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Auschwitz (Mémoires de l'horreur), ici et maintenant
Par Rubén Darío Salazar Traduit par Alain de Cullant
La Galerie Provincial Pedro Esquerre, de la ville de Matanzas, expose actuellement l'exposition personnelle Auschwitz (Mémoires de l'horreur), de l'artiste Ariel Balmaseda.
Illustration par : Lisandra Isabel García

La Galerie Provincial Pedro Esquerre, de la ville de Matanzas, expose actuellement l'exposition personnelle Auschwitz (Mémoires de l'horreur), de l'artiste Ariel Balmaseda. Connu principalement pour ses travaux photographique, pleins de symbolismes, de jeux avec les concepts minimalistes et de métaphores aiguës sur la réalité environnante, ce retour d'Ariel dans les salles d'exposition présente une tournure inattendue dans sa carrière. Cette fois il ne se sert pas d'images capturées avec son propre objectif, mais de photographies historiques sur la Seconde Guerre Mondiale pour nous parler d'un hier qui a des échos maintenant.

Le dilemme de l'antagonisme mémoire/oubli est placé devant les yeux du spectateur à travers des photos grand format, manipulées avec les yeux scrutateurs de la vie, jamais de la mort, des photographies crues, révélatrices d'un drame qui a affecté le monde pour toujours. Les œuvres, travaillées numériquement par Ariel, causant non seulement un impact purement culturel par le biais d'un minutieux traitement technique, mais qui avivent les valeurs éthiques de l'être humain avec ce qui concerne l'holocauste juif, un fait inexplicable et criminel où la pensée absurde et la haine raciale des nazis ont vaincu la raison.

Des Juifs, enfants, adultes et personnes âgées, sont montrés dans un état de dépérissement, qui, pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire des camps de concentration et d'extermination comme Auschwitz, pourraient ressembler à des images de films d'horreur, saturées d'effets spéciaux. La société contemporaine va si vite que l'on oublie le nécessaire et que l'on donne de la force au banal. C'est là où le matériel provenant d'Internet choisi par Balmaseda atteint, par le biais des filtres et des effets plastiques de photoshop et d'autres programmes, un résultat contondant allant au-delà de la dénonciation nécessaire, mais fait revivre des faits passés regrettables qui se répètent avec d'autres procédures actuellement.

Avec une sensibilité engagée avec la race humaine, cette exposition ne parle pas au passé mais au présent et au futur. La mémoire émotionnelle est présentée sous la forme d'une œuvre d'art pour émouvoir, accuser, faire frémir. Dès l'accès à la salle d'exposition on est reçu avec la célèbre affiche de bienvenue des sites de massacres et de travail « Arbeit macht frei » (le travail libère). Un fil de fer barbelé graphique entoure toutes les œuvres, dans un montage aussi net qu'essentiel dans son discours de la ligne d'exposition. Des corps sans vie, empilés comme s'ils étaient des déchets, des corps maigres, la tristesse, le désespoir, la folie, tout ce que nous ne devons pas oublier.

Auschwitz (Mémoires de l'horreur) nous fait entrer dans un domaine où il est impossible de tirer un trait sur ce qui s'est passé, mais parie pour que ceci ne se répète jamais plus. Parmi toutes les photos on souligne le visage innocent d' Annelies Marie Frank Hollander, mieux connue sous le nom d'Anne Frank. Anne, renaissante grâce à Ariel comme un ange accusateur dans l'exposition. Anne, qui a laissé un témoignage littéraire reflétant les plus incroyables cruautés. Perdue derrière les fils de fer barbelés de son camps de la mort. Une belle Anne, toujours avec la force de crier pour la vie. Tout ceci et plus place l'artiste devant les yeux de ceux qui ne valorisent peut-être pas ce qu'ils ont.

La fermeture du chemin de l'exposition montre une photo de jeunes néo-nazis. Il n'y a aucun travail de manipulation technique sur la photo. C'est l’œuvre la moins artistique. C'est la réalité telle quelle, comme une grossière exhibition de la folie du monde.

Il y a eu un jeune garçon présent à l'inauguration qui m'a demandé avec une certaine naïveté coupable « pourquoi l'artiste parle-t-il de ce thème ? » Il ne savait peut-être pas le cas des jeunes étudiants disparus d'Ayotzinapa, au Mexique, des bombardements israéliens journaliers sur le territoire palestinien,  des afro-américains assassinés par la propre police de leur pays... la plus récente exposition d'Ariel Balmaseda nous parle de tout ceci et pas seulement des crimes commis envers la population juive par les fascistes.