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Compte-rendu UN HAITÍ-DOMINICANO,  Tatuajes fantasmas y narrativas bilaterales (1994-2014),  de Alanna Lockward
Par Jean Casimir Traduit par
Un livre simplement beau et courageux, qui nous apporte une bouffée d'air frais dans une atmosphère souillée de préjugés. Alanna Lockward nous enseigne l'art de nous découvrir dans notre voisin, de l'aimer et de nous aimer.
Illustration par : Robin Sánchez Pau

Compte-rendu

UN HAITÍ-DOMINICANO,

Tatuajes fantasmas y narrativas bilaterales (1994-2014),

de Alanna Lockward[1]

 Un livre simplement beau et courageux, qui nous apporte une bouffée d'air frais dans une atmosphère souillée de préjugés. Alanna Lockward nous enseigne l'art de nous découvrir dans notre voisin, de l'aimer et de nous aimer.  Elle entre gaillardement dans le sujet et, en bousculant sur son passage quelques idées acquises ; elle nous oblige à nous questionner et à la questionner.  L’auteure offre un bouquet de témoignages, fait d’entrevues glanées ici et là le long d’une vingtaine d’années.  Son livre signale, dès le premier reportage, l’objectif à poursuivre pour dépasser nos limitations, et qui consiste à montrer au grand jour toute la beauté que les plus humbles d’entre nous façonnent, la main dans la main.

Alanna relate des pans de vie des politiciens de la République voisine que je respecte trop pour oser en parler à la légère.  Je suis occupé à me découvrir moi-même ; et voilà que son travail m’indique que je ne pourrai pas le faire sans découvrir ce voisin si proche.  Ce n’est pas que ceux qui ne se penchent pas suffisamment sur la dimension dominicaine de notre vie nationale méritent d’être blâmés.  Alanna nous laisse simplement deviner combien notre regard, par-delà la clôture qui nous sépare, est absent.  Toutefois, je dois rétorquer que, comme elle, nés et éduqués dans les basfonds de la colonialité, nous devons entreprendre un travail de titan pour nous enlever cette gangue qui nous étouffe. 

À l’opposé de sa lumineuse intuition qui lui fait ouvrir son livre avec la mère de Pedrito Pueblo, l’auteure retient qu’Haïti, une république d’esclaves libérés, entre dans la géopolitique du XXe siècle avec l’itinéraire constitutionnel que lui aurait tracé Franklin Delano Roosevelt.  Sur cette piste, elle passe forcément à côté de ce qui explique comment les Haïtiens peuvent vivre dans cet état de chaos permanent (p. 192).  La raison est très simple, le responsable de ce chaos s’appelle justement Franklin Delano Roosevelt.  Tous les peuples de la région en témoignent.  Ceux qui se souillent dans ce chaos sont les associés de Franklin Delano Roosevelt, qu’en empruntant le mot de de Vastey, il convient d’appeler des Haïtiens malgré eux[2].

Alanna s’étend sur l’art, la peinture, la poésie, la muséographie et les expositions…  Je suis un ignorant ou presque, sur ces terrains.  J’attirerai de préférence votre attention sur l’innovation qu’elle apporte dans son regard sur l’Haïti-dominicain.  Elle met en relief comment un secteur opprimé dominicain se taille son chemin en Haïti, malgré vents et marées, et en passant, elle définit la seule posture méthodologique qui peut nous permettre de projeter une modification révolutionnaire de notre prostration devant les puissances amies. 

Toutefois, qu’elle le veuille ou non, des obstacles structurels l’empêchent de transposer son regard si prometteur sur les opprimés haïtiens en Haïti.  J’aurais aimé que la journaliste aborde notre vie nationale, de la même façon que ce garde-frontières de l’armée dominicaine, Don José Pimentel, passionné de la protection du territoire dominicain.  Ce militaire fait remarquer ce qui pour lui semble dériver de l’évidence même :

Siempre hablamos mal de los haitianos, pero nunca de los que más daño nos han hecho a lo largo de nuestra historia, o sea, los españoles. (p.192) 

On croirait entendre les mots du Général en chef, dans la Proclamation No. 13 du 28 avril 1804 :

Les Français sont les implacables ennemis de la liberté de l’homme

Que le lecteur compare ce langage de Don José Pimentel et de Jean-Jacques Dessalines avec le dernier discours du président Hollande au sommet de la francophonie, en présence de Michaelle Jean, ancienne gouverneure du Canada, originaire de Jacmel :

Pour beaucoup de peuples, parler français c’est parler la langue de la liberté. (…) Et c’est en français que les peuples se sont décolonisés, en français qu’ils ont accédé à l’indépendance et à la liberté (…)[3].

