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Les Cubains et le prix Nobel: le Dr Carlos J. Finlay  Barrés
Par Gregorio Delgado García Traduit par Alain de Cullant
Le Dr. Carlos J. Finlay Barrés est décédé à La Havane le 20 août 1915, possédant de légitimes gloires scientifiques et la reconnaissance de son peuple et de l'humanité.
Illustration par : Lázaro Ángel Lugones

Le Dr. Carlos J. Finlay Barrés est né dans la ville de Santa Maria del Puerto Príncipe, l'actuelle Camagüey, le 3 décembre 1833 au sein d'une famille étrangère, sans racines dans notre pays. Son père était le Dr Edward Finlay et Wilson, médecin anglais, natif de la ville de Hull, comté du Yorkshire, et sa mère, Marie de Barrés de Molard Tardy de Montravel, d'origine française, native de l'île de la Trinité.

Malgré ce milieu familiale, le docteur Finlay fils a toujours été très cubain, il a dédié toute sa vie à solutionner les grands problèmes de l'épidémiologique de notre pays à son époque, jusqu'à devenir un véritable symbole de la médecine cubaine et il a fondé une famille de profondes racines nationales dans laquelle se soulignent, dans le passé, ses enfants, Carlos Eduardo, médecin éminent, académicien, recteur de l'Université de La Havane et Secrétaire de la santé et du bien-être, et Frank Finlay Shine qui à pris part à la guerre d'indépendance de 1895-1898 et, dans le présent, son grand petit-fils Carlos M. Finlay Villalvilla, médecin-chercheur de l'Institut de Médecine Tropicale Pedro Kouri de La Havane.

Bien qu'il ait étudié une partie de l'enseignement primaire en France et en Allemagne, de l'enseignement secondaire dans le lycée de Rouen, France, et la médecine dans le Jefferson Medical College de Philadelphie, États-Unis, c'est à Cuba qu'il s'est formé comme chercheur et où il a réalisé tout son travail scientifique, avec les conseils de grands des sciences du pays lors de certaines étapes de son travail, comme le chimiste José Luis Casaseca Silván, le météorologue Benito Viñes et le naturaliste Felipe Poey Aloy et il a compté comme unique collaborateur le Dr Claudio Delgado Amestoy.

À partir du 15 mars 1857, date à laquelle a été approuvés ses exercices de revalidation dans l'Université Royale et Littéraire de La Havane, et jusqu'à sa mort, les résultats de ses recherches qui ont apporté des découvertes de l'importance de la théorie metaxenica de la propagation des maladies, l'agent de transmission de la fièvre jaune et les mesures épidémiologiques pour l'éradication de la maladie, des découvertes pour lesquelles il a été proposé pour le Prix Nobel de Physiologie ou de Médecine, ainsi que la confirmation hydrique du choléra, ont été présentées devant les deux institutions scientifiques les plus importantes du pays, l'Académie des Sciences Médicales, Physiques et Naturelles de La Havane et la Société des Études Cliniques de La Havane et publiées dans les principales revues médicales cubaines de l'époque telles que Anales de la Academia de Ciencias Médicas, Físicas y Naturales de La Habana ; Crónica Médico-Quirúrgica de La Habana ; Gaceta Médica de La Habana ; La Enciclopedia ; El Progreso Médico ; Revista de Ciencias Médicas ; Revista de Medicina y Cirugía de La Habana ; Revista Médica de Cuba ; Revista de Medicina Tropical y Revista de la Asociación Médico-Farmacéutica de la Isla de Cuba, signifiant que cette œuvre scientifique est profondément cubaine. Un grand nombre de ses articles ont aussi parus dans d'importantes revues d'Europe et d'Amérique du Nord telles que Les Archives de Médecine Navale de Paris ; The Journal of the American Medical Association ; National Board of Health Bulletin ; The American Journal of the Medical Sciences ; The Lancet of London ; Boston Medical de Boston and Surgycal Journal ; The Climatologist ; Edimburg Medical Journal et The Philadelphia Medical Journal .

