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Les forces havanaises dans l'indépendance des États-Unis
Par Marta Denis Valle Traduit par Alain de Cullant
Les Anglais ont occupé La Havane à l'époque de Carlos III et le monarque Bourbon a tardé seulement dix ans et demi pour venger l'offense en déclarant la guerre à l’Angleterre : il a converti la stratégique capitale cubaine en centre de soutien aux troupes de Washington avec le concours des Havanais.
Illustration par : Pedro de Oraá

Les Anglais ont occupé La Havane (1762 – 1763) à l'époque de Carlos III et le monarque Bourbon a tardé seulement dix ans et demi pour venger l'offense en déclarant la guerre à l’Angleterre : il a converti la stratégique capitale cubaine en centre de soutien aux troupes de Washington avec le concours des Havanais.

Carlos III (1716-1788) a été roi d'Espagne (1759-1788) et, avant, roi des Deux-Siciles - Naples et Sicile (1734-1759), sous le nom de Carlos VII.

Les contacts entre les colons du Nord et les créoles de Cuba ont eu alors un important soutient, un passage presque oublié dans l’histoire bilatérale qui revient aujourd'hui d’actualité à l'occasion de la récente restauration des relations entre les deux pays.

Les miels cubains arrivaient aux distilleries de Rhode Island par des voies officieuses, la contrebande, pour fabriquer le rhum antillais exporté vers l'Afrique, et les négriers introduisaient des chargements d’esclaves à Cuba.

Deux experts dans ces négoces, le capitaine Robert Morris (1734-1806), trafiquant anglais d’armes et d’esclaves installé à Philadelphie, et Juan Miralles (1713-1780), un commerçant de La Havane, se sont chargés des parties du transfert du soutien économique aux Treize Colonies.

Robert Morris, l’appelé cerveau financier de la guerre d'indépendance des États-Unis a été, à partir de cette guerre, le premier représentant commercial des États-Unis à Cuba ; dès 1762 il était une importante personnalité dans le commerce clandestin avec le territoire cubain.

Juan Miralles, né à Alicante, Espagne, s’est dédié dès son plus jeune âge au commerce légal et illégal et, vers 1740, il s’est installé à La Havane, avec un capital de 8500 pesos, qu’il a augmenté au moyen de son mariage avec une jeune havanaise d’une riche famille. Il a aussi été un agent confidentiel de Madrid, le premier représentant de l'Espagne devant les rebelles et, avant, il avait ses agents dans plusieurs villes nord-américaines.

Alors que la Couronne espagnole se préparait à la guerre, les armes et les munitions arrivaient à La Havane depuis le Mexique et La Corogne, en direction de sa colonie de la Louisiane et, de là, clandestinement, ils arrivaient aux insurgés.

L’Espagne a déclaré officiellement la guerre à l'Angleterre - ainsi qu’à son allié la France – en appuyant les indépendantistes (juin 1779) : elle a envoyé des troupes, de l'argent et des armes depuis le port havanais et elle a ouvert cette baie aux navires rebelles.

Une Cédule Royale de Carlos III a autorisé ses sujets américains à harceler les possessions de la Grande-Bretagne par terre et par mer.

Des troupes de La Havane, composées de soldats espagnols et de milices havanaises (blancs, métisses et noirs) sont parties par le canal de sortie de la baie, gardé par des forteresses.

Sur un fragment des murailles de l'ancien Arsenal de La Havane, Maestranza de Artillería, sur l'Avenida del Puerto, une plaque rappelle : « Ici se trouvait l'Arsenal de la démocratie durant la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique (1778-1781) ».

Des navires de l'escadre du Commodore Alexander Gillón, dont La Medley et La Carolina, étaient réparés, armés et approvisionnés dans cet arsenal. On dit aussi que quand Pensacola s’est rendu et que la Floride est revenue aux mains espagnoles, deux mille soldats britanniques ont été envoyés à La Havane comme prisonniers.

Les forces de Galvez et de Cajigal ont expulsé les anglais du fleuve Mississippi et elles ont garanti la voie de l'approvisionnement des troupes de Washington ; elles ont aussi bloqué la route commerciale et militaire britannique dans le canal des Bahamas.

Entre tant d'événements et aussi de légendes entourant la présence de Cuba dans l'indépendance étasunienne, on souligne la collecte d’or, d’argent et de divers bijoux réalisée par les femmes havanaises pour aider les Nord-américains, n’étant pas payés depuis plusieurs mois. La dernière aide cubaine remise, estimée à 1,8 millions de pesos de huit reales, a servi à l’approvisionnement des troupes et à financer la campagne de Yorktown, qui a marqué la capitulation anglaise, le 31 octobre 1781.

Les conséquences de cette guerre

Une route maritime entre La Havane et Philadelphie, parrainée par Miralles et Morris, a fonctionnée à partir d’octobre 1778, avec plusieurs brigantins et goélettes. La Havane a aussi été le noeud du commerce clandestin des Treize Colonies vers la péninsule ; le commerce de Cuba avec les alliés a été autorisé en 1779, mais à la signature de la Paix de Versailles (1783), l’échange commercial a cessé.

La Havane a servi de siège pour les troupes qui ont renforcé la Louisiane et ensuite pour récupérer la Floride et attaquer les Bahamas ; son économie a soutenu le coût de ces expéditions.

Les troupes de Gálvez ont été intégrées par 3833 soldats et officiers, dont 3239 de La Havane.

Lors de l'expédition organisée par le général Juan Manuel Cajigal y Montserrat, en appui à Gálvez, 1600 hommes y ont participé, dont 640 des milices havanaises.

Gálvez y Gallardo (1746-1786) a été gouverneur de La Louisiane en 1777 et ensuite de La Floride (1782), capitaine indépendant de Cuba ; et vice-roi de la Nouvelle-Espagne (1785).

Calypso y Montserrat (1738-1808), né à Santiago de Cuba, était le fils du gouverneur Francisco Cajigal de la Vega, et il a occupé la même charge entre 1781 et 1782. son aide de camps, le Vénézuélien Francisco de Miranda, le futur précurseur de l'indépendance de son pays, s’est souligné lors de la prise de la place fortifiée de Pensacola en 1781 et durant les actions contre Les Bahamas.

L’Espagne a récupéré les deux Florides (occidentale et orientale), avec des forces sous le commandement du général Bernardo de Gálvez, ainsi que Menorca (1782).

L’escadre espagnole, avec son navire amiral Santísima Trinidad, a capturé 52 navires anglais le 9 août 1780.

Mais l'Espagne n’a pas pu récupérer Gibraltar, sur son propre territoire, conquis par les Anglais et les Hollandais, en 1704, durant la guerre de Succession d’Espagne, avec le triomphe a consolidé la couronne du premier roi espagnol de la Maison de Bourbon, Felipe V, le père de Carlos III.