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Erich Kleiber, un extraordinaire chef d’orchestre à La Havane
Par Jorge Smith Traduit par Alain de Culant
Le legs cubain de Kleiber compte l'augmentation du répertoire de l’Orchestre Symphonique National.

Lors de la première visite à Cuba du maestro de la Scala de Milan, Claudio Abbado, l'auteur de ces lignes lui a demandé les motifs de sa présence dans l'île et il a répondu : « Erich Kleiber m'a dit que Cuba possédait un excellent orchestre symphonique ».

 

Cette réponse a ému tous les collègues de la presse nationale et étrangère qui s’étaient donnés rendez-vous dans le Théâtre Auditorium Amadeo Roldán, où l'ex chef d’orchestre du Philharmonique de Berlin offrait sa conférence de presse.

 

Kleiber (Vienne, 1890 - Zurich, 1956) était un mozartien passionné qui, seulement âgé de 33 ans, s'était chargé de la direction de l'orchestre de l’Opéra de Berlin.

 

D’avant-garde comme Gustav Malher, en 1925 il a osé étrenner Wozzek, du compositeur antinazi Alban Berg, et quand les hitlériens ont déclaré la Entartete Musik de Berg comme « art dégénéré » Kleiber a renoncé à sa charge dans l’Opéra de Berlin.

 

Il n'était ni juif ni communiste, mais un artiste qui exerçait le critère et il ne s’est pas uni à la valse hitlérienne, comme l'ont fait ses collègues dans la musique, Otto Klemperer et Bruno Walter.

 

Il est parti en Amérique Latine et il a vécu entre Buenos Aires et La Havane. Dans cette dernière ville, en 1943, il a commencé à diriger l'Orchestre Symphonique National jusqu'en 1947.

 

Son séjour a apporté de grands bénéfices pour la musique cubaine, non seulement parce qu’il était hors classe quant à la direction orchestrale et un remarquable professeur, mais parce qu'il a aussi inclus des œuvres de compositeurs nationaux dans son répertoire, comme Amadeo Roldán, Alejandro García Caturla, Julian Orbón, Gilberto Valdés, Pablo Ruíz Castellanos et le cubano-catalan José Ardévol.

 

Le legs cubain de Kleiber compte l'augmentation du répertoire de l’Orchestre Symphonique National, l'institution de concerts dominicaux pour les moins favorisés par la fortune et, surtout, l'instrumentation d'une discipline pour les musiciens.

 

On raconte que bien qu'il soit viennois et ayant des goûts européens, il était enchanté par la gastronomie insulaire, le vieux rhum et les cigares.

 

Antiraciste radical, Kleiber respectait les musiciens et il défendait, face aux préjugés, la présence du premier flûtiste noir Roberto Ondina dans l'orchestre.

 

La rigueur du maestro a favorisé  l'île et ce fait est corroboré par la présence postérieure d’illustres baguettes à Cuba : Igor Markevitch, Léopold Stokowski, Igor Stravinsky, Arthur Rodzinski et Frieder Weissmann.

 

Erich Kleiber mourrait le 27 janvier 1956, précisément quand l'humanité, et surtout le peuple autrichien, commémoraient le bicentenaire de la naissance de son admiré Wolfgang Amadeus Mozart.