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Miguel de Carrión : Être ou ne pas être
Par Josefina Ortega Traduit par Alain de Cullant
Miguel de Carrión est inscrit aujourd'hui au sein de la culture nationale comme l'un des écrivains essentiels de la littérature cubaine.
Illustration par : René Portocarrero

À sa mort, lors de l’après-midi du 30 juillet 1929, l’intellectuel cubain Jorge Mañach a écrit « … je ne dirai pas que sa mort a provoqué une grande perte pour les lettres nationales, car cette perte - sans doute considérable – datait d'avant : elle venait lamentablement depuis que (...), hanté par la terrible paresse et par l’encore plus terrible activité acquisitive que le tropique produit, il a renoncer à faire pleinement et énergiquement emploi des admirables facultés avec lesquelles il est apparu dans le roman cubain … »

Il dit de lui qu’il a été un « feuilletoniste à contre-poil, sans aucune intention » (de l’être), un « puriste », et que son naturalisme entrait dans le tracé ingénu de son objectivisme impersonnel.

D'autres considéraient qu'il n'avait pas lu suffisamment les grands classiques et qu'il s’était trop fixé sur des auteurs ayant peu de valeur comme Vargas Vilas.

« Dire que Las Impuras soit un grand roman est un manque de respect envers les grands romans » écrivait Calvert Casey.

Mais pour la plupart des érudits littéraires il était le romancier le plus intéressant de sa génération – Carlos Loveira… Jésus Castellanos … Miguel Angel de La Torre… -. Le propre Calvert assurait que « l'exposition brute et l'analyse qu’il faisait involontairement (…) du phénomène social du relâchement, du principe aigu de plaisir qui a motivé plusieurs générations, convertissent Las Impuras en un document sociologique d'intérêt permanent si ses mérites littéraires ne suffisaient pas ».

Mais de toute façon, Miguel de Carrión est inscrit aujourd'hui au sein de la culture nationale comme l'un des écrivains essentiels de la littérature cubaine.

Il suffit de lire sa documentation – romans et contes -, son journalisme d'opinion, ses travaux scientifiques en médecine et ses critères pédagogiques, pour comprendre les jugements qu’il provoquait. 

Ses textes pédagogiques et ses études rénales ont montré un homme dédié à la science avec conscience. Ses nombreux articles d'opinion dans la presse nationale dénotaient un observateur aigu très informé, parfois pas si bien informé et de nombreuses fois contradictoire.

Voyons quelques échantillons pris dans différents ouvrages : « … Nous n’arriverons jamais à satisfaire tous les nécessiteux qui crient car ils ont faim et que le pays maintient, dans sa propagande amère, dans un état d’angoisse perpétuelle, en particulier les classes productives » … « Notre patrie a été une usine au service des étrangers »… « Pour nous obliger à vivre dans l’ordre il est nécessaire d’enchaîner les puissants instincts dissolvants qui existent parmi nous et de faire que les lois agissent plus comme des règles de justices que comme des appareils orthopédiques. Il est nécessaire de prévenir le parasitisme social d'une classe, non pas par la persuasion… mais par la violence judicieusement dirigée ».

Miguel de Carrión y Cardenas est né à La Havane le 9 avril 1875, selon son acta de baptême dans l'église de Monserrate, fils d'un avocat des tribunaux de la nation et petit-fils d'un chevalier de l'Ordre Royal de Carlos III ; il a eu une vie intense, marquée par les études – et l’exercice – dans l’enseignement jusqu'à la fin de sa vie – de la carrière de médecine, l’ardent dévouement au journalisme et la non moins intense activité dans la littérature.

Ses romans Las Honradas (1917) et surtout Las Impuras (1919) ont été sans aucune doute ses deux grandes réalisations artistiques les plus appréciées.

Salvador Bueno a écrit à son sujet : « Quand l’œuvre de Carrión sera certainement placée on la considèrera comme un témoignage douloureux et sombre, mais fortement fidèle d'une étape de l'histoire de Cuba, d'une période de transition qui, sans avoir atteint le climax, permet de voir quelques signes d'amélioration et d'espoir ».