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Le multimédia de l’orchestre Aragón : un événement de la culture cubaine
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
Cette édition spéciale a été consacrée à un orchestre qui a fait l'histoire à Cuba, né en 1939.
Illustration par : Mariano Rodríguez

La maison d’édition Cubarte a présenté un multimédia dédié à l'orchestre Aragón, le plus célèbre charanga du monde, dans l'Hôtel National. Cubarte est le Centre d'Informatique de la Culture et travaille durement sur des matériels de très grande utilité.

Le multimédia a été développé par une investigatrice de Cienfuegos, Alegna Jacomino Ruiz. Il s’agit d’un travail de maîtrise et de doctorat ayant une grande rigueur, suivi par le Dr. Eduardo Torres Cuevas, directeur de la Bibliothèque National José Martí. Il est très encourageant que des grands hommes de la culture cubaine comme Eduardo Torres Cuevas dédient une partie de leurs travaux à la culture populaire, de grande demande par le peuple.

Le multimédia contient tout ce que l’on doit savoir sur un orchestre emblématique ayant plus de sept décennies et qui s’est maintenu au sommet de l’ère la plus glorieuse de la musique cubaine, l’époque d’or du mambo, du cha-cha-cha et du son.

L'histoire de l'Aragon comprend différentes étapes, il y a des chapitres dédiés aux membres, aux photos, aux enregistrements à Radio Progreso et dans les studios d’enregistrements de CMQ pour RCA Victor, aux tournées internationales, aux vidéos ou aux kinescopes réalisés pour la télévision. Nous ne devons pas oublier que l'Aragon prend son envol au grand moment de la radio et de la télévision cubaine (dans les années 1950).

C’est un travail vraiment gigantesque, car il s'agit d'un orchestre qui laisse une œuvre considérable de près de mille enregistrements, sans compter les morceaux n’ayant pas été enregistrés ou commercialisés.

Cette édition spéciale a été consacrée à un orchestre qui a fait l'histoire à Cuba, né en 1939. Un orchestre roi du cha-cha-cha et le seul possédant un répertoire comprenant des œuvres d’Ernesto Lecuona, Moisés Simons, Agustín Lara, Rafael Hernández, Roberto Cantoral, Tite Curet Alonso, Portillo de la Luz, José Antonio Méndez, Félix Reina, Joseíto Fernández, Piloto y Vera, Alfredo Brito, Rosendo Rosell, Ramón Cabrera, Rosendo Ruiz Quevedo, Félix Chapottín, Enrique Bonne, Marcelino Guerra, Jose Antonio Fajardo, Guty Cárdenas. Richard Egues, Rafael Lay Apesteguía et beaucoup plus.

L’orchestre Aragon ne compte pas toutes les publications qu’il mérite, il y a eu un manque de soins, en d'autres temps, de la part des journalistes, des éditeurs, des chercheurs, des musicologues, des hommes de culture, et c'est regrettable. De même, les membres et les responsables de l'orchestre sont aussi fautifs car ils ne se sont pas occupés convenablement de rendre propice, de proposer et de gérer une étude historiographique de l'orchestre. Ce fait est extensif à tous les groupes de la musique cubaine. Nul mieux que les membres peuvent raconter l'histoire de ce qu’ils ont réalisé durant de nombreuses années.

La légende, le roman et la mystique de l'Aragon est incommensurable, presque impossible à réaliser, il y a 76 ans de mythes, d’aventures, d’avatars pour ceux qui sont passés dans ce grand orchestre.

La vie de José Olmo (Pepe Olmo), le « Chino Maravilloso », est un véritable film, une biographie digne d’être racontée et lue. Il était la grande personnalité, l'idole des multitudes de son temps, pour sa prestance physique (un mulâtre chinois et indien), un véritable exotisme tropical. De même il avait la voix la plus douce de Cuba, selon les déclarations de son compagnon de chant Felo Bacallao et du directeur Rafael Lay Apesteguía.

Bien que l’on dise qu’il n’y avait pas d’étoile dans l'Aragon, que l’étoile était l'orchestre, le travail d'équipe, ceci n’est pas certain. L'orchestre était composé d’étoiles qui, bien qu'ils n'étaient pas académiques avec leurs instruments, ont obtenu au cours de ans une « maîtrise » assez difficile à surmonter, ni même avec les musiciens de hautes qualifications et des hautes écoles d’aujourd'hui.

La grâce des instrumentistes de l'Aragon est ce qui constitue un « tutti », un ensemble inhabituel. À cela il faut ajouter (comme dans les équipes de baseball) que l'orchestre avait un excellent directeur, sans capitaine il n'y a aucun triomphe possible. Il comptait également un génie - selon les propres mots de Rafael Lay Apesteguía – en la personne de Richard Egües, un flûtiste étoile, un orchestrateur unique et un compositeur fabuleux.

De plus, il ne faut pas oublier l’ensemble des voix qui sont devenues le chœur le plus aimé de la musique cubaine, ni la première étape, où la voix magnifique de Fernando Álvarez a été enregistrée sur certains disques qui, pour moi, sont les meilleurs de l'Aragon. Comme il arrive presque toujours, la première étape triomphale d'un groupe musical, est la première. L’étape de la jeunesse, du départ et même de l'explosion, ce qui donne à la création cette touche magnifique, en utilisant une thèse d'Alejo Carpentier.

À l'époque où l'Aragon était le roi du cha-cha-cha (les années 1950), les enfants et les jeunes employaient – pour les imiter - une boite de crackers (comme paila), des boîtes de cigares en bois (comme tumbadora), le col coupé d’une bouteille de bière avec un papier de soie dans la bouche pour la faire sonner comme une flûte. L’orchestre Aragon était déjà dans les rues.

Tout le monde voulait être musicien ou chanteur de l'Aragon, je me rappelle que quand Rafael Lay commençait à jouer au violon, tous les membres montaient sur la scène. Tout d’un coup apparaissait – très pressé - don Pepe Olmo, avec les épaules tombantes, mais droit comme un « i », avec son costume très élégant. C’est le moment où venaient les admirateurs pour lui serrer la main. C'était comme un triomphe pour nous tous.

Les années sont passées et j’ai été la seule personne qui a réussi deux fois à l’interviewer dans sa maison du quartier du Canal, dans la municipalité havanaise d’E Cerro.

Il m’a dit : « Dans l’Aragon tout était bien fait, c’est pour cette raison que j’y suis resté. Le secret de l'orchestre était : Rafael Lay à la direction, avec le soutient de l’administrateur (le représentant) Oreste Varona, la flûte magique de Richard Egues et les voix. Là est le secret de l'Aragon, vous pouvez le publier ».

Félicitations aux créateurs de ce multimédia de Cubarte, au directeur de la maison d'édition José Luis Prado, à l'assistance de Llamely González, à Alegna Jacomino Ruiz et à Eduardo Torres Cuevas. Tous ont reçu des drapeaux cubains des mains de Julián González, ministre de la culture, le plus beau cadeau qui puisse être offert au nom de l'identité nationale.

Nous sommes aussi heureux que lors de la présentation du multimédia, quand l’Aragon a joué, le ministre Julián González a dansé, comme un signe d'acceptation et d'affirmation culturelle envers le centre de la culture cubaine : la danse populaire.