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Femmes
Par José Martí Traduit par Traduit par Jean Lamore
On invite à lire de la poésie de notre Apôtre le poème Femmes.
Illustration par : Lisandra Isabel García

I

Celle- ci est blonde : celle- là, brune :

 

L'autre, une étrange

 

Femme aux yeux de mer et aux noirs sourcils :

 

L'une, palmier d'Egypte, élancée, solennelle,

 

L'autre tel un oiseau gazouille constamment.

 

Elles passent, et mordent : leurs longues chevelures

 

Lancées comme un filet : leur languide beauté

 

S'offre comme un jouet à la lèvre fébrile

 

Et chaste de 1'amant qui approche d'un temple

 

Avec moins de respect qu'il n'approche du corps

 

De la femme qu'il aime : elle, étendue, sans voiles,

 

Est là, à sa merci : - et lui, chaste et silencieux

 

Dans la nuit embrasée croit soulever heureux

 

Un impérial manteau brillant comme 1'aurore.

 

Étranger cependant, comme un oiseau folâtre

 

Sur la branche fragile et les petites fleurs,

 

De la femme le coeur léger batifole

 

Une noble fureur enflamme l'officiant

 

Qui sur 1'auguste autel briserait l'insensée

 

Comme il le ferait d'une coupe de cristal :-

 

Des oiseaux, rien que des oiseaux : que 1'áme

 

Réserve son amour ardent à 1'Univers.                    

 

II

 

L'amour est un vin pétillant : hors de la coupe,

 

Gaiement sa mousse fuse, brillant dans le Soleil :

 

À travers ses bulles transparentes, des corps

 

Alanguis, et des enfants bouclés, des tonnelles

 

Parfumées et d'accueillantes allées

 

Et des cerfs folâtrant apparaissent :

 

A partir de bijoux, émeraudes, rubis,

 

D'onyx et de turquoise ainsi que du diamant

 

Si dur, fondus au creuset du feu éternel,

 

S'élabore le vin satanique : Demain

 

La coupe infortunée qui 1'aura contenu

 

Comme des hyènes dévorées et d'une lave

 

Effrayante mordue, tombera calcinée.

                  

III

 

Que je sois endormi, éveillé, ou courbé -

 

Bien que je ne me courbe guère - ou à genoux,

 

Que j'incline mon corps vers un enfant qui joue,

 

Mais ne l'incline devant vils et tyrans,

 

Je sens que je suis toujours debout : - s'il m'arrive

 

Comme le fait le vent léger dans les cheveux

 

D'un enfant, de laisser un sourire effleurer

 

Mes tristes lèvres pitoyables, - il est certain

 

Qu'ainsi, que les garçons le sachent, ainsi sourient

 

Tous ceux qui, nobles et crédules, ont cherché

 

Le soleil éternel dans la beauté humaine.

 

II n'est qu'une coupe qui étanche la soif

 

De beauté et d'amour : c'est la Nature

 

Qui, généreusement à ses amants prodigue

 

Étreintes délicieuses et baisers hybléens.

 

                       

 

IV

 

C'est pour que 1'homme en prenne la mesure

 

Que la Nature forme montagnes et volcans, -

 

Et 1'océan, pour que 1'homme puisse voir

 

Qu'il est moins grand que son cerveau, - dans le même

 

Creuset, elle fond le soleil, le vent, les hommes.

 

Afin qu'il les dompte, elle emplit le corps de 1'homme

 

De noires bêtes et de fauves terrifiants.

 

Mais 1'homme ne soulève pas les monts ! ni en vent

 

Libre, ni en soleil splendide, il ne se change

 

Et de ses mains indignes, à ces sensuels

 

Animaux du corps il livre son âme

 

Aux pieds de son esclave triomphante

 

L'homme s'est effondré, déshonoré, mort.