Dessalines n’était pas francophone, cela se voit, certains historiens pensent même qu’il était Bossale, Nago.  Don José Pimentel, en observant les Haïtiens discriminés autour de lui, a su dépasser le discours colonial.  Quant à moi, l’une de mes langues maternelles est le français et j’essaie – avec peine – de suivre Don José Pimentel pour reconstruire ce qui pour le général en chef est l’évidence même. 

Je voudrais ainsi vous parler à partir de ce terrain où je rencontre Alanna, celui du chercheur et du scientifique et vous dire comment, chercheurs et scientifiques, nous nous engageons dans notre réalité.  La journaliste découvre et nous fait apprécier Mirla, Don José Pimentel, Ana Rodriguez, Ana Javier, des personnages fort modestes, certes, mais qui se réapproprient leur histoire dans une lutte quotidienne, indifférents aux projets toujours défaillants de nos gouvernements.

Je lis dans ces parties du texte d’Alanna, et principalement celles relatives aux travailleuses sexuelles, ce mot d’un grand ami commun, Walter Mignolo : Il ne s’agit pas seulement de résister, mais surtout de ré-exister.  Dans le tintamarre que font les oligarchies des deux côtés de la frontière pour se maintenir au pouvoir, il nous revient de percevoir comment les secteurs opprimés de nos deux nations, dépassent, de leur mieux, leurs conditions précaires d’existence : comment ils ré-existent.

La difficulté que nous, intellectuels et observateurs des deux côtés de la frontière, n’arrivons pas encore à surmonter consiste à établir comme toile de fond obligatoire de nos réflexions que nos deux peuples se sont toujours passés de leurs oligarchies exsangues, pour se tailler leurs chemins, malgré la discutable efficacité de leurs réalisations.  J’ai déjà confessé que mes connaissances de la République dominicaine sont trop embryonnaires pour que j’ose opiner sur cet aspect, que je devine tapi en absence, dans les reportages d’Alanna que je n’analyse pas.  Je prouverai mon point de vue de mon côté de la frontière.

Dans le cas d’Haïti, depuis 1804, nos oligarchies essaient, sans succès, de relancer la plantation de denrées d’exportation.  Dans quel pays au monde peut-on trouver une classe dominante qui ne peut réaliser ses objectifs durant deux siècles consécutifs !  J’affirme qu’à aucun moment, la région caraïbéenne n’a eu à s’opposer à une classe dominante locale.  Tout particulièrement les deux peuples de cette île ont toujours eu à se battre contre des forces expéditionnaires, mal drapées de nos couleurs nationales.  Et ceci est tout aussi évident dans les cas de Cuba, de Porto Rico, de la Grenade, de la Guadeloupe, de la Martinique... 

Alanna nous rappelle que la police haïtienne est entrainée et financée par les États-Unis (p. 149).  Elle compte un policier pour 2 000 habitants.  Il aurait été utile d’obtenir quelques données sur la criminalité dans ce pays de si grande pauvreté, dans ce berceau du chaos.  Ceci au moins pour faire pendant aux dégâts du « père Lebrun » qu’Alanna cite.  Les peuples dominicains et haïtiens répondent eux-mêmes dans une très grande mesure de l’ordre et de la sécurité dans leur communauté.  Ils s’évertuent à ré-exister, je veux dire, à construire leur vie communautaire en évitant le désordre qu’y introduisent les autorités de l’empire, et sans se laisser distraire, outre mesure, dans la gestion de leur vie quotidienne et leur recherche obstinée de leur bien-être. 

