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Víctor Blancart Frómeta, un sceau à Baracoa
Par Pedro Quiroga Jiménez Traduit par Alain de Cullant
Víctor Blancart Frómeta est une icône de Baracoa et le témoignage vivant de l’empreinte hispano-française dans cet endroit de l'extrémité nord-est de l'Île.
Illustration par : Eduardo Muñoz Bachs

Sa remarquable similitude physique avec Christophe Colomb lui a valu le premier rôle d’un documentaire sur l'arrivée de l'Amiral à Baracoa en 1990. Il y a plus de quatre décennies qu’il se dédie à la peinture de manière autodidacte, spécialement au paysagisme naïf ou ingénu avec des symboles emblématiques de sa région natale : le Yunque, la baie de Porto Santo, le Palmier Royal, le bohío, les rivières et les montagnes qui embellissent la région.

 

Víctor Blancart Frómeta est une icône de Baracoa et le témoignage vivant de l’empreinte hispano-française dans cet endroit de l'extrémité nord-est de l'Île. Il possède deux licences : une en Histoire et une en Droit, de là, peut-être, son parler pausé et son regard serein, transmetteurs de cette humilité qui l'a rendu grand et important dans le monde de la plastique.

 

Généralement, on peut le voir vers midi sous les vastes colonnades de la Maison de la Culture municipale, conversant avec des disciples et des passants, surtout pour promouvoir son art très original, authentique et émouvant.

 

Dans une sorte de vertu aléatoire, il ferme le poing de sa main gauche et, avec une position de la main que lui seul parvient à accommoder, projette sur n’importe quelle surface plate la silhouette géographique de Cuba avec l’aide des rayons solaires.

 

Víctor Blancart Frómeta s’est adonné a la peinture quand il avait à peine six ans, convaincu que l'huile et la toile suffisaient pour concrétiser son débit créatif en images. Toutefois, en recherche d'originalité, il a découvert le yagua (tissus fibreux enveloppant la partie le plus tendre du palmier royal) comme support et, jusqu'à présent, c'est le seul peintre cubain qui utilise le yagua pour la haute valeur esthétique et sentimentale que représente l'arbre national.

 

C’est un travail difficile sur un relief de fibre végétale, irrégulière et fragile qui requiert, en outre, un traitement avec un fluide d'aloès pour obtenir une sorte de tannage qui évite sa décomposition. C’est aussi un autre défi pour lui de peindre sur des supports aussi incroyables qu'une feuille de vigne ou une pierre de rivière car, selon ses dires « il n'y a pas de relief champêtre pour la peinture ».

 

Víctor Blancart Frómeta est devenu miniaturiste dans son souci de recherche. Les visiteurs du mondialement célèbre Musée du Louvre, à Paris, peuvent apprécier parmi diverses curiosités un de ses tableaux sur yagua, d’à peine d'un centimètre de diamètre, avec un paysage de Baracoa.

 

Il assure, et le démontre devant le doute, que sur un billet de 20 pesos cubains entrent un nombre égal de miniatures sur yagua, alors que sur une pièce d’un peso il y a assez d’espace pour quatre miniatures d'un demi centimètre ; avec ces dernières, au mois de février, il a battu son record de dimension. 

 

La peinture de Blancart motive une acceptation immédiate pour les couleurs vivantes qu'il imprime à ses paysages. Son monde reflète la Baracoa traditionnelle et profonde, celle du paysan autochtone qui perpétue ses coutumes malgré l'influence des signes contemporains. Il fait allusion à la protection de l'environnement et à la préservation des éléments identitaires propres de la communauté dans laquelle il vit.

 

Sa vocation altruiste l'a conduit, il y a un peu plus d'une décennie, à fonder la galerie « Colores de Libertad » (Couleurs de Liberté), un projet communautaire, chez lui, où tous les peintres du territoire exhibent leurs travaux et qui sont ensuite exposés dans leurs quartiers respectifs.

 

Víctor Blancart soutient quatre élèves qui recevront bientôt leur diplôme de l'académie. Parmi ses satisfactions pédagogiques se soulignent huit jeunes qui travaillent déjà dans la promotion culturelle de leurs localités comme professionnels. Sur le plan personnel, dans chaque oeuvre il évoque le créole qui l’entoure en sachant qu’au-delà des avatars et du passage inexorable du temps, le sceau de son empreinte restera.