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Eduardo Muñoz Bach : un sceau caractéristique
Par Mireya Castañeda Traduit par Alain de Cullant
Eduardo Muñoz Bach est un nom indispensable pour l'affiche cubaine.
Illustration par : Eduardo Muñoz Bachs

Eduardo Muñoz Bach est un nom indispensable pour l'affiche cubaine. Les amants du cinéma savent que, parfois, le souvenir d'un film arrive d'abord avec l’image de son affiche. Cela fait maintenant une décennie que ce maître du dessin nous a quitté, mais son œuvre importante l’a inclus dans le panthéon des inoubliables.

 

Muñoz Bach (Valence, Espagne, 1937 – La Havane, Cuba, 2001) en plus de dessinateur, a été peintre, illustrateur et dessinateur graphique. On peut affirmer que son travail le plus significatif est lié au septième art. Il a appartenu au groupe qui a créé le Département d’Animation et des Affiches de l'Institut Cubain de l'Art et de l'Industrie Cinématographique (ICAIC).

 

Paco Prats, important et historique producteur de 700 titres de dessins animés de l'ICAIC, nous a raconté une polémique sur l'année de création des Studios d'Animation. Pour moi c’est très clair. Je dis que le Département de dessins animés a commencé en 1959, dirigé par Jesús de Armas, un plasticien qui était passé par Hollywood, et qui s’est uni avec quelques autres, entre eux Pepe Reyes ; Wichy Nogueras, qui s'est converti en un admirable écrivain ; Pepín Rodriguez, spécialiste des trucages ; Raúl Pérez Ureta ; Tulio Raggi, et l’excellent illustrateur Eduardo Muñoz Bach.

 

Eduardo Muñoz Bach fait partie du groupe dans lequel se trouvent Rafael Morante, Julio Eloy, Rostgaard, Antonio Fernández Reboiro, Héctor Villaverde, René Azcuy et Antonio Pérez, Ñiko. Une constellation qui a porté le dessin cubain vers la reconnaissance internationale, spécialement avec Muñoz Bach.

 

Ses affiches pour le cinéma ont un sceau personnel, caractéristique, on parle par exemple de sa riche iconographie ou de l'utilisation d’une gamme chromatique réduite, que lui ont fait gagner de nombreux prix dans d'importants festivals de cinéma : en Allemagne, Leipzig (1967) ; dans le Concours International des Affiches de Cinéma, Ottawa (1972) ; le Prix du Mérite du Concours International des Affiches de Cinéma du Festival de Cannes (1973) ; le Grand Prix International des Affiches de Cinéma du Premier Festival International Cinématographique, Paris (1975) ; les premiers et troisièmes Prix du Concours d’Hollywood Report (1978 et 1984). À Cuba, il a obtenu le Prix Spécial du Ministère de la Culture pour l'ensemble de son œuvre en 1982 ; le Prix pour l'artiste le plus renommé des Arts Plastiques de l'Union des Ecrivains et des Artistes de Cuba (UNEAC) en 1986 et le prix Corail du Festival du Nouveau Cinéma Latino-américain de La Havane en 1979, 1981, 1983, 1984, 1986 et 1988.

 

L'histoire d’Eduardo Muñoz Bach avec le cinéma cubain a commencé rien de moins qu'avec l'affiche pour le film Historias de la Revolución (1960), de Tomás Gutiérrez Alea.

 

Un de ses collègues, le dessinateur Héctor Villaverde a eu à sa charge la présentation de l'Exposition « Les Affiches de Bachs » en novembre 2000 dans la ville de Xalapa au Mexique, disant : Curieusement dans cette première affiche de Bachs, qu’il a réalisé à la demande de Tomás Gutiérrez Alea, l'auteur utilise une photo en noir et blanc d'une scène du film imprimée en offset, une chose qu'il ne répétera jamais dans sa production d’affiche.

 

Eduardo Muñoz Bach va à la recherche de son sceau, et il l'obtient. Le dessinateur a spécifié sa méthode de travail à un autre journaliste qui a eu la chance de l'interviewer : Une fois que j’ai vu le film, je cherche une idée, je fais des simples et petits croquis de deux pouces plus ou moins, et si l’un me plait je le matérialise directement. Ainsi, le dessin s'avère spontané, plus libre.

 

La résultante est, aux dires de Villaverde, un style plus éloigné du réalisme photographique que nous pouvons imaginer, son utilisation personnelle de la couleur empêche toutes les possibilités que permet la sérigraphie.

 

La façon dont Muñoz Bach reflète le film se écarte de l'affiche réaliste et commerciale qui prédominait à Cuba dans les années cinquante et il nous offre sa propre réinterprétation du film et, finalement, sa nouvelle version pleine d’enchantement et de fantaisie.

 

L’empreinte personnelle que Muñoz Bachs a laissée a permis que le mouvement de l'affiche cubaine trouve, peu à peu, une place privilégiée au niveau mondial.

 

La magnifique œuvre de Muñoz Bach fait partie de l'histoire de l'affiche du cinéma cubain, latino-américain et universel. Pour le prouver, l’exposition/hommage « Bachs, croquis et affiches », organisée pendant le Festival de Cinéma de La Havane en décembre 2010 est suffisant. Cet hommage dans le Pavillon Cuba a proposé 72 de ses affiches offrant un panorama suffisamment intégral de son travail. On ne pouvait pas offrir une exposition comptant toute son œuvre, impossible pour sa dimension et sa multiplicité. L'exposition a inclus des affiches réalisées pour des films hongrois, russes, espagnols, anglais, italiens, japonais ou mexicains. L'artiste capte l'essence de chaque film dans ses œuvres, mais, comme on disait en son temps, elles sont faite à la cubaine, et maintenant il faudrait ajouté à la Muñoz Bach.

 

Ce fut un dessinateur prolifique, sa production est impressionnante au point de signer plus de 2000 affiches. Avec raison, il a été considéré le plus important artiste de l’affiche cubaine. Évidemment, il ne s'agit pas seulement de quantités. C'est la qualité qui domine dans son œuvre, un style parfaitement reconnaissable.

 

Son sceau est particulier, original, avec des caractéristiques précises et, aussi, avec grâce et humour.

 

Eduardo Muñoz Bach a été un créateur singulier qui a eu le don de communiquer. Au-delà de son travail pour le cinéma, il y a aussi ses illustrations pour de nombreux livres infantiles.

 

Dans une entrevue accordée à son fils Fabian, l'artiste a affirmé : « C’est une possibilité d'étendre toute ma force imaginative, toutes mes habilités plastiques. Ma création comme créateur d’affiche part d'une essence des idées qui requiert une image synthétique à laquelle on arrive au moyen d’une dépuration. Illustrer un livre pour les enfants représente une libération artistique qui m'exige un débordement d'idées ; il m'invite à me comparer avec la fantaisie de l’enfant.

 

C’est certainement pour cette raison que la critique signale que l’on respire une dose d'ingénuité, fondue avec un humour et une satire intelligente, dans ces illustrations.

 

Eduardo Muñoz Bach nous a laissé des œuvres inoubliables : Historias de la Revolución, Por primera vez, Cría cuervos, Niños desaparecidos, où l’on peut apprécier pleinement son sceau particulier, à la fois direct et très élaboré, méticuleux et monumental, celui qui l'a converti en une légende de l'affiche cubaine.