Ré-exister, c’est savoir comment transformer le fumier en or (p. 31) comme Mirla, Ana Rodríguez, ou Ana Javier.  C’est d’un travail, discriminé sur plusieurs fronts, source de tant d’humiliations et de vexations, enfanter des scientifiques, des inventeurs et des rêves de scientifiques et d’inventeurs.  J’appliquerai à l’exploit de ces sœurs cette phrase que j’emprunte encore de Dessalines dans la Proclamation du 1er janvier 1804:

Il faut ravir au gouvernement inhumain qui tient depuis longtemps nos esprits dans la torpeur la plus humiliante, tout espoir de nous réasservir ; il faut enfin vivre indépendants ou mourir. 

Ce n’est pas que les Mirla, les Ana Javier aient fait la Révolution (avec un grand R), mais qu’elles ne permettent ni aux oligarchies dominicaines ni aux oligarchies haïtiennes de décider de leur itinéraire et de celui de leur progéniture.  Ceci, malgré le coût qu’elles doivent payer, malgré le fait d’avoir à composer avec le système d’oppression qui unit les deux îles dans une même étreinte.  En étalant ces exemples sublimes sous nos yeux, Alanna nous signale le filon de métal précieux que nous ne devons pas hésiter à explorer.

Car, Alanna ne s’autorise pas à nous dire qu’elle nous laisse découvrir que pour nous aussi, les intellectuels, les guides auto-proclamés de nos peuples respectifs, ré-exister, c’est savoir observer toute la beauté qui émerge de cet effort quotidien, réalisé dans la plus profonde tristesse et la solitude totale d’une glorieuse prostituée, comme Mirla, d’une déesse Erzulie toute belle, toute parfumée, mais toute meurtrie par les offenses quotidiennes.  C’est cela le peuple dominicain, c’est cela le peuple haïtien, qui, envers et contre tout, découvrent jour après jour leur pierre philosophale.  Dans sa modestie, Alanna ne nous le dit pas, elle signale seulement ce chemin vers l’Arche d’Alliance qui devra nous unir malgré nos oligarchies et tous leurs pays amis.  Ni les Dominicains, ni les Haïtiens, nous ne chérissons la pauvreté et la précarité.  Mais quelques-uns d’entre nous apprécions encore plus notre dignité et notre amour propre.  C’est une option comme une autre. 

La journaliste nous rappelle le bon vieux temps des années 80 et de la chute de Jean-Claude Duvalier.  Deux militants et politiciens que j’ai eu la fortune de côtoyer de près figurent de façon proéminente parmi les personnalités haïtiennes interviewées par Alanna.  Notre ineffable Gérard, de regretté mémoire, le virtuose de la controverse et de la ténacité, et Jean-Bertrand Aristide, le prophète du Verbe, l’animateur des grandes foules.  Les deux ont fait leur carrière dans la résistance à la politique de l’empire.  Fort de leur expérience, le témoignage d’Alanna m’enseigne qu’il ne suffit pas de se positionner contre l’empire.  Il faut que le peuple puisse nous suivre, tout en jouissant fièrement de sa vie aujourd’hui même et non pas demain, après sa mort, quelque glorieuse soit-elle.  Malgré tout le respect que je dois aux symboles de la patrie haïtienne : « Mourir n’est beau » que pour les survivants.

Je pose des questions à quelques-unes des interrogations d’Alanna dans sa recherche de l’Haïti-dominicain.  Le livre soulève le voile sur la ré-existence du peuple dominicain dans ses strates les plus discriminées qui vivent en Haïti, et sur les strates discriminées d’Haïtiens qui se construisent une vie en République Dominicaine, bras dessus, bras dessous, dans les défilés du Gagá ou dans l’industrie de la construction. 

Son beau travail est un ensemble de tatouages.  Il n’est pas exhaustif et ne contient pas la correspondante haïtienne de l’émigrée qui se taille un statut grâce à un travail sept jours sur sept dans les salons de beauté de Pétion-ville, celle-là qui, de vendeuse de pneus, devient liseuse de bonne aventure, couronnée de succès, ou celle-là qui, travailleuse sexuelle consciencieuse, rêve d’un enfant homme de science.  Elle rencontre en Haïti des militants qui appartiennent à mon groupe social, des connaissances que la communauté occidentale conçoit comme des membres des classes moyennes.  Et je ne sais de quelle moyenne.  Celle de la communauté occidentale ou celle de mon pays ?  (p. 148).  Cette classe moyenne filtre le regard d’Alanna vers le bas-peuple, le vrai peuple, de mon pays.

