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Elpidio Valdés, un héros cubain
Par Justo Planas Cabreja Traduit par Alain de Cullant
Elpidio Valdés, le populaire personnage de bandes dessinées cubaines pour les enfants, fête son 45e anniversaire.
Illustration par : Lázaro Ángel Lugones

Elpidio Valdés, le populaire personnage de bandes dessinées cubaines pour les enfants, a été créé le 14 août 1970 par le caricaturiste, illustrateur, dessinateur, réalisateur et scénariste Juan Padrón, diplômé en Histoire de l'Art de l'Université de La Havane en 1978 . Au début elle a été pensée comme une bande dessinée devant être publiée dans la revue Pionero pour divertir et éduquer les jeunes cubains, mais, suite à sa popularité, elle a été apportée à la télévision puis au cinéma.

Quelques critiques ont valorisé que la saga d'Elpidio Valdés porte une certaine dose de réalisme socialiste. À la naissance d'Elpidio Valdés, cette tendance esthétique était plus sur les tables de la discussion de certains critiques, comme Mario Rodríguez Alemán, que sur la table de travail des cinéastes et écrivains.

Maintenant qu'Elpidio Valdés est sur le point de fêter son 45e anniversaire comme une bande dessinée, il serait intéressant de valoriser comment il a réussi à se convertir en un héros de fiction cubain si populaire, qu’il n’y a personne des générations des années 1980 et 1990 qui ne répète pas quelques phrases de la série.

En quel sens Elpidio Valdés est-il de réalisme socialiste ? Certains pourraient dire qu'il se joint à cette tendance soviétique d’exalter l'historique national avec une forte iconographie patriotique, car, comme dans ces cas, Elpidio est une œuvre épique qui tente de justifier le présent à partir du symbole d'un passée que tous les Cubains reconnaissent, quelque soit leur idéologie : les guerres d'indépendance du XIXe siècle.

On peut dire, et avec sagesse, qu'Elpidio Valdés est une œuvre épique glorifiant le Cubain et son passé. Ce n'est pas exactement une reconstitution de l'histoire malgré la rigueur avec laquelle son créateur, Juan Padrón, dessine des objets de l'époque et la façon dont ses personnages les manipulent.

Il faut dire que le maquis d'Elpidio propose un espace historique applicable à toute époque, car ce qu'il s'agit de comprendre ici n'est pas comment vivent les mambises cubains mais comment nous sommes tous dans notre vie quotidienne. Évidement, le système moral hégémonique est celui des années 1970 et 1980, la projection de María Silvia y Eutelia serait autre si Elpidio Valdés aurait été pensé en 2000, comme celle de Pépito... Ce serait peut-être une épopée, peut-être dans la lignée de ce que fait Alfonso Cedeño Víctor avec Dany y el club de los verracos.

De toute façon, cette représentation épique et patriotique de l'histoire n'a pas été exclusive au réalisme socialiste, Homero l'a réalisé dans l'Iliade,  puis Virgile avec L'Éneïde et plus tard il y a eu , El cantar del mio Cid... Dans chacun des cas on tente de concentrer le caractère grec, latin et castillan, comme Eisenstein dans Le cuirassé Potemkine et l'expressionnisme allemand de Golem et de Metropolis. Ces trois films essayent de comprendre leurs nations depuis la modernité (avec des logiques très différentes, soit dit en passant).

Elpidio Valdés possède un réalisme socialiste que pourrait avoir Les aventures d'Astérix, une reconstruction du passé épique gaulois, qui se distingue par le contraste avec l'idiosyncrasie romaine, à l'instar d'Elpidio compare également le cubain avec l'espagnol.

Si Elpidio avait été un héros du réalisme socialiste nous ne fêterions pas son 45e anniversaire. Il se serait convertit en un perdant, glorifié par la presse durant quelques mois, pour ensuite tomber dans l'oubli. Pourquoi nous pouvons dire, comme Carlos Varela, « je n'ai pas eu Superman, j'ai Elpidio Valdés » et l'assimiler à tous les titres mentionnés ci-dessus que chaque nation révère comme des chef-œuvres ?

Elpidio n'a pas l'intelligence d'Astérix, une rationalité cartésienne que Goscinny exalte comme la plus précieuse du caractère gaulois ; ni les pouvoirs de Superman ou de Captain America, que les Étasuniens revendiquent comme les sauveurs de la Terre, compte tenu de leurs aptitudes physiques et technologiques. Elpidio a ce que nous appelons la « chispa » (l'étincelle), la capacité à vaincre l'ennemi par le biais de la moquerie ; par exemple, dans …Campaña de verano (1988), il vainc les Espagnols non seulement physiquement, mais moralement, en les soumettant à la rigueur du temps en juillet et août, comme Calixto García. Les intellectuels cubains ne se lassent pas de démontrer le « choteo » (l'humour), si propre de notre caractère, comme un des parasites qui nous a empêchés de mûrir en tant que nation. Nous devons ce rejet du choteo à Eduardo Manach et Fernando Ortiz, et sa revendication à Juan Padrón.

C'est précisément le choteo qui sauve Elpidio Valdés de toute relation avec le réalisme socialiste, si solennel. Juan Padrón a démontré être un véritable génie des patrons cubains en créant des situations de choteo si créatives que les spectateurs les ont appropriées, les racontant souvent lors de réunions d'amis et riant en les écoutant. Les dialogues de la saga ont tant de luminosité qu'ils sont repris dans n'importe quelle conversation, n'importe où.

Un jour l'académie cubaine ouvrira les yeux et découvrira que le chateo fait partie de nos plus chères lettres de triomphe ; et cessera de rêver secrètement avec un Cubain plus européen, peut-être plus espagnol. Dorénavant, en fêtant le 45e anniversaire d'Elpidio, nous faisons un pas vers ce moment.