Le plus essentiel de ses découvertes a été présenté lors d'événements internationaux aussi importants que la Ve Conférence Internationale de la Santé, à Washington en 1881 ; le Congres de Climatologie, à Chicago en 1893 ; le VIIIe Congrès International d'Hygiène et de Démographie, à Budapest en 1894 ; le IIIe Congrès Panaméricain III, à La Havane en 1901 ; le Congrès Médical International, à La Havane en 1902 ; la Conférence des Juntes de Santé des États et des Provinces de l'Amérique du Nord, à New Haven, Connecticut, en 1902 ; la première Convention Générale Sanitaire Internationale des Républiques d'Amérique, à Washington en 1902 ; la XXXIe Réunion Annuelle de l'Association Américaine de Santé Publique, à Washington en 1903 ; le IVe Médical Panaméricain, à Panama en 1905, et le XIVe Congrès International de l'Hygiène et de la Démographie, à Berlin en 1907. La plus haute autorité européenne sur la fièvre jaune, le Dr Louis J. Béranger-Féraud, a commenté amplement et élogieusement l'œuvre du Docteur Finlay dans plusieurs chapitres de son livre Théorie et clinique de la fièvre jaune, Paris, 1890. Ce qui permet d'affirmer que les découvertes du savant cubain étaient connues et valorisées favorablement dans les milieux scientifiques étrangers de très haute qualité.

Le Docteur Finlay a occupé les plus importants postes de la santé publique cubaine de son époque : Directeur National de la Santé, Président de la Junte Nationale de la Santé et Chef de la Junte Municipale de la Santé de La Havane. En 1907 il a reçu la médaille « Mary Kingsley », la plus haute décoration de l'École de Médecine Tropicale de Liverpool, en Angleterre, sans aucun doute la plus importante institution d’infectiologie du monde à cette époque, le reconnaissant comme le découvreur de l'agent de transmission de la fièvre jaune ; un an plus tard le gouvernement français lui a décerné l'ordre de la Légion d'Honneur et l'administrateur du gouvernement des États-Unis à Cuba l'a nommé Président d'Honneur de la Junte Nationale de la Santé et du Bien-être quand il a pris sa retraite en 1908.

Une partie de son œuvre scientifique a été publiée dans le livre Trabajos Selectos del Doctor Carlos J. Finlay, La Havane, 1912, avec quelques « Notes biographiques » rédigées par l'éminent docteur cubain Juan Guiteras Gener. Parmi ces œuvres apparaissent ses études immortelles : « Le moustique hypothétiquement considéré comme agent de transmission de la fièvre jaune » (1882), « Nouvelles données sur la relation entre la fièvre jaune et le moustique » (1882), « La fièvre jaune expérimentale comparée à la naturelle sous ses formes bénignes » (1884), « Statistiques des inoculations avec des moustiques contaminés chez les personnes atteintes de fièvre jaune » (1891), « La transmission du choléra par le biais des eaux courantes chargées des principes spécifiques » (1873) , « Explication du cadre de cas de choléra observé dans le Cerro du 11 novembre 1867 au 29 janvier 1868 » (1873), parmi d'autres.

Il est décédé à La Havane le 20 août 1915, possédant de légitimes gloires scientifiques et la reconnaissance de son peuple et de l'humanité. Quelques années plus tard l'Académie des Sciences de Cuba a publié ses Œuvres Complètes, La Havane, 1965-1981, en six volumes, ce qui permet aujourd'hui l'étude exhaustive de toute sa production, sans aucun doute l'apport le plus important fait par un Cubain dans le domaine des sciences médicales.

