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Le dernier pianiste de Benny Moré
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
À Cuba, il y a encore quelques membres de la Banda Gigante de Benny Moré, l'un d'eux est Lázaro Oscar Valdés, le dernier pianiste du grand interprète de la pièce musicale Santa Isabel de las Lajas.
Illustration par : DANKO

Benny Moré continue d'être le représentant maximal de la musique cubaine : il symbolise la guateque paysanne, l’improvisation, la bohème, le café, le bar, le cabaret, le théâtre, le spectacle. C’est le plus grand chanteur d'Amérique, un compositeur, orchestrateur et chef d'orchestre. Il a appris empiriquement, mais avec un office génial. Il est le « Barbare du Rythme », la légende, le mythe.

À Cuba, il y a encore quelques membres (musiciens et chœur) de la Banda Gigante de Benny Moré, l'un d'eux est Lázaro Oscar Valdés, le dernier pianiste du grand interprète de la pièce musicale Santa Isabel de las Lajas.

Lázaro Oscar Valdés a fait partie de la Banda Gigante de 1958 à 1963, c’est un musicien ayant fait des études supérieures, un chef d'orchestre, un compositeur, un orchestrateur et un chercheur de la musique et du folklore. Il est né dans le quartier havanais Cayo Hueso, où se sont développés plusieurs des membres de la dynastie des Valdés (Oscar, le chanteur et percussionniste d'Irakere, Alfredito, Vicentico, Marcelino, Lázaro Oscar et Lazarito (Lázaro Moises Valdés), directeur de l'orchestre Bamboleo.

A l’occasion du 96e anniversaire de la naissance de Benny Moré, le journal Granma Internacional a rendu visite à Lázaro Oscar Valdés dans sa maison de la rue Subirana, à côté où a vécu Abelardo Barroso et Benny Moré (deux des meilleurs chanteurs de Cuba), dans le quartier Pueblo Nuevo, La Victoria, une zone très populaire dans les années 1950.

Nous avons regardé un album de photos montrant sa présence dans la Banda Gigante de Benny Moré, afin de mieux connaître les mystères du musicien.

Comment était Benny lors des répétitions, des enregistrements et des représentations ?

Lors de la préparation de ses enregistrements, il décidait tout avec l'appui de son orchestrateur. Il pouvait dicter magistralement les arrangements, avec les accords et tout, il savait ce qu’il voulait. Pour les représentations en public, il changeait tout au milieu du récital. Le climat émotionnel qu'il obtenait, personne ne l'a pas atteint dans le monde. Il s'approchait à l'oreille des instrumentistes, du pianiste, de la base rythmique et la bande était une autre chose. Comme chanteur, il était dans le ton et il avait une oreille absolue, je vous l'assure. Tout cela ne pouvait rien faire de plus qu'un génie surnaturel comme Benny.

Avez-vous voyagé avec Benny ?

Nous avons joué à Miami en 1960, il n'admettait pas qu’on le mette dans un autre hôtel, séparé des musiciens.

Comment personne, que pouvez-vous nous dire de Benny ?

Il adorait sa mère, elle assistait à ses représentations, il lui a fit construire sa maisonnette comme il lui avait promis. Il prêtait de l’argent à ses musiciens et il ne voulait pas être remboursé.

Que vous rappelez-vous de ses dernières représentations ?

Le concert durant le dernier festival Papal y Tinta, en 1963 en face du Capitole, a été une apothéose, le plus grand de Cuba. Ceux dans le Salon Mambí, sur le parking du Tropicana ont été des légendes.

Maintenant, parlons de Lázaro Oscar Valdés.

Je suis né le 17 décembre 1940, j'ai vécu avec mon papa au Mexique en 1946, où il jouait avec le chef d’orchestre José Sabre Marroquín, qui est arrivé à être directeur musical de Lucho Gatica. Là j'ai connu Benny, il avait quitté l’ensemble Matamoros et il est resté dans la ville, où il a fait des enregistrements avec Pérez Prado. J'ai vécu ce grand moment de la musique cubaine au Mexique. A La Havane, en 1958, le trombone Generoso Jiménez m'a recommandé pour La Banda Gigante. Je dois préciser que Benny a eu deux orchestres : un à partir de 1953 et l'autre en 1958.

Comment évaluez-vous la condition musicale de Benny ?

Sa tonalité vocale et son rythme m’ont toujours impressionné, c’est pour cette raison qu’il était une étoile. Il dominait la clé et le rythme, avec ses possibilités, son expérience et son génie, cela lui suffisait pour être le directeur de la plus fameuse bande de Cuba. Il était un grand musicien et un excellent chanteur, très cubain. Il avait ce qu'il devait avoir.

Quand Benny est décédé, qu’avez-vous fait ?

Lázaro Peña, le président de la Centrale des Travailleurs de Cuba (CTC), m'a demandé de que nous continuions avec la bande, ils m'ont désigné comme directeur.

Avez-vous dirigé d'autres orchestres ?

Sabor de Cuba, après le départ de Bebo Valdés. Nous avons travaillé dans le Théâtre Martí avec l’opéra bouffe de Pous et de Sanabria. Dans cette étape j'ai écrit de la musique pour des livrets d'Enrique Núñez Rodríguez, une tâche difficile.

Avez-vous jouez en cabaret ?

J’ai travaillé avec un spectacle dans le Cabaret Parisién, que l'on a présenté en Martinique et au Mexique.

Faisons un retour dans le temps afin de nous dire comment on se prépare musicalement.

J’ai étudié à l’âge de huit ans avec plusieurs maestros et dans le conservatoire de Marianao. Ensuite j'ai réalisé des études supérieures avec Rosario Franco. Rosario a étudié avec Claudio Arrán et elle était la fille du chercheur José Luciano. J'ai joué dans l'orchestre Ilusión.

Parlez-nous de votre père Oscar.

Papa Oscar était le meilleur conguero de bande de Cuba, il a joué dans l'Orchestre de Musique Moderne et avec Los Irakere. Papa a été chanteur et percussionniste. Il a joué avec Cheo Marquetti, Julio Cuevas, Septeto Cauto, Julio Gutiérrez, Mario Romeu et il a travaillé pour Gaspar Pumarejo à la télévision.

Que faites-vous actuellement ?

Je dirige le groupe Son-Jazz, une fusion de musique cubaine, africaine et de jazz.

Avez-vous publié vos recherches ?

J’ai publié le livre Origen y las raíces del Son, il a été vendu au Mexique et au Panama.

Que pensez-vous de votre fils Lazarito, le directeur de Bamboleo ?

Il travaille très bien, Bamboleo est l’un des meilleurs groupes de la salsa cubaine, son titre Ya no hace falta est l’un des plus grands succès de la Salsa des années 1990.

Comment se porte la musique cubaine ?

Nous, les instrumentistes d'aujourd'hui, nous jouons divers styles musicaux, mais je conseille aux nouveaux musiciens que, tant qu'ils ne dominent pas l’authentique musique cubaine (celle des tumbaos et des montunos), ils ne peuvent pas se valoriser comme de véritables musiciens cubains. Il est très lamentable qu'un musicien cubain ne domine pas et ne comprenne pas la grande musique nationale, celle qui est admirée et appréciée dans tout le monde. C’est tout.