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Sculpter le temps : Las Tunas une immense galerie en plein air
Par José Armando Fernández Salazar Traduit par Alain de Cullant
En février 1977, l'illustre plasticienne Rita Longa (1912-2000), a inauguré, dans la ville de Las Tunas, son ensemble sculptural « Fuente de las Antillas », dans lequel elle évoque un des mythes de la cosmogonie Taino.
Illustration par : María Antonia Betancourt

En février 1977, l'illustre plasticienne Rita Longa (1912-2000), a inauguré, dans la ville de Las Tunas, son ensemble sculptural « Fuente de las Antillas » (Fontaine des Antilles), dans lequel elle évoque un des mythes de la cosmogonie Taino.

C’était la concrétisation d'un projet qui avait commencé quelques années auparavant et qui avait poussé la créatrice à valoriser la possibilité de placer la fontaine  dans d'autres endroits, dont le Japon, mais qu’elle l’a pu finalement construire dans la province naissante de Las Tunas, où elle a trouvé le soutien d'un groupe enthousiaste de jeunes artistes.

Une Rencontre Nationale des Sculpteurs a été convoquée avec l’inauguration de l’œuvre, le point primordial d'un mouvement important qui rassemblait des représentants de l'art en trois dimensions cubain, dont l'influence s'est étendue jusqu'à la première moitié des années 1990.

À la suite des biennales nationales qui commençaient à être convoquées, à Las Tunas, plus de 200 sculptures de petits, moyen et grand format ont été créées, ces dernières disséminées dans tout le paysage urbain d'une ville éminemment éclectique. Des institutions sont nées dans les années 1980, telles que la Galerie atelier des sculptures Rita Longa, où sont thésaurisées actuellement des centaines de pièces qui, de l'avis des experts, constituent une des collections plus complètes de cette manifestation artistique dans le pays.

La ville est devenue une vaste galerie en plein air. Parmi les œuvres monumentales qui sont conservées se trouvent, en plus de l’emblématique « Fuente… », le « Monumento al Trabajo », de José Antonio Díaz Peláez ; « Che », d’Alberto Lescay ; « Trovador campesino », d’Ángel Íñigo ; « Liberación de los pueblos », de Manuel Chiong ; « Caballito », de Sergio Martinez ; « Cabezas contrapuestas de los Caciques Maniabo y Jibacoa », de José Antonio Fuentes et le Parc de Sculptures pour la Paix, inauguré en 2005.

En 1978, la valeur des œuvres placées et celles qui se trouvent dans les collections, ainsi que les apports au développement de la sculpture dans le pays ont poussé à Rita Longa, Prix National d'Arts Plastiques en 1995, a déclaré que Las Tunas était devenue la Capitale de la Sculpture Cubaine.

Selon Tomás Lara, président du Conseil Consultatif pour le Développement de la Sculpture Monumental et Environnementale, c'est une condition qui est maintenue pour la continuité historique du projet, qui a célébré sa 10e édition  en avril 2014.

Plusieurs créateurs du pays coïncident avec l'auteur de « Marea Roja » et signalent que l'idée de Rita s’est multipliée dans d'autres provinces comme Granma, Camagüey et Santiago de Cuba, où ont été placées près de 80 œuvres et où se déroulent des événements tels que le Symposium René Valdés Cedeño, parrainé par la Fondation Caguayo.

L’expérience de Las Tunas a été le point de départ pour que le début du processus de réhabilitation architecturale et urbaine dans plusieurs villes soit accompagné, en général, de projets d’ornementation à partir de sculptures monumentales.

Au-delà de l'impulsion pour le développement des œuvres, la réalisation d'événements, le soutien envers les artistes ou une plus grande importance de l'art en trois dimensions dans la planification urbaine, les biennales de Las Tunas et son mouvement sculptural ont attiré l'attention sur la nécessité de concevoir des actions de restauration dans le patrimoine sculptural cubain et la nécessité d'effectuer ces tâches avec la méthodologie technique requise.

Un exemple de ceci est la réhabilitation de la « Fuente de las Antillas », très détériorée après 35 ans d'exposition aux agents naturels. Des experts du Bureau de l’Historien de La Havane et plusieurs artistes cubains ont qualifié les travaux comme très complexes, à cause de la spécificité des matériaux et le coût élevé des tests chimiques et d’archéométrie. La restauration de la célèbre pièce de Rita Longa ouvre une nouvelle étape dans les travaux de protection du patrimoine dans cette province orientale, grâce à des ateliers et des cours spécialisés.

Sauver la Fuente de las Antillas est bien plus que de solder une dette des habitants de Las Tunas avec Rita. Le travail complexe possède une profonde charge symbolique car il représente la vocation des artistes contemporains pour perpétuer la tradition sculpturale cubaine et inculquer chez le public la conscience pour la protection de ces œuvres, sculptées au fil du temps.