IIIIIIIIIIIIIIII
Raul Corrales, la grande photographie cubaine
Par Nelson Herrera Ysla Traduit par Alain de Cullant
L’œuvre de Raúl Corrales continue à impressionner pour son esthétisme, son humanité et cette prodigieuse subjectivité.
Illustration par : Raúl Corrales

Le 29 janvier marque un nouvel anniversaire de la naissance de Raúl Corrales (1925-2006), un des grands noms de la photographie cubaine du XXe siècle, Prix National des Arts Plastiques en 1996.

Au milieu du complexe panorama de la photographie contemporaine, menacé par cette marée incontrôlable d’images prises par des appareils numériques dans tous les coins de la planète, l’œuvre de Raúl Corrales, réalisée analogiquement, continue à impressionner pour son esthétisme, son humanité et cette prodigieuse subjectivité qui l'a amené à appuyer sur l’obturateur depuis un angle et une perspective inédits aux côtés d'autres grands photographes cubains depuis les années 1960 jusqu'à la fin du siècle dernier.

Très tôt il a été un photoreporter journaliste donnant le témoignage de certains événements historiques qui nous émeuvent encore pour la grandeur et la magnificence de leurs images, dans lesquels il incorpore un ensemble de codes et de symboles qui caractérisent l'époque marquée par l'épique et la passion dans toute l'île (et que le New York Times a utilisé avidement dans ses grandes pages).

Des musiciens portant des trompettes et des tumbadoras (sorte de tambours) en harmonie avec les mitraillettes et les fusils, des paysans heureux de marcher sous la pluie, des femmes radieuses du changement dans leurs vies, des vêtements déchirés couvrant le corps des travailleurs, parmi d’autres thèmes, ont attiré l'attention de Raúl Corrales alors qu’il se mouvait avec une rare agilité dans toute la géographie insulaire avec ses cheveux en désordre et ses énormes lunettes ayant une monture en plastique.

À mon avis, plus que sa réalisation indélébile pour l'histoire de la photographie cubaine, serait la série dédiée aux étudiants qui travaillent la terre dans les appelées écoles à la campagne, à peine connue, comparable en grande mesure à des séries mémorable de Sebastian Salgado dans les mines de la Sierra Pelada au Brésil ; des femmes indigènes du Juchitán de Graciel Iturbide ; de la Havane nocturne de Constantino Arias dans les années 1950 ; des handicapés et des marginalisés de Paz Errazuriz au Chili ; celles de Paolo Gasparini et de Luc Chessex sur l'Amérique Latine et les Cubains et j’oserai même citer celle que Martín Chambi a dédié aux hommes et aux femmes qui vivaient à l'intérieur du Pérou dans les années 1930. Dans cette liste de notables photographes essayistes, Raúl Corrales occupe une place pertinente, même si aujourd'hui son œuvre n'atteint pas encore la reconnaissance qu’elle mérite.

À Cuba, les arts visuels ont une dette avec ce photographe « formé » dans les journaux et les entreprises cinématographiques, dans les archives étatiques : un autodidacte spontané, cordial, implacable avec la facturation du traitement et de l'impression, dont l’œuvre devrait être dépoussiérée et revisitée afin que beaucoup puissent apprécier la qualité de ses portraits, ceux-ci converti en un grand genre de la visualité cubaine grâce à ce juste équilibre avec lequel il a su armer ses compositions dans l'espace bidimensionnel du papier photographique, mettant ainsi en évidence toute la plasticité du sujet photographié, ses lumières et ses ombres et dans lesquels on sent l'influence sculpturale.

Le temps a donné raison de son œuvre, dont nous pouvons nous sentir pleinement orgueilleux.