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La peinture de Roberto Fabelo, un mystère encore à découvrir
Par Ortelio Rodríguez Alba Traduit par Alain de Cullant
Les visages de Roberto Fabelo sont nés d’un cauchemar ou d'une imagination vorace.
Illustration par : Raúl Corrales

Les visages de Roberto Fabelo sont nés d’un cauchemar ou d'une imagination vorace. Ils poussent sans temps pour le geste amical, encrés dans leur douleur ou absorbés par leurs terribles obsessions. Ils prennent vie comme sortis d’un caprice…

Ces sont, au moins pour moi, certaines des impressions que l’œuvre de Fabelo me produit, si proche du surréalisme et, à la fois, surpassant n’importe quelle étiquette que nous tentons d'imposer à son style personnel.

Roberto Fabelo émerge dans les années 1970, après l'obtention de son diplôme de l'Ecole Nationale d'Art. Dessinateur par excellence, la délicatesse de son trait a toujours montré les incitations du corps humain et de la faune. Son œuvre reflète l'empreinte de deux grands maîtres espagnols, Velázquez et Goya, étant donné la conception figurative de l'image assumée avec un certain air grotesque.

Il est éloigné d'une orientation locale, ses pièces ne semblent pas suivre les tendances de la mode mais une fine intuition qui l'a amené à l'étude obsessionnelle des génies de la peinture, principalement espagnole, en consonance avec une tradition picturale cubaine assise dans ces paradigmes et ostensible chez d’autres artistes modernes tels que Fidelio Ponce de León, l’illustre créateur de Camagüey.

L’harmonie spirituelle avec Ponce et ses figures spectrales, dominées par un expressionnisme rude mais possédant une profonde poésie existentielle, n'est pas un hasard. Fabelo le reconnaît comme son débiteur  et il le considère comme un Maître de l'avant-garde dans l'île.

L’ouverture conceptuelle de la fin des années 70 du dernier siècle a rendu propice l'ascension de l'artiste vers les recherches dans l'ordre de la composition. Son style se module vers un changement distinctif, Leonardo Padura le décrit ainsi :

« Une dimension plus profonde et plus complète apparaît dans ses dessins des années 1980, à partir de sa série Image du populaire (avec laquelle il s’approche à l’image du Cubain depuis une perspective critique, essayant de la démontrer dans ses attitudes et ses comportements)… » 

Les images d’un nouveau répertoire graphique surprennent, les polémiques dans le tracé du Cubain, éloignées du paysage d’une Caraïbe où la sensualité et la musique dominent tout. L'île n'est pas toujours un paradis et, dans son histoire complexe, les vicissitudes et les déchirements sont liés. Fabelo se converti en chroniqueur du quotidien à travers une image angoissante de l'existence. Ses portraits dominés par des gestes tranchants et des milieux surréalistes émergent. La poésie douloureuse naît de la vie, répartie en fragments vitaux…

Ce sera le titre d'une de ces séries, étonnante par l'impact visuel de la proposition. À travers elle, Fabelo – explorateur des mondes fabuleux – découvre une iconographie attrayante où il incorpore son imaginaire, débordant d'humanisme sans rhétorique.

Le changement du langage et les grands formats en papier kraft l’associent à la graphique monumentale. Il s'appuie sur la force de l'image, sans considérer les limites quant au support, ni à la disposition des pièces pouvant conformer l’œuvre, s’appuyant sur la valeur du blanc et des gris. Ses métaphores hallucinantes germent.

Son exécution montre une conception plus réfléchie, propre de l'approche de la réalité environnante et des problèmes universels qui affectent l'homme, assumés avec une perspective contemporaine.

Pourvu d'une gamme chromatique réduite, l'auteur obtient un échantillon de métaphores symboliques qui convertissent l'histoire, l'évolution de chaque jour dans l'événement inhabituel après son quotidien incontestable. Le chroniqueur surgit et le perspicace dessinateur mûrit.

Jusqu'à ce jour, Fabelo n'a pas changé quant aux variations stylistiques, incorporant des pratiques artistiques comme l’installation et le collage et, même si sa nature génétique peut être reconnue au moyen de ses tracés féroces, ses peintures restent encore un mystère à découvrir.