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L’ascendance africaine et l’inclusion dans la Révolution Cubaine
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
La Révolution Cubaine a dynamité les bases institutionnelles de la discrimination raciale.

La ligne du devenir historique de Cuba s'est brisée définitivement vers la moitié du XXème siècle. Le renversement de la tyrannie le 1er janvier 1959 n'a pas été la simple relève d'un régime, mais une éclosion révolutionnaire implicite dans l'étape des profondes transformations radicales commencées dès cette date dans cet archipel antillais.

 

Ces transformations ont eu un impact immédiat dans la vie de la population noire et métisse, viscéralement impliquée dans les changements politiques, économiques et sociaux dérivés de la victoire populaire. Ce dernier est une donnée de grande importance que les observateurs de la réalité cubaine évitent parfois. La présence des Noirs et des Métis, comme une partie des secteurs sociaux qui ont affronté le régime de Fulgencio Batista, soutenu jusqu'au dernier moment par le gouvernement des Etats-Unis et son allié dans les Caraïbes, le Dominicain Leónidas Trujillo, a été visible et décisive aussi bien dans le Mouvement « 26 de Julio » et dans l'armée rebelle conduite par le docteur Fidel Castro, que dans le Parti Socialiste Populaire qui, après une position sectaire initiale, s’est uni à la lutte et, en moindre mesure, dans le « Directorio Revolucionario 13 de Marzo », apparu dans le milieu universitaire.

 

Dans les premiers temps postérieurs à la victoire, le Gouvernement Révolutionnaire a adopté des mesures qui ont favorisé les historiquement oubliés, entre lesquels il y avait de nombreux Noirs et Métis. Les bases institutionnelles de la discrimination raciale ont été dynamitées. On en a fini avec les clubs sociaux exclusifs et excluant, l'accès à l'éducation est devenue libre et gratuite pour tous les citoyens, on a mis fin à l'apartheid dans les parcs et la santé publique s'est convertie en patrimoine de tous.

 

La campagne d'alphabétisation, la récupération des biens usurpés, la nationalisation des richesses du pays, la réforme agraire et la révolution éducationnelle et culturelle mises en marche ont ouvert des nouveaux horizons, non seulement aux personnes d’ascendance africaine, mais à tous les secteurs qui avaient souffert de la marginalisation et de la discrimination.

 

Mais nous ne comptions pas la persistance des préjugés et des attitudes, ni que les changements structurels avancent plus rapidement que ceux réalisés au niveau de la conscience commune. De même, nous n’avons pas considéré adéquatement, au moment d'établir des politiques sociales justes, les désavantages historiques accumulés lors des étapes précédentes, depuis la Colonie jusqu'à la fiction républicain de la première moitié du XXème siècle, par la population noire et métisse. Nous avons considéré comme convenu que l'égalité était pleine à partir des critères égalitaires. De sorte que nous sommes entrés dans le XXIème siècle en entraînant un déficit dans la visibilité des problèmes qui dérivent de la problématique raciale.

 

Néanmoins nous avons obtenu de nombreuses choses durant les 50 dernières années. Un notable poète et ethnologue cubain, Miguel Barnet, a dit que nous péchons parfois d’une excessive modestie quant à la promotion de faits objectifs parlant de la revendication et de l'inclusion sociale de nos ascendants africains. Parfois, nous n’avons même pas été capables de comptabiliser statistiquement ces réalisations, tombant dans le piège de creuser des tranchées devant les données négatives qui existent effectivement, qui sont souvent manipulées pour offrir une image dénaturée de la réalité.

 

Je me permets de signaler trois exemples. On reconnaît que Cuba est un des pays latino-américains et caribéens ayant un grand développement scientifique. Dans la capitale cubaine il y a un pôle scientifique avec des résultats universellement avalisés dans le domaine de la biotechnologie et de l'industrie pharmaceutique. Cela m’a coûtée beaucoup de travail pour obtenir la donnée que 37% des spécialistes qui travaillent dans ce pôle sont noirs et métis. Et encore beaucoup plus de travail pour savoir que 49,1% des médecins et du personnel paramédical faisant partie du contingent Henry Reeve, qui a offert une attention d'urgence dans des pays victimes de cataclysmes naturels lors des cinq dernières années, sont noirs et métis. Ce contingent est apparu suite à l'initiative de Fidel Castro devant la catastrophe de l'ouragan Katrina en Louisiane, mais le gouvernement des Etats-Unis a rejeté l'assistance solidaire des médecins cubains.