Vous ne vous étonnerez pas si je vous dis que la servante de chez moi m’appelle un « Blanc », c’est-à-dire un étranger.  Non pas parce qu’elle est ignorante.  Bien au contraire, fine observatrice de la réalité haïtienne, elle me propose une donnée de base pour me situer face à la société où je vis.  Et elle n’a pas de problème d’identité et je n’ai pas de problème d’identité.  Comment est-ce possible ?  Simplement parce que l’Haïtien est duel.  Ma servante ne peut pas se passer de moi dans ma différence qui lui est excessivement utile, et je ne peux pas me passer d’elle dans sa différence qui est tout aussi utile à mon style de vie.  Nous nous aidons l’un l’autre comme l’endroit et le verso d’une même réalité, et, bien civilement, nous abusons l’un de l’autre, chacun à notre tour, tout en évitant de ne jamais exagérer, et sans nous demander pardon.  Ce sont les règles du jeu.

Je m’identifie comme noir, tout comme Alanna.  Soit.  Mais pour ceux qui m’entourent à Delmas où je vis, je suis un Blanc, tout comme les Dominicains qui construisent la rue Faustin 1er.  Je suis perçu par le peuple haïtien, et jusqu’à preuve du contraire, comme un corps étranger à lui.  Et c’est cette preuve du contraire qu’une lecture attentive du travail d’Alanna exige de nous tous, dans notre pratique de chercheur.  Je ne peux m’empêcher de réaliser combien cette preuve est difficile à faire.  Et si je n’arrive pas à la faire, cette preuve du contraire, comment prétendrais-je participer à la Révolution que fera le peuple souverain et lui seul ?  Si je n’accepte de travailler sur cette cruelle réalité, comment participer à la transformation de ces règles du jeu qui blessent toutes mes valeurs.

Je veux dire que les interviews d’Alanna de ce côté de la frontière n’arrivent pas à cerner comment, dans le quotidien, ce peuple parvient à « ravir au gouvernement inhumain qui tient depuis longtemps ses esprits dans la torpeur la plus humiliante, tout espoir de le réasservir » ; comment il fait pour « vivre indépendant ou mourir ».  Je tiens pour certain que toutes les Mirla et toutes les Ana Javier de la République d’Haïti s’arrangent pour vivre indépendantes ou mourir, malgré les chaînes qui blessent leurs chevilles.  Mais, Alanna et moi non plus n’avons pas encore percé comment elles et leurs semblables, côte à côte avec leurs sœurs dominicaines, s’imposent à leurs conditions désastreuses de vie.

La journaliste nous force à réaliser combien nous tous, chercheurs et intellectuels, nous sommes des Blancs dans ce pays d’Haïti.  Plusieurs barrières nous fragmentent et notre langue trace la ligne du partage des eaux.  Le français et l’espagnol sont deux langues impériales où s’archive le même type de mémoire.  La journaliste peut se déplacer des deux côtés de la frontière pour recueillir ses données ; mais de ce côté-ci, il lui est impossible de franchir du jour au lendemain la ligne de démarcation qui la sépare des monolingues créolophones.  Si ceci peut lui servir de consolation, je lui ajouterai que, né dans ce pays, j’ai le même problème tout simplement à un degré légèrement moindre.  Et si je m’aventurais à penser qu’une différence significative me sépare d’Alanna, ma servante me rappellerait à l’ordre avec toute sa franche candeur. 

Par le truchement de la « classe moyenne » et de ses préjugés, l’on ne peut pas découvrir la ré-existence du peuple haïtien.  La langue haïtienne demeure la source et l’archive de notre ré-existence.  Mais, la maîtrise du créole ne semble pas suffisante pour franchir la barrière qui scinde le peuple haïtien.   

