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Glauber à La Havane. L’amour et d’autres obsessions
Par Jaime Sarusky Traduit par Alain de Cullant
Le Cinema Nôvo, l’expression d'un phénomène d’une grande force au Brésil, qui mélange la musique, la peinture, la littérature, la poésie, contrairement à d'autres courants, ne préconisait pas de schémas.
Illustration par : Eduardo Muñoz Bachs

Le protagoniste fait face à la dictature militaire imposée au Brésil à partir de 1964, et comme échantillon de rejet à cet état de force, Glauber Rocha opte pour l'exile. Après avoir pérégriner par plusieurs pays, il arrive à Cuba en 1971, précédé par le succès de ses premiers films et de l'auréole d'être la figure centrale du mouvement du Cinema Nôvo en Amérique Latine. Il restera dans l'Île jusqu'en 1972, et là il rencontrera l'amour, parmi d'autres obsessions.

 

Jaime Sarusky, dans cette sorte de roman-témoignage, essaye de reconstruire cette étape à peine connue de la vie du célèbre cinéaste dans un moment très particulier de la culture cubaine. En utilisant les ressources documentaires et la fiction narrative, et comme fil conducteur le personnage de Joäo Janeriro, un journaliste brésilien qui voyage à La Havane pour étudier les histoires de Glauber dans cette ville. Sarusky place les pièces d'une personnalité qui se meut entre deux extrêmes ; celui d'un artiste qui révolutionne le langage cinématographique de son époque et, à la fois, celui de l'homme incapable de surpasser les traces physiques et psychologiques que cette même époque a gravées en lui.

 

Daniel Garcia Santos

Éditeur

Note de la contre couverture

 

Glauber à La Havane. L’amour et d’autres obsessions

 

Fragments du roman

 

Pour certains critiques et spécialistes, l’œuvre de Glauber transcende, non seulement pour ce qu’elle a pu revendiquer pour son identité, mais pour se plonger dans la culture populaire, dans les mythes, et dans un sujet aussi sensible, et à la fois scabreux, que le pouvoir. En outre, elle offre une complexe perspective de relation entre l’oppresseur et l’opprimé, comme nous pouvons le voir dans Deuse e o Diablo na terra do sol (Le Dieu noir et le Diable blond) et dans Terra em transe (Terre en transe).

 

Il arrive à Cuba à un moment très controversé pour la culture cubaine et, en même temps, pour certains films du cinéma latino-américain. .

 

Pour sa vitalité, ce Cinema Nôvo parvient à articuler un langage qui implique un ensemble d’auteurs et d’œuvres qui enrichissent les valeurs de l'expression artistique et de l'imagination ; un cinéma nouveau comme concept et pour la façon de dire les choses. On a dit que ce mouvement n’a pas eu de succès parce qu’il n'avait pas un caractère populaire pour le public. Il s’agissait, sans aucun doute, d'une rupture dans la cinématographie internationale.

 

Le Cinema Nôvo, l’expression d'un phénomène d’une grande force au Brésil, qui mélange la musique, la peinture, la littérature, la poésie, contrairement à d'autres courants, ne préconisait pas de schémas, ne croyait pas en une façon spécifique de faire du cinéma. Il était plus intéressé à trouver le point de communion avec d'autres cinématographies du continent.

 

Il s'agissait d'un cinéma très compliqué. Il s'avérerait très difficile de le comprendre dans sa totalité pour un spectateur commun. Non seulement parce qu'il se référait à une réalité inconnue pour certains, mais parce que ses œuvres reflétaient aussi la complexité de la culture et de la société du Brésil. Glauber, en plus, introduisait sa pensée, ses idées, parfois brumeuses, dans ses films. Bien que son œuvre cinématographique soit de caractère politique, elle ne coïncidait pas avec ce qu'il était traditionnellement connu de ce genre. Jusqu'à quel point était-il victime de son concept particulier de peuple, de peuple opprimé ? C’était le plus évident dans un de ses films les plus polémiques, rejeté par beaucoup, considéré par d'autres comme d'exception : L'âge de la terre. Il faut regarder chacun de ses films à la loupe et s'arrêter sur le canevas de tous ces éléments : le thème de la religion, de la culture populaire, des mythes.

 

(…)

 

On remarquait son attachement à ces croyances imprégnées par le poids des orishas. Je ne rejette pas l'opinion de ceux qui soutiennent que Glauber cherchait, à Cuba, les éléments qui pourraient le connecter avec le monde de la magie, du fantastique, avec les codes les plus proches à son imagerie. Il allait où il pouvait le sentir. C’est pour cela qu’il était attiré par le rituel, et il allait aux fêtes des saints pour écouter les tambours, pour écouter une certaine musique et le babalawo. Tout ce qu’il identifiait comme le plus proche du Brésil. Les grands centres religieux africains sont à Salvador de Bahia et à La Havane, et il tentait de se connecter avec eux.

 

Les Cubains et les Brésiliens connaissent les croyances des religions de l'Afrique par osmose. Certains supposaient qu’il était dévot, mais il n'y a pas de preuves irréfutables démontrant qu'il était un pratiquant de la santería.

 

Plus de une fois on l’a entendu entonner les chants, accompagné parfois par Vicente Revuelta. Assis devant une table, ils chantaient sans vocaliser le texte.

 

En d'autres occasions il les improvisait et il s’exaltait chaque fois plus, comme celui qui tombe en transe au cours d'une cérémonie religieuse. Ou il émettait des phrases onomatopéiques associées aux cérémonials, qui avaient pour eux une grande portée émotionnelle, qui était quelque chose de distinctif, de différent aux rites afro-cubains. Surtout parce que la musique était absente. Cela ne l’intéressait pas qu'elle le soit. Il transmettait simplement des sons gutturaux et des vocalises à pleine voix qu’il projetait, debout, vers l'extérieur, devant la fenêtre ouverte de ce premier étage. Il commençait assis mais ensuite il s’incorporait et tournait, il faisait des tours alors qu’il émettait les bruits, en chantant.

 

Vicente l'accompagnait parce qu'il voyait une pratique théâtrale dans tout cela. À ce moment il dirigeait le groupe Los Doce, un des projets de théâtre expérimental les plus osés à Cuba. Il se basait sur l’exploration des possibilités corporelles, gestuelles et vocales et, dans une sorte de catharsis obtenue avec les chants et la voix, un exercice, sans autre connotation, comme le faisait Glauber.

 

Glauber en La Habana El amor y otras obsesiones

Jaime Sarusky

Maison d’édition Unión, 2010