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Lettres de José Martí  à Manuel Mercado
Par José Martí Traduit par Jacques-François Bonaldi
Je croyais disposer ce matin d'un instant pour vous écrire.
Illustration par : Robin Sánchez Pau

[New York, quelque temps après le 9 février 1884][1]

 

                Mon frère très cher,

 

                Je croyais disposer ce matin d'un instant pour vous écrire : votre messager affectueux est arrivé avant ma liberté, et c'est juste pour vous donner signe de vie, pour vous prier de vous occuper de M. Carranza et de l'aimer, et pour vous entamer une querelle parce que vous m'oubliez, que je me sors un moment de mes comptes de ventes et de mes lettres de bureau.

                Je vous envoie, au cas où je ne l'aurais déjà fait, un petit prologue à un essai modeste d'une bonne personne[2], et le dernier numéro de La América. Je vais devoir vous parler de La América, pour voir si je peux en faire ce que je désire.

                A qui croyez-vous que je pense très souvent ? A Manuel, votre aîné, qui m'a toujours séduit par sa tendresse et sa courtoisie. Et à toute votre maison, artistique et heureuse.

                Vous ne voulez pas m'envoyer un petit tableau d'Ocaranza, et le site que je lui réserve est triste et vide.

                Et tant qu'il ne vous verra pas et baisera la main de Lola, votre frère, qui jouit de tout votre bien, ne sera pas heureux.

 

José Martí

 

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[1]  Cette brève lettre est placée dans la section Messages de l'édition princeps (p. 216), d'où provient l'année. García Pascual et Moreno Pla (Epistolario, t. I, p. 272 ; datation reprise par Correspondencia a Manuel Merzcado) supposent, sans doute à juste titre, qu'elle correspond à la même époque que la précédente, compte tenu de l'allusion à Carranza. Mais pourquoi penser qu'elle soit du même jour ? Je crois au contraire, comme il ressort du texte, que Carranza est déjà arrivé à Mexico et que Martí profite du passage d'un «messager» de Mercado pour rappeler à la va-vite à celui-ci le service qu'il lui a demandé dans sa lettre formelle du samedi – soit  postée au courrier normal soit confiée aux bons soins du voyageur.

[2] Est-ce le même prologue dont il parle dans sa lettre du 30 août 1883 ? Bien trop de temps s'est écoulé pour que cela soit vraisemblable, surtout quand on sait combien de textes écrivait Martí. Certes, l'association réitérée Prologue/La América peut le faire penser. En revanche, le livre de Castro Palomino contient des nouvelles, certes de nature philosophique, mais pas un essai. Alors ? A moins que cela n'indique tout simplement le grand intérêt que Martí portait à ce qu'il avait écrit au sujet de sa pensée sociale !

 

Tiré de: Martí, José. Il est des affections d’une pudeur si délicate…Lettres de José Martí à Manuel Mercado. Traduites et annotées par Jacques-François Bonaldi. Paris, Éditions l'Harmattan, 2004,  p. 182.