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Moisés Simons, l'auteur d’El manisero
Par Senén Suárez Hernández Traduit par Alain de Cullant
El manisero, une des chansons cubaines les plus connues dans le monde.

J’ai toujours voulu connaître certains faits de la vie de Moisés Simons, l'auteur d’El manisero, une des chansons cubaines les plus connues dans le monde, surtout pour être très simple, car deux accords sont seulement employés pour l’interpréter « Tonique et dominante ».

Moisés Simons est né à La Havane le 24 août 1889. À l'âge de cinq ans son père, le musicien espagnol Leandro Simón, le pousse à étudier le piano, quatre ans plus tard il est l’organiste de l'église du quartier de Jesús Maria et maître de chapelle de celle du Pilar.

Six ans plus tard, à quinze ans, il commence à donner des classes avec les maestros Telleria, Carnicer, Palau et Mauri. Avec un peu plus de connaissance du piano et de la musique en général il rejoint l'orchestre du célèbre théâtre Martí en tant que chef d'orchestre pour diriger une zarzuela. Et, avec une compagnie espagnole, il réalise des tournées à Porto Rico, au Mexique et en Amérique Centrale.

En tant que membre du théâtre Martí, le plus célèbre de Cuba à ce moment-là, il peut diriger les premières de nombreuses zarzuelas, revues musicales et comédies lyriques, aussi bien écrites par lui que d'autres auteurs. Il réalise également des études approfondies du rythme folklorique cubain et il est critique musical dans des journaux et des revues.

Dans les années 1920, Simons est reconnu comme compositeur, pianiste et chef de grands orchestres. Il créé des œuvres telles que Revista de 1914 ou El pescador de corales. Il compose aussi l'opérette Deuda de amor, dont la première est interprétée par la diva Esperanza Iris. Toutefois, cet éminent musicien, qui a été appelé « l’enfant prodige », se déroule en créant des œuvres de tous les courants de la musique cubaine, une musique qu’il a dans le sang, et il compose Serenata cubana, ¿Qué es el danzón Palmira?", Lamento negroide ou Vacúnala

Dans les années trente du XXe siècle, Simons est appelé pour diriger un jazz-band, et il monte des danzones dans le répertoire. C’est durant ces années qu’il se rend à New York, en revenant de ce voyage, qu'il estime d'exploration, selon les dires de Robreño, il était assis dans le café situé dans la rue havanaise de San José et c’est à ce moment qu’il est visité par la muse en voyant passer des Chinois vendant des cacahuètes et, sur une serviette de table, il a écrit El manicero. Quelques jours plus tard il présentait cette chanson dans le théâtre Molino Rojo, dans le cadre d'une revue musicale. (Il existe d'autres versions de cette histoire)

Rita Montaner a enregistré presque toutes les œuvres du célèbre compositeur entre les années 1927 et 1928. Cependant, parmi l'immense création réalisée par le grand musicien qu’était Simons, son plus grand succès fut El Manicero. Il s’agit d’un son-pregón dont la première version a été enregistrée par Rita Montaner en 1928 et qui apparaît dans le film El romance del palmar, accompagné par l'orchestre Hermanas Álvarez.

Un autre grand de la  musique populaire cubaine a été Antonio Machín qui, avec l'orchestre de Don Aspiazu, a enregistré l’œuvre déjà très populaire à New York en 1930, dans le disque Columbia.

Lors de ces années et de celles qui ont suivies, El manicero a été la création folklorique cubaine la plus populaire à Cuba, aux États-Unis et, postérieurement, sous toutes les latitudes.

C’est Rita Montaner qui l’a popularisée en France, consolidant son succès au niveau international. La chanson de Simons est arrivée au cinéma, interprétée par l'orchestre Cuban Love Song et elle est également enregistrée par le célèbre ténor italien Tito Schipa en 1933. C'est pour cette raison qu’El manicero est devenu un classique du répertoire populaire international. En 1930, Moisés Simons va en Espagne pour la première de la zarzuela Niña Mersé et il se rend à Paris. Déjà à cette époque sa chanson avait produit une bonne quantité de revenu dans la Société des Auteurs Français.

Le grand maestro est retourné dans son pays natal qui se trouvait sous le joug d’une féroce tyrannie et il décide de revenir en France où il est admiré et demandé. Mais le maestro ne repose pas, il commence à écrire des revues musicales à partir de l'année 1934, comme Toi c´est moi, Le chant des tropiques et plusieurs autres œuvres chantées par Mistinguett, Tino Rossi, Raquel Meffer.

Un grand nombre de ses œuvres sont aussi popularisées par l’orchestre Lecuona Cuban Boys, comme Cubanakán, Yamba-O, Colibrí ou, Danza del fuego, etc. Selon les historiens de l'époque et d'autres bien informés comme le talentueux Días Ayala, le véritable nom de ce musicien était Moisés Simón Rodríguez, mais suite à la demande d’un impresario il l’a changé pour le nom de Simons. Il faut signaler qu’il a eu de grands problèmes durant les années du nazisme en France, car ce nom était considéré d’origine juive et il a été détenu un certain temps.

Le maestro retourne dans son pays natal où il reste un an puis il se rend en Espagne où il est attendu par la célèbre chanteuse Imperio Argentina, pour qui Simons a écrit la musique de ses films Bambú et Cecilia Gómez, et des arrangements de l’œuvre Hoy como ayer.

Parmi d’autres créations de Simons se trouvent la célèbre œuvre lyrique Marta, d’autre du genre afro-cubain comme Patricia y mondongo, Priquitin, priquipón, la guaracha Chivo que rompe tambo, ainsi que Suena  guarachita suena, ¿Que es el danzón?, A llorar a llorar, La negra Quirina, Paso ñañigo, Rumba guajira…

Moisés Simons est décédé le 28 juin 1945 en Espagne, à Madrid, à l'âge de 55 ans.

Bibliographie

Días Ayala Cristóbal,  FUNDACIÓN MUSICALIA

Orovio Helio, DICCIONARIO DE LA  MUSICA  CUBANA, maison d’édition Letras Cubanas, La Havane, Cuba 1981