IIIIIIIIIIIIIIII
Femmes Caribéennes : Ophelia Marie
Par Julia Mirabal Traduit par Alain de Cullant
C'est une des figures représentatives des genres musicaux caribéens calypso et zouk. Lors des événements politiques de la Dominique en 1970, sa chanson Ay Dominique est devenue un hymne populaire.
Illustration par : María Antonia Betancourt

Ophelia Marie, chantait dans le groupe appelé FIVE 0 dans les églises de Dominique jusqu'au début de sa carrière solo, pour ses qualités artistiques, avec l'aide de son mari et manager, Marie McCarty. C'est une des figures représentatives des genres musicaux caribéens calypso et zouk. Lors des événements politiques de la Dominique en 1970, sa chanson Ay Dominique est devenue un hymne populaire.

« Qu’est ce qu’une femme ? Bon pour moi, une femme et pas seulement pour moi, si nous cherchons dans la Bible… la femme a été la dernière création de Dieu, et Il a fait la femme avec la meilleure matière première, avec la côte de l'homme. Je crois que le femme est supérieure à l’homme, c'est elle qui est en charge de l'Univers, je sais qu'il y a des gens qui trouvent ça drôle, mais je pense que la femme est l'utérus d’où provient le monde, c’est pour cette raison qu'elle est l'essence de la vie et de la création. Elle est l’être qui prend soin de nous et qui maintient le monde uni.

Je suis née à Curaçao, mes parents sont de la Dominique, j'avais neuf ans quand ils m’ont emmené en Dominique. Je pense que si j’étais née, disons à Paris, je pourrais tolérer le froid… le froid est très difficile, je n'aime pas le froid.

Et si j’étais née aux États-Unis je serais peut-être une chanteuse de gospel dans un cœur, pas une chanteuse de calypso et de tout ce qui est musique caribéenne. Je pense que naître dans un endroit te marques, je pense que c'est ce qui m'est arrivée. Curaçao, puis la Dominique. La Dominique est un pays qui a une topographie assez énigmatique, il y a des hauteurs et des profondeurs tout comme dans la vie des personnes. C'est aussi un symbole de jeunesse, de joie, de force, je crois que c'est l'endroit où le vrai Jésus reviendrait, je pense que tout cela a laissé des empreintes en moi.

Et si j’étais née ou si j’avais grandi dans un autre endroit ma philosophie serait différente, les chansons que je chante, même celles que j'écris, seraient différentes.

Je crois aussi que la musique m'a choisi. Tu sais ? Il y a des gens qui choisissent la musique, mais pour une certaine raison, c’est elle qui m’a choisie. J’ai compilé les histoires que mes parents m'ont contées.

Mon père a rencontré ma mère alors qu'il jouait du piano, et quand il l’a vu, il a dit : c’est elle. C'est ce qu'il nous a dit. Il a changé la chanson qu’il jouait et il a chanté : « Tu es mon rayon de soleil, mon seul rayon de soleil, tu me rend heureux quand le ciel est gris. Tu ne sauras jamais, ma chérie, combien je t'aime. S'il te plaît, n’emporte pas mon rayon de soleil ». De cette façon, je sais que la musique était présente dès ma conception.

Professionnellement, j’ai commencé à chanter en 1978 quand j'ai enregistré Aie Dominique, Mwen Kay Helay, I´m in suffering, Ain´t no sunshine… Je suis allée à Paris en 1978 car mon mari, McCarthy, qui est mon représentant, est un ami proche de Gordon Henderson qui jouait avec Exile One. Quand il dit à Gordon qu'il cherchait quelqu'un qui aimerait enregistrer le genre de musique que je faisait, Gordon lui a dit : pourquoi tu n’enregistre pas avec moi, accompagné par Sultan ? C’est ainsi que je suis allée à Paris pour la première fois et que nous avons enregistré avec les musiciens d’Exile One qui s'appelait alors Sultan Orchestra.

Quand le disque est sorti on en a beaucoup parlé en Guadeloupe, en Martinique, à Cayenne et ailleurs. J’ai été invitée en Guadeloupe pour faire quelques concerts. Je me souviens que mon premier concert a eu lieu le 4 février 1979. C’était aussi le premier spectacle d’Ophelia, c’était la première fois que je me présentais comme une grande artiste.

