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Papa : le premier film étasunien tourné à Cuba depuis plus de 60 ans
Par Susana Méndez Muñoz Traduit par Alain de Cullant
Papa est un drame biographique basé sur des faits réels, l’action se situe à La Havane dans les années 1950.
Illustration par : Mariano Rodríguez

Le film étasunien Papa, dirigé par Bob Yari, la première production cinématographique des États-Unis tournée intégralement à Cuba en plus de 60 ans, a fait partie du programme du 37e Festival International de Cinéma de La Havane, dans la section « Amérique Latine en perspective ».

Papa est un drame biographique basé sur des faits réels, l’action se situe à La Havane dans les années 1950. Il s’agit de l'histoire d'un journaliste, Ed Myers - interprété par le célèbre acteur Giovanni Ribisi -, qui se lie d'amitié avec Ernest Hemingway (1899-1961) et sa femme, et qui est le témoin du déclin de l'écrivain, de son alcoolisme, de sa dépression et de ses difficultés pour écrire.

Ernest Hemingway est joué par Adrian Sparks, alors que l'actrice anglaise Joely Richardson incarne son épouse ; les deux acteurs, ainsi que le directeur, ont rencontré la presse accréditée à l'événement dans l’Hôtel National de Cuba, siège du Festival. Cette rencontre a aussi compté la présence d’Amanda Harvy et Wisi Melanson, les producteurs du film, et Mariel Hemingway, la petite-fille de l'auteur de Pour qui sonne le glas, L’adieu aux armes ou Paris est une fête, parmi de nombreux autres romans qui lui ont permis d’être le lauréat, en 1954, du prix Nobel de Littérature, un an après avoir remporté le Pulitzer pour son célèbre roman Le vieil homme et la mer.

Le film part d’un scénario écrit par le regretté correspondant de guerre Denne Bart Petitclerc, qui était un ami d’Hemingway, et recueille trois années de sa vie. Il a été filmé dans la Finca Vigia, la demeure de l'écrivain durant plus de 20 ans et dans d'autres endroits de La Havane où sa présence était habituelle, comme l’hôtel Ambos Mundos ou El Floridita.

La cinéaste nord-américain d'origine iranienne Bob Yari, est producteur de films célèbres tels que Crash, qui a remporté l’Oscar du Meilleur film en 2004, et de L’illusionniste (2006).

Au début de son intervention, il a expliqué aux présents que la réalisation du film a été un processus extrêmement complexe car elle demandait la permission des gouvernements de Cuba et des États-Unis et ce fut difficile de l’avoir à cause du blocus, « mais nous avons eu tout le soutien du gouvernement cubain et le notre nous a donné une autorisation spéciale pour filmer ici. Nous étions très heureux de partager le travail avec toute l'équipe et les cinéastes cubains et nous sommes très fiers d'avoir fait le premier film nord-américain tourné à Cuba depuis plus de 60 ans, et nous savons qu’il sera le premier d'un grand nombre qui sont encore à venir ».

Pour sa part, l'acteur expérimenté Adrian Sparks a déclaré : « Travailler à Cuba a été un défi, mais ce fut également une grande récompense pour nous d’être dans ce pays où l'on aime tant Ernest Hemingway. L'accueil qui nous avons eu dans cette île a été très agréable. Je suis très amoureux du peuple cubain, de l'esprit cubain, qui est tout à fait unique dans le monde ».

Joely Richardson – la fille de la légendaire Vanessa Redgrave – a ratifié ce qu’a déclaré Adrien Sparks, ajoutant que ce fut un privilège incroyable d’avoir filmer à Cuba : « l’expérience a été parfois un peu folle, nous avons dû parfois improviser, mais c’est une façon de travailler très émouvante aussi ».

La petite-fille de l'écrivain, qui a un petit rôle dans le film, s’est référée à l’importance du film en tant qu’instrument pour « mettre au jour une histoire que beaucoup de gens ne connaissent pas encore : le profond lien qu’Hemingway avait avec ce pays est un mystère pour de nombreux Étasuniens. Cuba a été sa maison et le peuple cubain a été sa famille ».

Il a été jugé très admirable que le gouvernement cubain ait ouvert la maison d'Hemingway, qui est considérée comme Patrimoine National, et de permettre qu'on puisse tourner dans celle-ci. « Mon grand-père est décédé trois mois avant ma naissance, alors voir ce film est comme rallumer sa vie et le voir pour la première fois, il y a des moments où j'ai pleuré ».

Adrian Sparks a parlé du couple Hemingway : « Ils avaient un très bon cœur, mais ils étaient aussi des gens très compliqués avec un très lourd fardeau émotionnel ; ils étaient deux personnes légèrement blessées qui se rencontraient ; un des messages du film qui est le plus important pour moi, est que l'amour les a uni ».

Il a également souligné que l'un des défis majeurs que Richardson et lui ont eu a été que les spectateurs sympathisent avec ces personnages à partir de mettre en évidence les éléments positifs de ces personnes. « Une des bonnes choses du film est que cette écrivain a été mal compris durant de nombreuses années et je suis très fier d'avoir pu raconter l'histoire réelle d'Ernest Hemingway ».

Le metteur en scène de Papa s’est référé à l'appui de tous les niveaux institutionnels cubains pour la réalisation du film ; « l'armée nous a apporté des armes, les garde-côtes l’accès à la mer. Nous avons eu le libre passage dans tout le musée ; filmer dans des endroits réels donne au film beaucoup plus de crédibilité et ceci le rend encore plus spéciale pour nous. Avoir Adrian assis sur le même siège où Hemingway était assis a été tout simplement magique ».

Il a également annoncé que la première de Papa aux États-Unis aura lieu en mars ou avril 2016.