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La Fondation de l'UNEAC
Par Lisandro Otero Traduit par Alain de Cullant
L'année 1961 a commencé avec la rupture des relations des Etats-Unis avec Cuba, ce qui faisait présager une accentuation des antagonismes.
Illustration par : Eduardo Muñoz Bachs

L'année 1961 a commencé avec la rupture des relations des Etats-Unis avec Cuba, ce qui faisait présager une accentuation des antagonismes. Dans l'Escambray, les bandes contre-révolutionnaires étaient approvisionnées par air. Une armée de cent mille alphabétisateurs volontaires a commencé à s’organiser. Le caractère socialiste de la Révolution est déclaré le 16 avril et le jour suivant une brigade mercenaire débarquait à Playa Girón, qui sera mise en échec en trois jours. Le 6 juin est approuvée la loi de nationalisation de l'enseignement et, en décembre, le pays était déclaré territoire libre d'analphabétisme. Ce fut une année dramatique, fructueuse, émouvante. La culture était un secteur indispensable dans la réorganisation institutionnelle qui se développait. Lors de l’été 1961 on avait déjà créé l'ICAIC, la Casa de las Américas et le Conseil National de la Culture. Les 16, 23 et 30 juin 1961, les figures les plus représentatives de l'intellectualité cubaine se sont réunies avec Fidel dans la Bibliothèque Nationale pour examiner les problèmes inhérents à la création littéraire et artistique.

 

Le 30, Fidel Castro a fait un résumé des discussions, il a réalisé une analyse des inquiétudes de cette époque et on a analysé la perspective historique qui s’ouvrait devant la culture cubaine. Ce discours est connu sous le nom des Paroles aux Intellectuels. Fidel a affronté le problème principal qui flottait dans l'atmosphère, celui de la liberté de création artistique, et il s’est demandé comment la Révolution, qui transforme les conditions de travail déprimantes que souffraient les écrivains et les artistes, pourrait changer l'atmosphère créative que la Révolution avait favorisée. Fidel a affirmé que la Révolution devait aspirer que non seulement les révolutionnaires, non seulement l'avant-garde, mais tous les citoyens honnêtes marchent ensemble, qu’ils soient ou non écrivains ou artistes. La Révolution, a-t-il continué, devait comprendre ce secteur et rendre propice un espace où se manifesterait ses initiatives en s’exprimant dans la Révolution.

 

De là vient la définition la plus connue de son discours, qui s'est converti un guide pour la pratique durant les années à venir : « Ceci signifie que dans la Révolution, tout ; contre la Révolution, rien. Contre la Révolution rien, car la Révolution a aussi ses droits et le premier droit de la Révolution est le droit d'exister et face au droit de la Révolution d'être et d'exister, personne. Dans la mesure où la Révolution comprend les intérêts du peuple, dans la mesure où la Révolution signifie les intérêts de toute la nation, personne ne peut alléguer avec raison un droit contre elle. »

 

Fidel voyait avec clarté les dangers qui se profilaient dans un futur immédiat. N’importe quelle fissure dans l’unité nécessaire serait utilisée par nos antagonistes. La révolution devait survivre avant tout car le grand mouvement social était la base de tout, de la culture, du droit à une vie meilleure de notre peuple.

 

Les travaux préparatoires du Premier Congrès des Écrivains et des Artistes de Cuba, qui a eu lieu dans l'Hôtel Habana Libre, ont commencé après cette rencontre. L'UNEAC a été fondée et sa première présidence élue : Président, Nicolás Guillén ; Secrétaire de l'Organisation, Roberto Fernández Retamar ; Secrétaire des Activités Culturelles, Lisandro Otero ; Secrétaire des Actes, José A. Baragaño. Nous avons reçu l’ancienne résidence de Gelats comme siège et nous avons commencé à travailler avec un énorme enthousiasme. Nicolás, avec sa bonne humeur traditionnelle, sa bonhomie et sa politique de bras ouverts a été un facteur solide dans le succès initial. Roberto, l’éternel animateur des revues et des publications, a immédiatement conçu la revue Unión qui, dès son premier numéro, est sortie avec le prestige de nos meilleures signatures : Alejo, Fayad. Luis Martínez Pedro a dessiné le logo que nous utilisons encore actuellement. À coté de Nicolás, j'ai entrepris la création de La Gaceta de Cuba dans laquelle nous comptions l'appréciable coopération de Felito Ayón en utilisant les ateliers d’Úcar García. Chaque nouveau numéro nous rassemblait dans l’imprimerie et nous le prenions du marbre, avec l'encre fraîche, pour relire les textes et jouir de la mise en page. En même temps, j’ai aussi fait les premiers pas pour fonder la maison d’édition Unión et les premiers titres ont commencé à sortir immédiatement.

 

Dans notre Union des Écrivains et des Artistes on voit nettement qu’il existait une continuité depuis les intellectuels qui ont fondé notre nationalité jusqu'à ceux qui ont pris les armes pour défendre notre révolution socialiste. Une même pulsion, une même raison, un même élan est ce qui a défini nos créateurs dans leur recherche d'une transformation de la vie. Il y a eu des écrivains et des artistes à Yara et au Moncada, il y en a eu à Baire et à Girón, il y en a eu dans la milice et dans le zafra (récolte de la canne à sucre), il y en eu dans les lignes antifascistes d’Espagne, dans l'Escambray, dans les brousses d’Afrique, il y en a eu dans toutes les affrontements, dans toutes les tranchées, dans toutes les luttes idéologiques. Et l'UNEAC continue avec ce même esprit combatif et résolu.