Si je n’exorcise pas ma pensée du fantôme du développement qui m’indique qu’Haïti doit avancer grâce à la plantation de denrées, à la sous-traitance, au tourisme ou aux zones franches, parce que cette avenue est la seule voie que nous autorise à prendre Franklin Delano Roosevelt, mes interrogations ne déboucheront jamais sur les formes de ré-existence du peuple haïtien.  Elles dériveront de l’illusion qu’un jour les dirigeants haïtiens finiront par tomber d’accord entre eux et avec leurs contreparties dominicaines pour offrir un accueil souriant au capital étranger.  Sur ce sentier, je ne découvrirai jamais ce qui peut unir les Haïtiens et les Dominicains.  Dans l’arène des denrées d’exportation, de la sous-traitance, des zones franches et du tourisme, nous sommes des concurrents.  Avant même la collaboration, nous mettrons sur la table de négociation notre peur d’être absorbé d’une façon ou d’une autre, par notre frère bien-aimé : « ¡Ni contigo, ni sin tí ! Ni avec toi, ni sans toi ! ».  La légendaire tradition politique haïtienne de ne jamais tomber d’accord (p. 146) vient du fait qu’aucune branche de l’oligarchie n’arrive à faire taire ses partenaires.  Il convient de noter que comme Milady Mata de Vergara n’observe pas une prostitution génétique parmi les dominicaines, l’impossibilité d’un accord stable entre les Haïtiens a une sociogenèse.

Si le petit peuple est absent parce qu’inaccessible dans sa ré-existence sublime, parce que fumier transformé en or, il ne reste que le chaos permanent (p. 192), la malpropreté de l’aéroport Guy Malary (p.145), l’exquise diarrhée verbale face à une misère impensable (p. 147) et ainsi de suite…  c’est-à-dire il ne reste que cette Haïti que la presse internationale construit comme le pays le plus pauvre du monde entier, cet État failli, cette impuissance incarnée, qui aide mon voisin dominicain à ne pas se sentir démuni et indigent.

Sur cette toile de fond, la crise haïtienne demeure haitiano-haïtienne, alors qu’elle ne l’est pas.  Les questions à Gérard vont dans ce sens.  La présence de l’empire étant immuable : que va faire faire Gérard ?  Lui demander en 1994, de décrire « la nouveauté du rôle que jouera une intervention étatsunienne en Haïti » (p. 170) c’est vouloir obtenir de Toussaint Louverture, au moment où il essaie de se daïttiHHHHHHHhéfaire de Sonthonax, son sentiment sur une éventuelle force expéditionnaire métropolitaine.  Quelle que réponse qu’il donne, change les données du problème, et, qui pis est, expose l’interviewé aux flèches « des amis d’Haïti ». 

De cet angle de vision, les Haïtiens, dans leur proverbiale impossibilité de se mettre d’accord, demeurent les seuls responsables de leur misère, de leur désordre, de leur fumier.  Mais les Haïtiens dont il s’agit ne sont pas tous des associés de Franklin Delano Roosevelt, même si le petit peuple les perçoit comme des Blancs…  Leur but n’est pas de tomber d’accord avec des oligarques pour la plus grande joie de Delano Roosevelt.

Le travail d’Alanna nous montre le chemin à suivre.  Il nous faut trouver comment Dominicains et Haïtiens arrivent à transformer le fumier en or, ici et aujourd’hui.  L’apartheid dans lequel vit la population haïtienne depuis le traité de Ryswick est contré par l’érection d’une barrière culturelle doublée d’un barrage linguistique que les locuteurs des langues impériales ne peuvent pas franchir par des actes de bonne volonté, appuyés de sympathie.  La science sociale des années à venir entreprendra le diagnostic de l’étanchéité de ce mur, car sont à poindre de nouvelles couches sociales, issues de familles monolingues créolophones, mieux équipées pour exercer leur perspicacité intellectuelle sur les obstacles qu’elles rencontrent sur leur chemin.  Elles sauront avancer sur la voie signalée.  Nous, les intellectuels d’aujourd’hui, ne faisons que leur préparer le chemin.

Jean Casimir,

Delmas, le 11 décembre 2014



[1]
                        [1]                      Santo Domingo, Editorial Santuario, 2014

[2]
                        [2]                      Baron de Vastey, Essai sur Les Causes de la Révolution et des Guerres Civiles d’Hayti, Faisant suite aux Réflexions Politiques sur Quelques Ouvrages et Journaux Français, Concernant Hayiti, Sans-Souci, Imprimerie Royale, 1819, p.136