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Le carnaval des Caraïbes, le carnaval de la Guyane, une fusion des identités
Par Julia Mirabal Traduit par Alain de Cullant
Les témoignages de Jane Cordeiro de Souza , une femme simple, née à Cayenne, en Guyane Française.
Illustration par : Serlián Barreto

Jane Cordeiro de Souza est une femme simple, née à Cayenne, en Guyane Française, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 12 ans. Plus tard, elle est devenue professeur, elle est partie et, des ans plus, elle est revenue dans son pays natal.

Pour elle...

« Une définition de la femme est difficile. La femme est le tout. Elle joue de nombreux rôles. Elle est la mère. La pensée. Elle fait l'homme. L’essentiel est qu'elle est complète. C'est ainsi que je le vois ».

Quand elle est revenue...

« J'ai essayé de m'intégrer, de trouver ma place.

Quand on s’en va et que l’on reste longtemps à l'extérieur, l’analyse que l’on fait est vraiment différente.

Il faut ouvrir les yeux, essayer de vivre, dans mon cas, il s’agissait de comprendre la Guyane où je suis née ».

La Guyane Française, un territoire français d'outre-mer, est connue pour sa dense forêt équatoriale, ainsi que pour la base militaire de Kourou et pour ses carnavals, des moments lors desquels on peut apprécier la diversité culturelle et de la fusion des identités comme dans d'autres pays de la région. Près de deux mille personnes participent aux défilés et aux fêtes.

Il y a des communautés amérindiennes, brésiliennes, haïtiennes, les Noirs marrones, les Hmong, les Asiatique, les Créoles… Dans ce territoire vivent plus de cent quatre-vingt mille personnes, principalement dans la zone côtière car l'arrière-pays est densément boisé.

Selon Jane…

« Quand on parle du Carnaval de Guyane, on parle de deux aspects. D'une part, du carnaval des dimanches, qui sont de tous les groupes de Cayenne, les communautés brésiliennes, haïtiennes et, d'autre part, le carnaval guyanais, le samedi soir. Le grand bal.

Le moment le plus attendu : le défilé de Madame Touloulou. C'est une femme masquée dont on respecte l'anonymat. Elle est masquée de la tête aux pieds. Elle ne se découvre jamais. C'est un mystère. J'ai essayé de me renseigner sur le costume.

On parle de traditions, mais elles viennent de quelque part.

J'ai cherché et j’ai découvert qu’elles ne viennent pas de l'esclavage. Les colons, la plupart européens, avaient certaines traditions. Les masques n'étaient pas obligatoires en cette époque.

D’autre part, les esclaves dansaient le casecó. Ensuite, avec l'abolition de l'esclavage, les deux aspects se sont fusionnés.

C'est une longue histoire qui comprend beaucoup de choses. Comme ma mère me disait, être Touloulou n'était pas bien vu par l'église et par une partie de la population. On croyait que les Touloulou avait de mauvaises façons de vie. C’étaient les faiblesses de la bourgeoisie.

C’est pour cette raison, que même aujourd’hui, quand tu demandes à une femme : « Tu vas danser ce soir ? » Elle tente d'échapper à la réponse, pour éviter les qualificatifs, les commentaires…

Quand je voyais ma mère se vêtir, je me disais « je voudrai danser aussi. Être également une Touloulou. C’était quelque chose d’incontrôlable. Malheureusement, j'ai dû attendre 34 ans pour y aller avec ma mère.

Elle m'a demandé, 10 ou 15 jours avant, si je voulais être Touloulou et je lui ai demandé « C’est comment ? »… C'était un grand mystère…

Tu t’habilles… Il y a beaucoup de choses à faire… Choisir les couleurs… J'ai ri et je me suis dit : ce n'est pas possible. Et, aussi, il y avait la peur d'être reconnue.

Je suis allée à la maison de ma mère, j'ai senti la chaleur… Je n’étais pas habituée à danser masquée des pieds à la tête.

Quand on parle de Touloulou, il faut expliquer ce que l’on fait, comment on se prépare, avant la préparation, le bal…

Les femmes choisissent leurs tissus et, si elles ont la possibilité de voyager, elles les apportent du Brésil, du Suriname… Elles apportent les tissus pouvant être utilisés.

Une fois que le vêtement est fait, lors de la nuit du samedi il y a une préparation traditionnelle que tu peux suivre ou pas ».

Lors des festivités du carnaval, on dit que seulement les « touloulous » ont le droit de danser et de demander une danse à un homme. Quand une femme commune s’incorpore au bal, l’orchestre arrête de jouer.

« Le meilleur de la tradition est la soupe que l’on boit. Elle est faite avec des légumes, un jarret de bœuf… c’est une soupe consistant, comme pour ne pas manger de la nuit. Toutes en prennent et toutes se vêtent. Certaines se vêtent et partent. Certaines s’en vont dans les voitures des autres pour ne pas être reconnues.

Lorsque les femmes sont mariées, elles s’habillent chez des amies ou parfois chez elles car leur mari ne connaît pas le vêtement de son épouse.

Rien n’arrive par hasard dans la vie. Je ne peux pas dire que mon chemin était fait. J'ai reçu des coups et je me suis relevée.

Je crois en l'amour, c'est un message, c’est important.

J'ai deux enfants, je leur apprends ne pas avoir peur. Je les remercie d’être et tout ce qu’ils n’ont apporté et qu’ils m’aiment.

J'ai vécu beaucoup de choses, ce n'a pas été facile. Il faut s’intégrer ; parfois changer le système des valeurs, se placer dans l'environnement. Ne pas penser comme en France, être ici et juger qu'il y a des choses qui peuvent te choquer dans un autre contexte.

Mais avant tout, la Guyane est ma Guyane. »