Je suis montée sur scène quand il n’y avait pas beaucoup de chanteuses. Apparemment, ce n’étais pas vue comme quelque chose que les femmes puissent faire généralement. J'ai chanté des chansons sur la Dominique, combien je l'aimais, j'ai chanté des chansons sur les Caraïbes, sur des sujets qui plaisaient aux Guadeloupéens, car j'ai exprimé des émotions que nous partageons pour être des pays voisins. La même chose est arrivée en Martinique et Cayenne, ensuite nous sommes allés à Paris.

Je me souviens qu’après le deuxième album, on m’a remis le Maracas d’Or Award et nous avons offert un spectacle dans le théâtre de la Renaissance. J'ai été la première femme artiste qui s’est présentée dans le théâtre de la Renaissance, et ce fut à guichet fermé, c'est-à-dire que tous les billets du concert avaient été vendus.

On a enregistré ces chansons, tout le spectacle et il est devenu le troisième album. J’ai continué ainsi, maintenant j’ai enregistré treize disques, l'un d'eux est un album vidéo. Les premières chansons sont plus connues que les plus récentes. Mais les spectacles sont notre joie, la communion avec le peuple, la réponse instantanée, chanter avec eux et eux avec moi, et que mon habilité, mon habilité non, mon désir de m'exprimer, se réalise.

Ophelia a été la première personne non originaire de France à recevoir le prix Maracas d'Or de la société Pernod. Et en 1975, l’Année Internationale de la Femme elle a été une des personnalités reconnues pour son œuvre. Elle est lauréate du Prix d’Honneur Sisserou et du Golden Drum.

Les gens m’appellent Ambassadrice de la Dominique, presque tout le monde. Le gouvernement ne m’a pas donné la nomination et les gens se demandent ce qu’il attend pour le faire. C'est quelque chose qui me fait sentir un peu mal à l'aise et je pense que ce n'est pas correct, car les gens espèrent que je sois un bon exemple, que j’aime suffisamment mon peuple pour le représenter correctement. J'essaie de représenter la Dominique, et quand je le fais, je parle de tous les aspects positifs de notre population, le fait que notre peuple est travailleur, que ce sont des gens dignes, que beaucoup croient à leur indépendance. Il y a des gens qui disent que nous sommes des mendiants indépendants, mais nous sommes indépendants, notre terre nous appartient et notre premier ministre est un homme de notre terre et nous travaillons tous ensemble pour faire de la Dominique un endroit meilleur, ce petit endroit spécial que nous connaissons et que nous voulons seulement améliorer. Ce sont les valeurs que je veux représenter. Tout ce qui est positif, tout ce qui est lié à la capacité d’accueillir les gens en Dominique, tout ce qui concerne notre volonté de collaborer entre les caribéens, les blancs, les noirs, et aussi les chinois, les japonais et les  autres. Mais encore plus avec les proches de la maison, les Guadeloupéens, les Martiniquais, ainsi que les autres pays anglophones des Caraïbes.

Je suis toujours émue quand je sors de la Dominique et quand je reviens. C'est un endroit qui possède une énigme, quelque chose de difficile à décrire, mais qui est là. Elle possède un magnétisme. Une chose qui impacte est la verdure de la Dominique. Les artistes nous disent que la Dominique possède environ 167 tons de vert, je ne sais pas si c’est vrai, mais je sais c'est un gros rocher vert. Que sa topographie est luxuriante et intéressante, qu’il y a aussi toutes les plantes avec tous leurs verts et toutes les autres couleurs…

La Dominique est un peu comme un jardin et dans un jardin il y a des oiseaux, la paix, une certaine tranquillité que les gens prennent pour quelque chose qui existe. Je pense que la Dominique, ou ses gens, prennent le temps de vivre, marchent lentement, prennent le temps de se saluer, sentent une curiosité envers les étrangers, je pense que tout cela fait que ce peuple soit intéressant et passionnant.

Nous sommes très conscients de la présence de Dieu et son règne dans l'au-delà. Je pense que ceci fait partie de la Dominique. Je voudrais que mes enfants prennent les meilleurs aspects de ma vie, les meilleures valeurs que j'ai, celles du véritable amour et de la sincérité et qu’ils vient pour elles, mais avant tout je voudrais qu’ils croient à l'existence de Dieu. Je crois qu'Il a un but pour chacun de nous ici et nous devons chercher et trouver ce dessein pour le développer.

Je crois que les femmes sont les miroirs du monde, je crois qu'à travers nous, le reste du monde comprendra ce qu'est Dieu. Nous devons nous assurer que nous même comprenons ceci. Nous devons nous assurer de reconnaître non seulement notre rôle, mais notre position dans ce monde et maintenir le monde uni. Sans nous il n’y a pas de monde.