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« Now is the time »
Par Mario Rodríguez Alemán Traduit par Alain de Cullant
La chanson Now ! censurée, interdite et poursuivie par les autorités dans le sud des États-Unis, est devenue une leçon d'histoire
Illustration par : María Antonia Betancourt

Apostilles à propos de Now !

Un demi-siècle plus tard, l'impact suscité par les images de Now ! (1965), ce classique offert par Santiago Álvarez (1919-1998) au cinéma documentaire, continue à se répéter dans tout ce que l’on voit dans n’importe quel endroit. Non seulement par le tourbillon d'images accompagnant la version très personnelle de Lena Horne (1917-2010) de la chanson traditionnelle hébraïque Hava Naguila, transformée en un hymne contre la discrimination raciale, mais aussi par la contemporanéité douloureuse. Le changement des vêtements de cette décennie prodigieuse et peut-être l'uniforme de la police ; les lourdes caméras avec lesquelles les reporters ou n'importe quel passant ont filmé la répression et les actes contre les Afro-américains ne sont plus de celluloïd, mais digitales, infiniment plus légères, mais les faits dénoncés alors se répètent encore et encore et encore une fois.

Luciano Castillo

 

La chanson Now ! censurée, interdite et poursuivie par les autorités dans le sud des États-Unis, est devenue une leçon d'histoire ((“I went and took a look - In my old history book - It's there in black and white - For all to see”) ; un hymne (“Every one should love his brother - People all should love, each other”), et un chant de guerre (“The message of this song's not: subtle-No discussion, no rebuttal-We want more than just a promise Say good- By to Uncle Thomas - Call me not real - Still I believe-We are created, free and equal”).

Cette chanson dans la voix de Lena Horne, est un vent d'ouragan soufflant contre la politique de discrimination raciale pratiquée par les autorités et les institutions fascistes dans le sud des États-Unis. Dans les comtés et les villes, « Now ! » est agité comme une banderole, comme une bannière exigeant « maintenant » la lutte, « maintenant » la vérité, « maintenant » la victoire... car « maintenant c’est le moment ».

Santiago Alvarez a vu dans chaque phrase de la chanson Now  une accumulation d'images que la réalité documentaire a permis d’enregistrer dans un film, aussi court que la chanson (six minutes), mais aussi forte, aussi guerrier et aussi dénonciateur que le thème. Le film possède une force inhabituelle, qui nous frappe et nous anime, qui nous émeut pour le réalisme de la dénonciation.

Ainsi que la chanson, qui donne une idée de combat dans chaque phrase, chaque image du film fait trépider la salle. Il est irréfutable par son réalisme.

La réalité de la persécution, du harcèlement et de la mort du noir donnée par l'histoire récente des États-Unis (Little Rock, Alabama, Californie, Chicago), a donné les images nécessaires à Now !, tout comme la raison des paroles de la chanson originale.

Now ! ne s’est pas limitée à présenter la discrimination comme un fait unique du phénomène politique yankee. Dans le film, Santiago Alvarez implique le fait total de la course belliciste des États-Unis : le Viêt-Nam, Saint-Domingue... Cuba. Now ! c'est le présent, l'histoire yankee de chaque jour : derrière la statue de la Liberté, un tas de fumier ; sous les gratte-ciel, le slumns ; contre l’attaque des matraques de la police, des bâtons électriques, des chiens, des canons à eau et des gaz lacrymogènes, des prisons et des injustices, les manifestations des Noirs et des Blancs réclamant (now, now, now) leurs droits de l'homme et leur égalité civile.

Now ! se révèle comme un film épique. Son ton est celui du pamphlet. Un plaidoyer et une histoire vivante.

Santiago Alvarez tourne le film dans lequel il se réfère à la forme, avec un montage contrapuntique, se valant de l'animation des vues fixes auxquelles il offre une mobilité exceptionnelle.

Le film est énorme, aussi retentissant que Ciclón ; nécessaire à la cause des droits de l'homme.

 

Note :

Ce texte a été publié initialement dans la revue Cine Cubano, n° 31-32-33, 1965. Il est également présent dans le livre Santiago Álvarez cronista del tercer mundo (Santiago Alvarez chroniqueur du tiers-monde) d'Edmundo Aray, édité par la Cinemateca Nacional de Venezuela, 1983.