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Géraldine est venue voir du cinéma, cubain et latino-américain
Par Thays Roque Arce Traduit par Alain de Cullant
Geraldine Chaplin a été la présidente du jury de la section de Fiction lors de la 37e édition du Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain.
Illustration par : Mariano Rodríguez

Elle est arrivée sans précipitation et avec un sourire dessiné sur le visage. Lors de la présentation des jurés, elle est montée sur le scène du Salon 1930 de l'Hôtel National de Cuba avec un pas d'alpiniste, montant les marches deux par deux : Géraldine Chaplin est à La Havane pour participer à la 37e édition du Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain.

La voir arriver est une fête, car on remarque un grand désir de travailler. Elle est de taille moyenne avec les cheveux courts et libres. Ses vêtements et ses chaussures sont de couleurs vives, comme pour ne pas la perdre de vue ; pour noter qu'elle est heureuse, actives, voyante comme l'orange de ses lunettes et de sa veste. Ses paroles le confirment : « Je me suis habillée très longtemps en noir, maintenant c’est le moment d’embrasser la vie ».

Ayant une ample trajectoire cinématographique, développée dans différents pays et reconnue internationalement, son passage à La Havane n'est pas une visite passagère. Cette année elle a été choisie comme présidente du jury de la section de Fiction, au côté du cinéaste français Laurent Cantet, de l’Argentin Diego Lerman, du Cubain Manuel Pérez et de Michael J. Kutza, fondateur du Festival International de Cinéma de Chicago, États-Unis. Sur cette expérience, l'actrice britannique, née à Santa Mónica, en Californie, a commenté :

« Je suis très heureuse d’être jurée, et plus encore dans un festival comme celui de La Havane. Quand on assiste à ces événements pour soutenir un film on perd tout, car on rencontre seulement la presse et on présente son film. Comme juré, mon devoir est de voir tous les films, les 23. Je viens voir du cinéma latino-américain, qui est celui que j’aime le plus et j'ai soif de le faire. Il me semble que ce cinéma est maintenant le plus intéressant qui soit. Je ne connais pas le cubain, c’est pour cette raison que je suis venue, pour le voir… Cela fait déjà plusieurs années que les films intéressants proviennent de ce continent. En Europe il y a très peu de choses à montrer, alors qu'aux États-Unis, la seule chose qui compte pour eux est combien des spectateurs occupent les fauteuils lors des projections de fin de semaine ».

L'actrice reconnaît qu’elle a peu d'expérience avec la filmographie de la région, mais sa participation dans des festivals tels que la Muestra de Cine de São Paulo lui a permis de s’approcher de ce phénomène. Cependant elle admet connaître l’œuvre de Manuel Pérez, auteur de El hombre de Maisinicú, à la suite de la responsabilité qu’ils partagent.

Bien qu’elle ait joué dans plus d’une centaine de films, elle soutient qu’il faut repenser les nouveaux travaux pour éviter de tomber dans les espaces communs. Parmi ses interprétations les plus connues nous pouvons mentionner Le docteur Jivago (1965), Peppermint frappé (1967), Cría cuervos (1975) et Dans la ville sans limites (2002), qui lui a valu un Goya en tant que Meilleur second rôle féminin.

« Les films que j'ai envie de faire sont ceux que j'aime à voir, et ils sont ici », a expliqué Géraldine Chaplin qui a finalement entre ses mains le prix Corail de la Meilleur actrice, mérité lors de la 36e édition du Festival, pour le film Dólares de Arena : « J'ai attendu un an pour lui » a-t-elle assuré joyeusement.

Une question sur son père ne manque jamais quand elle est avec la presse. Géraldine est habituée à ce que tout le temps, partout dans le monde, on fasse référence à Charlie Chaplin dans ses entrevues, l'exemple qui signifie pour elle, qui a suivi ses pas dans le monde du cinéma. En bref, en souvenir du plus grand cinéaste du XXe siècle, elle commente : « Il n’y a pas un autre génie comme celui de Charlie Chaplin dans le monde. Quand on qualifiait mon père de génie il disait : Non, je suis unique. Une chose qui est vraie. Il n’aimait pas le qualificatif de génie, il rappelait toujours que Picasso l’était également ».

Elle ressemble à une adolescente, elle rit avec une même énergie, mais ses paroles renferment la sagesse des années : celle d’avoir consacrée plus de 60 ans au cinéma, avec plus de 140 films, sans compter qu’elle a un père, littéralement, « de film ».

Géraldine Chaplin est une femme ayant un visage incomparable. Ses yeux ont la vie des centaines de personnages qu’elle a interprété, son sourire charmeur et ses expressions très espagnoles provoquent un sentiment familial. La voir à La Havane, hors du grand écran, avec tant de vie et de disposition, provoque la question : « Est-il possible que Géraldine travaille à Cuba ? La réponse ne se fait pas attendre : « Qui sait ! Je n’ai pas encore de propositions jusqu'à présent ».