 

Un fonctionnaire du Ministère de l'Éducation m'a révélé que le pourcentage a positivement varié de 14 points quant à l’admission des Noirs et des Métis dans les centres d’excellences pré universitaires, suite au fait que la direction de la Révolution interrogeait, il y a une décennie, la tendance à admettre des élites dans ces établissements.

 

Ceci dans un pays où les statistiques quant à la composition ethnique de la population sont incertaines, car si je vous dis que dans le dernier Recensement national de la Population et du Logement, de 2002, on comptabilisait seulement 1 126 894 de Noirs et 2 778 923 Métis contre 7 271 926 de Blancs, quiconque se promenant dans les rues ou dans les campagnes remarquera que ces nombres ne cadrent pas avec la réalité.

 

Si nous parlons en termes de solidarité, les faits sont irréfutables. L’histoire de l'internationalisme de Cuba dans plusieurs peuples du continent africain est connue, ainsi que la formation gratuite de médecins et de professionnels dans diverses branches, et la création d’écoles en territoire cubain pour les fils de cette région du monde. En d'autres occasions nous avons expliqué notre philosophie : L'Afrique n'a pas besoin de charité ni de palliatifs, mais d’une solidarité profonde et engagée. Je dirai aussi que depuis quelques années des jeunes afro-américains sont aussi formés à Cuba, qui n'ont pas l’opportunité d'accéder à l'éducation supérieure dans ce pays.

 

Sommes-nous satisfaits de tout ? Que ne reconnaissons-nous pas les vides et les manques ? Que nous restons les bras croisés devant les vieux et nouveaux défis liés au thème racial ?

 

Un grand nombre pense que les deux principaux défis que nous devons surmonté, et nous commençons déjà à le faire, est, d'une part, discuter publiquement de ces déficits et, d'autre part, avancer dans la conception et l'application de politiques qui complètent le projet socialiste afin de conquérir réellement l'équité et la justice pour tous.

 

Dans l'ordre ponctuel, j’aimerai faire deux commentaires. Un a à voir avec la perception que l’ascendance africaine soit promue depuis les médias et qu’elle garde une étroite relation avec la bataille pour bannir les préjugés raciaux. Lors des dernières années on est parvenu à diffuser davantage de messages graphiques et audio-visuels représentatifs de la composition ethnique de notre société, mais l'intention possède son revers négatif. Comme l’a justement signalé l'écrivain Reynaldo González « l'image de la femme et de l'homme noirs dans les médias cubains approche généralement l'étiquette commerciale, au lieu de l'évaluation humaine. Notre télévision ne dissimule pas le Noir et son univers : elle les banalise ».

 

Mais, et de là le second commentaire, cette banalisation a sa base dans des insuffisances éducatives et culturels qui influent sur la conscience commune, ceux qui agissent ainsi n'ont pas été formés quant à une idée claire des processus socioculturels qui les ont apportés à nos jours.

 

Heureusement, nous avons fait du chemin. Le sociologue cubain Fernando Martínez Heredia, lors de l’inauguration du séminaire « Cuba et les Peuples d’Ascendance Africaine d’Amérique », à La Havane, l'indiquait avec ces mots que je souhaite partager : « Le combat des désavantages objectifs que souffre une haute proportion des non blancs doit faire partie, sans aucun doute, d'une politique révolutionnaire socialiste générale qui favorise les Cubaines et les Cubains de n’importe quelle couleur de peau que souffrent de ces situations. Mais il est indispensable d'ajouter une politique spécialisée – bien fondée –, visant à déraciner ou à diminuer les situations des personnes et des groupes non blancs qui sont dues à une reproduction continue de leurs désavantages se convertissant en formes culturelles, et celles qui sont due aux relégations et aux discriminations pour des causes raciales. Dans le dessin et l'instrumentation de cette politique, la participation commune des spécialistes et des personnes faisant partie des groupes désavantagés doit être déterminante, ainsi que la volonté de ne pas permettre qu’elles soient réduits à des actions administratives routinières qui se décomposent et disparaissent finalement ».

 

C’est seulement à partir de cette conception, qui gagne un vaste terrain tant à l'échelle institutionnelle qu’au niveau social à Cuba, que nous pourrons aborder le problème et lui donner une solution. Je crois, sans pécher de triomphalisme, que Cuba, en un tel sens, pourra continuer à apporter des nouvelles expériences aux sœurs et aux frères d’Amérique Latine et des Caraïbes.

 

Paroles pour le IVème Forum International des Personnes d’Ascendance Africaine dans Notre Amérique, célébré à Caracas entre du 19 au 22 juin 2011.