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Baracoa, le joyau antillais
Par Eusebio Leal Spengler Traduit par Alain de Cullant
Les Caraïbes ont été le lieu de rencontre, et comme cette autre Méditerranée, un lieu de fusions, de passions et un lieu de débats.
Illustration par : Eduardo Muñoz Bachs

Il y a cinq siècles, Baracoa est apparue à l'histoire ; ou plutôt Nuestra Señora de la Asunción est née.

 

Baracoa existait déjà ; c’était la terre des Indiens, et la terre du débarquement – en premier terme, par la côte orientale – des peuples qui, provenant des hautes Andes comme cela a été démontré, ont descendu tous les niveaux des montagnes pour arriver à la côte de l'actuel Venezuela et, ensuite, en sautant par ce collier d'îles, ils se sont approchés par ce qui a été appelé les Petites et les Grandes Antilles, conforme à la définition que le sage Toscan Paolo del Pozo avait donnée à Christophe Colomb selon l'ancien concept qu’au-delà des colonnes du monde connu existait une Antille admirable, une Antille qui a donné son nom aux notre.

 

Les îles des Caraïbes sont toutes aussi magiques, sans aucun doute, que cette primitive, dorée et disparue Antille. Aujourd’hui les îles conservent leur identité, l'identité premièrement, comme celle qui, comme résultat du grand débat dans lequel on a converti les Caraïbes en Nouvelle Méditerranée Américaine, sont devenues des empires d'autres langues, d'autres cultures et d’autres civilisations.

 

De toute façon, les Caraïbes ont été le lieu de rencontre, et comme cette autre Méditerranée, un lieu de fusions, de passions et un lieu de débats.

 

Il nous reste donc une admirable architecture dans les Grandes Antilles, à l'exception de la partie de l'Île Española qu'occupe la République d’Haïti, dont le destin glorieux en Amérique n'a pas pu être éclipsé ni par le grand ouragan, ni par le séisme terrible, ni par les grands avatars de son histoire. Je me rappelle qu'une de mes grandes émotions en visitant l'Île (Española) a été de contempler cette architecture en bois, précieusement décorée, préservée avec soins par ses propriétaires qui en étaient fiers. Je ne sais pas quel destin leur a réservé le destin – pardonnez la redondance– avec ces grands mouvements telluriques, mais il est certain que nous avons été les dépositaires de cette histoire et de cette interprétation.

 

Quand les conquérants castillans sont arrivés dans l'orient de Cuba, accomplissant le mandat du Comendador de Lares, Bailli de l'Ordre, Gouverneur et Vice-roi de Santo Domingo, aujourd'hui enterré dans une église abandonnée près de Cáceres et très proche au Pont Romain, Nicolás de Obando a décidé, premièrement, de mettre fin à la légende que le dernier voyage de Colomb avait converti Cuba en une partie d'un continent inhospitalier, et non en île, comme il l’avait d’abord imaginé. 

 

Le débarquement a signifié la naissance des sept villes qui font partie aujourd'hui du Patrimoine National et une partie de la mémoire de l'Espagne en Amérique, et de notre mémoire. Il est significatif qu'elles aient été établies dans les sites où les Tainos avaient leurs villages pour la première fois.

 

C’est ici, à Baracoa, terre indienne, à la vue d’El Yunque - qui ressembles plus à une œuvre de l’homme qu’à celle de la nature pour la beauté de la coupe de cette montagne –, où Nuestra Señora de la Asunción a été fondée et, à partir de là, San Salvador del Bayamo, Santiago de Cuba – le second Santiago d’Amérique ; le premier étant à Santo Domingo, dans l'Española-, et ainsi de suite jusqu'à San Cristóbal de La Habana.

 

Trois villes, trois villes fondées, trois campements ont conservé leur nom, le nom apostolique de l'expédition conquérante : Santiago Apostol, qui pesait autant que la bataille livrée jusqu'en 1492 pour consolider le pouvoir royal sur les terres musulmanes d’Espagne, occupées par les musulmans depuis l'année 711 de notre Ère.

 

Le deuxième nom : la Santísima Trinidad de Cuba, car c’était une invocation trop puissante d’être accompagnée par un autre nom ainsi que celui du Espíritu Santo.

 

De cette façon, Sancti Spíritus, Trinidad et Santiago de Cuba ont été des nouveaux noms, mais sur des cacicazgos et des terres indiennes, alors Baracoa, Bayamo, Camagüey – appelée Santa María del Puerto del Príncipe – et même La Habana, d’après le nom du chef Habaguanex, ont conservé leur nom en y ajoutant la nouvelle définition.

 

 

C’est alors qu’a surgi cette admirable architecture jamais imaginée, qui a été le refuge du conquérant. Ce fut le bohío, ce furent les caneyes, ce furent les barbacoas que l’on voit avec étonnement quand on arrive dans ces grandes maisons abandonnées et que l’on tente de trouver ses occupants, qui se sont enfuis.

 

C’est dans ce port de mer et lors de l’arrivée sur les côtes de l'orient cubain, sur les terres de l’actuelle province d’Holguín, où Colomb a fait ses assimilations culturelles imaginées.

 

Pour lui, cela ressemble à la Peña de los Enamorados, près de Séville. Cela lui rappelle les marguerites et les voiliers en Andalousie, en été. Et tout cela est une vision, et tout cela est aussi une poésie ; et de cette poésie et de cette vision s'est perpétuée une symbiose culturelle architectonique qui est, précisément, ce que la Chaire (Gonzalo de Cárdenas, adjointe au Bureau de l'Historien de La Havane) défend, en essayant que la nécessité de moderniser, le désir de prospérer, soit compatible sans condamner quelqu'un à vivre dans le néolithique pour notre plaisir, mais que le nouveau et le notre soient conservés comme une partie du nouveau et du futur.