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Juan Federico Edelmann
Par Alejo Carpentier Traduit par Alain de Cullant
Juan Federico Edelmann arrive à La Havane en 1832 et il a commencé à donner des cours à un jeune musicien, Manuel Saumell Robredo.

Le 17 juillet 1794, le compositeur alsacien Jean-Frédéric Edelmann est guillotiné à Paris à la suite d’une ténébreuse affaire, encore mal éclairée, qui l'a amené à être condamné par le tribunal révolutionnaire. Ami de Rouget de l'Isle, présent sur la célèbre toile de La Marseillaise, Edelmann a été l’auteur de quinze volumes de sonates, quatuors et concertos. Certaines de ses œuvres avaient mérité les éloges de Mozart. Ce musicien a été l'un des derniers clavecinistes européens, avant de se consacrer entièrement à l'art du nouveau pianoforte. Son fils, Jean-Fréderic, est né à Strasbourg sept mois après l'exécution. Élève du Conservatoire de Paris, il obtient un premier prix en harmonie à l'âge de dix-sept ans. À Dix-huit ans il était un pianiste reconnu. Il est très probable que la mort tragique de son père a été le mobile secret qui l’a poussé à s’expatrier pour toujours dès la fin 1815. Les Cent Jours, Waterloo l’ont fait craindre l'avènement d'une époque tourmentée, comme celle que sa mère évoquait parfois, avec une horreur légitime. Avec elle, il s'embarque pour les États-Unis, parcourant le Mexique, les Guyanes anglaise, néerlandaise et les Petites Antilles. Après plusieurs années d'une existence d’errance, Juan Federico Edelmann arrive à La Havane en 1832. Son premier concert, donné dans le Théâtre Principal, termine avec un tonnerre d'applaudissements. Très honoré flatté par l'accueil du public havanais, l'artiste décide de rester à Cuba, oubliant même tout ce qui pouvait l’attacher à l'Europe. Il a été rapidement élevé à de hautes fonctions à la direction de la Société Philharmonique de Santa Cecilia et, en 1836, il a ouvert un magasin et une maison d’édition qui sera, durant longtemps, la providence des compositeurs créoles.

Peu après son établissement à La Havane il a commencé à donner des cours à un jeune musicien, aux ressources très limitées, qui avaient acquis toutes ses connaissances d’une façon empirique, lisant, étudiant, analysant la Messe en fa de Cherubini et s’orientant avec des textes de Fétis et d’Hilarión Eslava. Ce jeune musicien était Manuel Saumell Robredo.

Extrait du livre Ese músico que llevo dentro