En 1904 le Dr Ronald Ross, un médecin anglais, qui avait reçu le Prix Nobel en 1902 pour sa découverte de l'agent transmetteur du paludisme, s'est rendu dans l'isthme de Panama et il a longuement conversé avec les médecins William C. Gorgas, Henry R. Carter, John W. Ross et d'autres qui, d'une certaine façon, avaient participé ou été témoins des travaux réalisés à La Havane par la IVe Commission de l'Armée des États-Unis sur l'étude de la fièvre jaune et il a également eu connaissance des travaux scientifique du Dr Finlay, proposant le génial chercheur de Camagüey et le docteur Henry R. Carter, découvreur de la période d'incubation extrinsèque de la fièvre jaune, pour le prix de 1905. Le prix a été décerné au Dr. Robert Koch, bactériologiste allemand, ainsi qu'à Louis Pasteur, les deux plus grandes personnalités de la bactériologie mondiale, découvreur, entre autre, du bacille de la tuberculose et du choléra et des postulats qui portent son nom, si un agent biologique est capable ou non de produire une maladie infectieuse.

Le 27 novembre 1905, le colonel John W. Ross, chef de la santé de l'armée des États-Unis, a proposé le Dr Finlay pour le prix de 1906 et un peu plus tard, le 9 janvier 1906, il a inclus le Dr Henry R. Carter. Le prix a été décerné aux docteurs Camillo Golgi, histologiste italien et à Santiago Ramón y Cajal, histologiste espagnol, pour leur contribution à la connaissance de la structure du système nerveux.

Le docteur Carl Sundberg, membre du Comité du prix, a répété la proposition des docteurs Finlay et Carter pour le prix en 1907, mais cette année il a été décerné au docteur Charles Louis Alphonse Laveran, médecin français, pour sa découverte de l'un des hématozoaires ou plasmodium du paludisme en 1880.

Pour le prix de 1912, le professeur Braut Paes Lewe, de la faculté de médecine de Rio de Janeiro, Brésil, a proposé de nouveau le Dr Finlay et pour ce même prix, le docteur Laveran a proposé les docteurs Finlay et Arístides Agramonte, ce dernier pour être le seul survivant de la IVe Commission Américaine. Le lauréats de ce prix a été le physiologiste et chirurgien français Alexis Carrell, pour ses procédures hémostatiques de sutures des vaisseaux sanguins, ses traitements des plaies, son traitement pour fixer des greffons sur une surface ulcérée et ses études sur la greffe de tissus en général. Dr. Carrell est également l'auteur du célèbre livre Le mystère de l'homme.

Le docteur Laveran a répété sa proposition de Finlay et d'Arístides Agramonte pour les prix 1913, 1914 et 1915. La mort du savant cubain le 20 août de cette dernière année a fait que le savant français cesse ses propositions et que la découverte de l'agent intermédiaire de la fièvre jaune cesse aussi d'être un motif possible d'un prix Nobel. En 1913, le prix a été accordée à Charles Robert Richet, physiologiste français, pour ses études sur l'anaphylaxie, la régulation thermique des animaux homéothermes et pour ses découvertes des propriétés diurétiques des sucres ; en 1914 à Robert Bárány, pathologiste autrichien, pour ses contributions à l'étude de l'appareil vestibulaire et aux processus ou cadres pathologiques en lui. Le prix n'a pas été octroyé en 1915, 1916, 1917 et 1918 à cause de la première guerre mondiale.

L'érudit historien de la médecine cubaine, Rodolfo Tro Pérez, dans son étude Las ideas del contagio de enfermedades a través de mosquitos. Carlos J. Finlay y sus precursores (Les idées de la propagation des maladies par l'intermédiaire de moustiques. Carlos J. Finlay et ses précurseurs), a affirmé que le Dr Patrick Manson, un spécialiste anglais de la médecine tropicale de prestige mondial, pour sa découverte de l'agent de transmission de la filaire Wuchereria bancrofti, a également proposé le Dr Finlay, sans mentionner l'année, mais cette nomination n'est pas citée par le Dr del Regato.