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Manuel Saumell en faveur de la contredanse
Par Josefina Ortega Traduit par Alain de Cullant
Manuel Saumell Robredo est l'un des plus notables créateurs dans l’histoire de la musique cubaine.
Illustration par : Lázaro Ángel Lugones

On a dit qu’il était l'une des personnalités cubaines qui a fait le plus pour la maturation de la nationalité musicale de l'île.

Mais ce n'est pas difficile de comprendre que sa cubanité est présente dans d’autres domaines. Plusieurs de ses amis ont été victimes de la persécution de l’appelée « Conspiración de la Escalera », tels que Tomás Bueltas y Flores et Claudio Brindis de Salas, le père du célèbre violoniste cubain. Il était alors âgé de 20 ans

Il est auteur d'une contredanse intitulée El Somatén qui, selon José Martí, est un résultat phonétique des mots catalans Soms Atents, voulant dire « nous sommes en garde ». Soms Atents était également le titre d'un journal indépendantiste catalan qui arrivait régulièrement à Cuba, clandestinement bien sûr.

Ce sont peut-être des spéculations, mais Manuel Saumell Robredo (1817-1870) est l'un du plus notables créateurs dans l’histoire de la musique cubaine, ce qui est une autre façon de faire la patrie. Aujourd'hui on se souvient seulement de lui comme le compositeur de certaines contredanses qui lui ont donné une place dans Le Parnasse : Los ojos de Pepa, La Gassier ou El Somatén, mais il a été l'auteur de 51 oeuvres dans ce genre qui ont agrandi l'univers sonore cubain.

Une curiosité est que toutes ses contredanses ont des titres suggestifs, parfois simple et d’autres quasi sublimes : La Gassier, par exemple, composée en l'honneur de la chanteuse catalane Josefa Cruz de Gassier, dont on est dit qu'elle possédait une voix prodigieuse de trois octaves d'extension !

Par contre, La Quejosita était dédiée à une femme nommée Dolores et ¡Toma, Tomás! à son ami Tomás Ruiz.

Il est également curieux que la contredanse était un genre très fructifier à Cuba et dont l'origine est encore controversée. Pour certains c’est une création anglo-saxonne et son nom vient de la country dance ; pour d’autres elle est tout simplement française et elle vient des mots contre danse, car elle se danse face à face, c'est-à-dire les uns en face des autres. Il y a ceux qui assurent que ce n’est rien de plus qu’un héritage de la contradanza espagnole.

Les différentes variantes des contredanzas étaient connues à Cuba : le cotillon, la suite et le quadrille, avec leurs saluts et leurs révérences, mais toutes avec un délicieux fond de sensualité.

Saumell, dans ses soifs créatives, a fait aussi des incursions dans le domaine lyrique et, selon ce qu’on affirme, pour obtenir l'amour d’une demoiselle d’une famille « bien », il a tenté aussi de faire un opéra d'après un roman d'auteur, de personnages, d’une intrigue et d’une ambiance totalement cubaine. Il n’y est pas arrivé mais il a laissé d’autres pièces dans ce genre, telles que des arias, des duos, des concertos pour violoncelle et pour piano, ce qui serait bien utile de reprendre.

Ses études avec le musicien alsacien Juan Federico Edelman et son admiration pour Louis Moreau Gotsacchalk, qu’il a connu et côtoyé, lui ont été profitables, et, bien sûr, le fait qu’il composait déjà à quinze ans a beaucoup à voir.

Marié avec la Havanaise Concepción Amegui, il a eu trois enfants et pendant qu’il fondait sa famille il développait une intense travail culturel. Sa notoriété et son prestige l’ont mené à la présidence de la section de musique de l'orchestre philharmonique Santa Cecilia, à La Havane, et il a fondé le Liceo Artístico Literario au côté de Ramón Pintó et du pianiste espagnol José Miró.

Mais les contredanses ont été ses fruits préférés.

Comme beaucoup de Cubaines et de Cubains, j’aime Los Ojos de Pepa, y compris la version moderne et jazzistique faite par le pianiste Chucho Valdés, à la tête de cette fabuleuse bande qu’était Irakere ; Los Ojos de Pepa est une excellente pièce par sa mélodie sympathique, l'intelligence de sa structure et les défis interprétatifs exigés pour l'interprète.

Depuis mon enfance, je me souviens quand mes aînés m’ont offert, à l’occasion d’un anniversaire, la partition de la contredanse intitulée La Josefina, qu'un tel Saumell avait dédié à une dame appelée María Josefa Herrera. Mon nom était dans une contredanse d'un musicien du siècle précédent et de quelqu’un, en quelque sorte, qui me faisait sentir une petite fille importante.