IIIIIIIIIIIIIIII
Pedro de Oraá, Prix National des Arts Plastiques 2015
Par Aracelys Bedevia Traduit par Alain de Cullant
Plus de 60 ans d'expositions avalisent la carrière de ce maître, qui est aussi Prix National de Dessin de Livre en 2011, ayant également une vaste œuvre comme essayiste, poète, dessinateur et critique d'art.
Illustration par : Pedro de Oraá

« Je ressens une grande confusion. L'émotion que j’expérimente en ce moment est un peu confuse, car je ne m'attendais pas à une telle nouvelle », a dit l'artiste cubain Pedro de Oraá en apprenant que le jury du Prix National des Arts Plastiques 2015 lui avait décerné la plus haute distinction que Cuba remet aux plasticiens pour l'ensemble de l’œuvre réalisée.

« Quand ils m’ont appelé pour me le dire j'était en train de déjeuner et cela m’a coupé l’appétit », a commenté Oraá qui, au long de sa carrière, a cultivé un art abstrait dépuré, devenant presque un militantisme esthétique et un parangon de rigueur poétique.

Lors d'une rencontre au siège du Conseil National des Arts Plastiques, quelques heures après qu’il ait reçu la bonne nouvelle, le prestigieux créateur a expliqué :

« Quand les prix approchent, on tente d'ignorer que cela se passe pour ne pas avoir d’expectatives car beaucoup le méritent...! Un prix c'est une obligation et, surtout, un double engagement, parce qu'on est toujours engagé avec son œuvre. Mais si cette œuvre est reconnue à ce niveau, la création demande encore plus d’engagement.

J'ai fait ma première exposition personnelle à Caracas, au milieu de l'année 1957. J’ai peut-être exposé avant mais c’est la plus ancienne dont je me souvienne. Plus tard, avec Loló Soldevilla nous avons créé une galerie et de cette rencontre ont surgit les Diez Pintores Concretos (Dix Peintres Concrets).

À ce moment, après tant d'années, l’intérêt pour ce groupe s’est revitalisé et, en septembre, on a fait une exposition à Londres qui a eu un grand impact. La quasi-totalité de la presse londonienne a parlé de cette exposition et ceci est aussi très stimulant. Il reste deux survivants du groupe, José Rosabal, qui vit à New York et qui est venu à la Biennale et moi. Nous allons voir combien de temps je vais survivre ».

Plus de 60 ans d'expositions avalisent la carrière de ce maître, qui est aussi Prix National de Dessin de Livre en 2011, ayant également une vaste œuvre comme essayiste, poète, dessinateur et critique d'art.

« Créer est un plaisir. Mais il est vrai qu'on souffre car l’œuvre possède une autonomie. On commence à peindre, et c’est elle qui te dicte ce que tu dois faire. Maintenant je peins plus que j'écris. Mais j’ai toujours envie d'écrire. Je m’impose une discipline de travail et je me suis presque habitué a ceci, sinon  on ne produit pas. Dans la littérature, c’est la poésie qui m'intéresse le plus. J'ai quelques titres inédits ».

« Un grand travail m’attends », dit-il en se référant à l'exposition au Musée National des Beaux-arts (MNBA), suite au fait d’avoir reçu cette importante reconnaissance. « Remplir une salle n'est pas facile ».

Oraa a étudié dans l'Académie de San Alejandro en 1952. Il s’est lié au groupe Los Once (Les Onze) en 1956 et, entre 1958 et 1961, il a fait partie du groupe Diez Pintores Concretos. Ses créations sont dans le MNBA ; le MoMA de New York ; dans le Musée National d'Art Moderne ou dans le Centre Pompidou, en France, parmi d’autres. Durant la XIIe Biennale de La Havane, il a exposé dans Zone Franche, dans la Forteresse Morro-Cabaña et, plus récemment dans la galerie Villa Manuela, avec une très bonne réception de la part de la critique.

Institué par le Ministère de la Culture en 1994, le Prix National des Arts Plastiques est décerné annuellement à un artiste vivant et résidant dans le pays, prenant en compte l’apport de son oeuvre au développement et à l'histoire des arts plastiques cubains ; ses principales réalisations et sa projection nationale et internationale.