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La présence haïtienne au Prix Casa 2016. Sang et espoirs de Gary Victor
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
Gary Victor est l'une des personnalités intellectuelles les plus actives et influentes à Haïti.
Illustration par : Jorge Juvenal Baró

 

Quand Arnold Antonin, un des plus notables cinéastes caribéens, a projeté entre nous son film Le Président a-t-il le SIDA ?, il n'a pas hésité à attribuer en grande partie la fluidité narrative du film à un ami écrivain : Gary Victor. « C'est un créateur imaginatif et un profond connaisseur des réalités humaines, c’est pour cette raison que je l’ai convié à partager le script d'un film qui vise à démanteler le mythe d'une personnalité populaire ».

Le romancier s’est révélé peu de temps après, Gary Victor a obtenu le Prix Casa de las Américas 2012 dans la catégorie « Littérature en Langue Français ou Créole » avec Le sang et la mer. En 2014, il était présent à la Foire Internationale du Livre de La Havane pour présenter son roman et maintenant il revient comme membre du jury du concours dans lequel il a été lauréat. Et il a dit « Je sens aussi Cuba comme un peu mienne ».

Gary Victor a été agréablement surpris par la critique de son roman en espagnole, traduit par Lourdes Arencibia et mis en circulation par le Fond Éditorial Casa de la Américas. L’écrivaine cubaine Laura Ruiz, de la ville de Matanzas, révèle le point d'appui qui subvertit l’apparent contenu mélodramatique de la narration : « Hérodienne rêve de son prince charmant, issu de la tradition européenne, qui, sur ces rivages antillais, devient un prince blanc, une transmutation des couleurs cruelle dans son essence. Le roman d'amour se métamorphose jusqu'à toucher les limites du drame social haïtien. (…) Elle l'aime. Il l’utilise (...) Il ne semble pas qu’il y ait passé une seule journée depuis que les propriétaires de la plantation prennent, violent, possèdent, avec toute leur fureur et leur arrogance, les esclaves noires. C'est la façon de Gary Victor de montrer que l’esclavage et sa longue chaîne d’horreurs n’est pas un phénomène du passé. C'est le moyen de mettre la loupe sur les séquelles, sur leurs empreintes dans le présent du pays ».

À l'autre bout de la géographie cubaine, à Holguín, le poète, narrateur et traducteur Manuel García Verdecia observe : « Le conflit de l’œuvre est très fréquent dans les lettres, celui de la jeune fille pauvre qui est « séduite et abandonnée » par un jeune riche. Cependant cela a été dûment remis dans le contexte des temps modernes et enrichit en détails subtils comme afin de gagner de nouveaux intérêts. (…) Ce roman sincère et beau nous parle des réalités terribles et douloureuses. Il nous laisse avec un arrière-goût de mortification pour tant d'injustice et d'abus et il nous dit qu'il y a encore beaucoup à faire sur nos terres pour le bien définitif de l'homme ».

Gary Victor est l'une des personnalités intellectuelles les plus actives et influentes à Haïti. Agronome de profession, il a développé une carrière dans le journalisme par vocation, dans laquelle domine la critique sociale et l'incitation au débat sur le destin de son pays. Il a tissé une ample trame narrative qui comprend des titres tels que La Piste des sortilèges (1996), À l'angle des rues parallèles (2000) ou Les Cloches de la Brésilienne (2006).

Mais où il a peut-être le mieux attiré l'attention des lecteurs est dans une zone qu'il a été appelé « les roman de suspens vaudou », à partir des arguments de l'intrigue policière et les événements liés à la croyance populaire profondément enracinée dans son pays. Son ouvrage le plus récent est Cures et châtiments (2013).

Sa relation avec le cinéma ne s'arrête pas avec le film susmentionné d'Antonin. Pour le même réalisateur, il écrit le scénario de Les amours d'un Zombie (2009), une parodie mordante sur le cinéma d’horreur étasunien.

Sur le Prix Casa de las Américas, il a dit : « Quand je l'ai reçu, j'ai été très heureux. C'est un prix prestigieux et un pont pour l'intégration de nos cultures. Je connais plusieurs écrivains de mon pays qui rêvent de ce Prix ».