent libre dans les profondeurs de son cœur, une personne sensible de toutes les nécessités qui l'entourent et que Dieu a créé pour rendre la vie supportable, plus pleine de joie, d'espoir, d'amour.

Je suis née à Yauco, Porto Rico, un endroit sur les hauteurs avec des paysages magnifiques où le vent et la brise nous entourent en permanence, où la chaleur et l'espoir nous fournissent un site hospitalier

J'ai eu trois frères qui avaient l'habitude de courir à travers les champs et de profiter ainsi de la merveilleuse création de Dieu. Nous étions une famille très belle, mais j'ai dû partir à la ville pour aller au Lycée.

Je devais alors faire le voyage une fois par semaine, je revenais seulement à la maison du vendredi au dimanche.

Je me souviens que quand j'étais petite, je ne savais pas ce que je serais dans l'avenir, encore moins religieuse. J’avais même l'habitude de me moquer d'elles.

J'avais une tante qui était une nonne dans une communauté religieuse et je me moquais toujours d’elle et de sa vocation.

Puis je me souviens qu'un jour, alors que j’étais à la messe, j'ai senti l'appel de Dieu pour devenir religieuse. J’ai alors ressenti une certaine honte parce que j'allais être ce que je ne voulais pas être. Et que je disais toujours que nos nonnes étaient O.P. Ordre Pidiona, un ordre qui demandait toujours de l'argent.

Maintenant je suis religieuse, je suis O.P., je suis la personne qui doit aussi demander de l'argent.

J'appartiens à l'Ordre les Sœurs Dominicaines d’Amytiville, Long Island.

Ces sœurs étaient mes professeurs quand j'étais au lycée.

J’avais 19 ans quand j'ai voulu devenir religieuse et mon père ne voulait pas me laisser partir. Mais en fin de compte il s'est rendu compte que j'étais vraiment convaincue de ce que je voulais être. Et il m'a accordé l'autorisation.

J'ai été envoyée à Amytiville, New York, Long Island, où je suis restée durant 2 ans.

À la fin de ces deux années nous avons été envoyées en mission et j’ai été à l'église Notre Dame de Guadeloupe, dans la 15e Avenue à New York. Cinq ans plus tard, je suis allée dans l'église Notre Dame de la Consolation, toujours à New York.

Je suis retournée à Porto Rico après avoir passé neuf ans aux États-Unis. En 1982, j’ai été envoyée à Virgilio Dávila pour faire un recensement. À cette époque je vivais près de là et je ne savais rien de ses habitants. Ils étaient mes voisins, mais je ne connaissais absolument rien d’eux.

Quand je suis venue pour le recensement, j’ai pris conscience des besoins de nos enfants et, à partir de ce moment, j'ai voulu rester ici pour aider ces personnes.

Lorsque nous nous sommes installés ici, en 1985, j'ai découvert que les enfants abandonnaient l’école entre le lycée et l'école élémentaire.

Quand je m’en suis rendue compte, j’ai voulu créer un projet qui aidera les enfants afin qu’ils ne quittent pas l'école. Je leur ai fait comprendre qu'ils devraient étudier pour être en mesure d'aspirer à trouver du travail.

Virgilio Dávila se trouve au cœur de Bayamón, et bien que nous sommes dans le cœur de cette localité, les gens nous marginalisent.

Et je dis nous, parce que je fais partie de la communauté. Je vis ici depuis 19 ans avec eux et pour eux. On dit que ces gens sont des drogués, des voleurs, c’est pour cette raison que nous sommes considérés comme des moins que rien, personne veut venir nous voir, même en étant dans le centre de la ville, nous sommes marginalisés en comparaison avec les autres habitants.

C'est un autre miracle. Dieu m'a envoyé vers un groupe de personnes qui se dédient entièrement à la Casita, ils sont tellement généreux. Ils travaillent avec le cœur et ils ne sont pas préoccupés de savoir s’ils seront payés ou non. Notre mission est leur mission, nos objectifs leurs objectifs. Et jusqu'à ce jour, même dans les moments où nous n'avions pas beaucoup d'argent, nous avons réussis à maintenir notre Casita ouverte.

Tout d'abord, nous vivons ici et nous savons que ce sont les enfants qui ont le plus besoin de venir dans cette maison. Donc nous les avons choisis. Il y a trois écoles publiques où vont nos enfants dans les alentours. Là on nous donne les noms de ceux qui ont besoin de soutiens scolaires. Nous les acceptons également.

Et nous essayons aussi de faire en sorte que tous ceux qui vivent ici, qui ont moins d'opportunités dans la vie et moins de chance de recevoir une éducation scolaire, fassent partie des enfants que nous accueillons ici.

Nous recevons nos enfants chaque jour, du lundi au vendredi. Nous voulons qu'ils apprennent les valeurs, qu’ils apprennent une autre façon de vivre, qu’ils apprennent à partager, à communiquer, à s’aimer les uns les autres.

Certains parents se sentent très fiers que leurs enfants soient inscrits chez nous.

Mais il y a d’autres personnes qui n’aiment pas car nous informons les enfants sur les dangers de la drogue. Nous leur expliquons constamment sur les dangers de la drogue, sur les risques de transporter la drogue d'un endroit à un autre. Je suis sure qu’il y a des personnes qui ne sont pas très satisfaits de l'existence de notre programme.

Je n’ai jamais reçu de menaces car un grand nombre de ceux impliqués dans le trafic étaient dans notre programme au cours de ces 19 années, depuis que je suis ici.

Ils m’aiment, ils viennent me saluer, ils gardent un souvenir de ce programme. Nous avons le projet d'étendre nos services parce que le maire de Bayamón est prêt à nous donner la maison qui est à côté de notre projet.

María Virella nous a appris à penser en grand. Nous avons un bon conseil de l'administration et nous collectons des fonds. L'année dernière nous avons pu réunir 80 mille dollars, ce qui nous a permis de maintenir la maison ouverte.

Mon rêve est que nos enfants soient traités avec justice, qu’ils soient acceptés en tant qu'êtres humains, car quand je suis arrivée ici nos enfants n'étaient pas bien traités.

Ils sont pareils que les autres enfants. Et s'il n'y a pas de justice, nous ne connaîtrons jamais la paix.