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Frank Sinatra à  La Havane
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
Le célèbre chanter est venu deux fois à La Havane : en 1946 et en 1951. la première visite est liée avec la rencontre des principaux capos des familles de la mafia, la deuxième lors de son mariage avec l’actrice Ava Gardner.
Illustration par : Jorge Juvenal Baró

Francis Albert Sinatra (Frank) « la voix », le timbre et l'atmosphère de la musique étasunienne, un des artistes les plus polémiques des temps modernes, a été le chanteur qui a été écouté par le plus de générations. Il a survécu au rock and roll, au mambo, au cha-cha-cha, à la pop, au beat, au rock symphonique, à la pachanga et à la salsa.

L’artiste étasunien (12 décembre 1915 - 14 mai 1998) dont le centenaire de la naissance a été célébré il y a peu, est venu deux fois à La Havane : en 1946 et en 1951. La première visite est liée avec la rencontre des principaux capos des familles de la mafia. Le manteau officiel pour une réunion d’une telle envergure était le voyage que réalisait le chanteur en tant qu'invité d'un millionnaire italien afin de recevoir un hommage dans les salons exquis de l'Hôtel National de Cuba.

La rencontre comptait un groupe d’admirateurs du célèbre chanteur. Lucky Luciano a dit : « Si quelqu'un avait demandé, il y avait une raison apparente pour une telle réunion. Celle d’honorer un jeune italien du New Jersey, appelé Frank Sinatra, le chanteur qui était devenu l'idole des adolescents dans le pays. Il était venu à La Havane avec ses amis, les Fischetti, pour connaître leur ami Charlie Luciano et, au cours de la semaine, on a offert un gala en son honneur (...) Frank était un bon gars et nous étions tous fiers de lui, de la façon dont il était arrivé à la célébrité » (Enrique Cirules, El imperio de La Habana, Casa de las Américas, La Havane, 1993, pages 68-69).

La conférence des mafiosi dans l'Hôtel National de Cuba s'est terminée à la veille du dernier jour de l'année 1946, avec une grande célébration. Une grande salle de l'hôtel, le Casino Parisien, avait été réservée, et la consommation de la bonne nourriture et des meilleures boissons – allant du champagne français aux grandes marques de whisky écossais et du rhum cubain - était libre. Un des orchestres les plus célèbres de La Havane a été engagé, ainsi que des danseurs et des figurants des célèbres cabarets Tropicana, Sans Soucí et Montmartre.

Vers minuit il y a eu une surprise inattendue et agréable, les lumières se sont éteintes, une petite scène s’est illuminée et, devant les murmures approbateurs et un tonnerre d'applaudissements, la plus prometteuses des étoiles montantes dans le firmament de la chanson nord-américaine est apparue : Sinatra.

Ensuite il a commenté : « J'ai chanté, comme seulement on peut le faire quand je suis entre amis, jusqu'à ce que je n’ai plus de voix… jusqu'à m’enrouer », a commenté le chanteur italo-étasunien (Oscar Pino Santos, Complot, Nuestro Tiempo, S.A., 1992, p. 181).

Parmi les personnes à la charge des chambres de Sinatra et d’autres mafiosi de l'Hotel National se trouvait Jorge Miguel Jorge, qui avait 22 ans en 1946. Celui-ci a révélé au journal Granma Internacional, lors d'une interview, que Sinatra ne s’est pas inscrit à l’hôtel afin de se couvrir. Il occupait la chambre 214 et communiquait avec les mafiosi grâce à la suite du 213 au 211. Il a demandé à l'hôtel que personne ne le dérange. Il buvait beaucoup de whisky Cutysarky Smugler. Il mangeait beaucoup de canapés (pain aux anchois, crème de caviar), des beefsteaks étasuniens avec beaucoup de salades et de la sauce russe. On lui avait également préparé des poitrines de flamenco, des ragoûts et des rôtis de tortue, des crevettes de Cojimar, des huîtres de Sagua, des côtelettes de chevreuil ».

Durant son séjour à l’hôtel dans la capitale cubaine, personne n'avait connaissance de ce qui s’y passait. Ils étaient considérés comme des hommes d’affaires. Tous les étages étaient occupés, tous venaient avec leurs gardes du corps. Quand il est rentré aux États-Unis, une revue étasunienne a divulgué que le chanteur avait mangé avec la mafia à La Havane. Sinatra lui a demandé 50 000 dollars et il a gagne le procès ; parce il n'y avait aucune preuve photographique ou testimoniale.

Le musicien et compositeur Senén Suárez, qui a travaillé au Tropicana de 1948 à 1958, m’a commenté que Sinatra est venu au Tropicana en 1951, mais quand il a été reconnu, il est reparti rapidement.

Il y a très peu de photos de ses visites, nous en avons une de Sinatra avec le journaliste Don Galaor, de la revue Bohemia, dans le légendaire bar havanais Sloppy Joe’s.

Sinatra a épousé Ava Gardner en 1951, il a passé sa lune de miel à Miami et, de-là, il est venu de nouveau à La Havane, l’Hôtel National a accueilli une nouvelle fois l’artiste. Jorge Miguel Jorge s’est occupé une nouvelle fois de Sinatra et il a été très étonné de voir la belle femme qui accompagnait le chanteur.

Dans le Floridita, le chanteur Octavio Benedino Sánchez Oñaguirre (Cotán), a chanté pour Frank Sinatra et Ava Gardner. « J'ai joué pour eux, ainsi que pour Libertad Lamarque (une actrice d’'Argentine) et Lauren Bacall (l’étoile étasunienne). Je pense qu’Ava Gardner était plus jolie que Libertad Lamarque. Tous étaient des amis de Papa Hemingway… » (Víctor Manuel Valdés, José Antonio Más, Un acorde llamado Cotán, La Gaceta de Cuba, La Havane, mars/avril, 2003, p. 53).

En prenant en compte que Frank Sinatra était un homme de succès, en 1958, il a exploité sa propre entreprise cinématographique et il avait l’intention de transmettre chaque semaine des programmes de télévision depuis l’hôtel Monte Carlo de La Havane vers les États-Unis. Mais l'histoire a été différente.