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De la littérature au cinéma dans un inédit de Carpentier
Par Yuri Rodríguez Traduit par Alain de Cullant
À propos d’une lettre d’Alejo Carpentier à l'acteur nord-américain Tyrone Power
Illustration par : Marta María Pérez

La lettre d’Alejo Carpentier à l'acteur nord-américain Tyrone Power qui est publiée à la suite, inédite jusqu'à maintenant et appartenant aux fonds de la Fondation qui porte le nom de l'intellectuel cubain, appartient aux pourparlers qui  ont eu lieu sur la première tentative, connue, d’apporter le monde narratif de Carpentier au grand écran, il y a déjà plus de cinq décennies. Voir la lettre originale

Un après-midi de la fin de l’année 1956, Alejo Carpentier, alors qu'il écrivait son article habituel pour la colonne « Letra y Solfa » pour le journal El Nacional de Caracas, a reçu un câble de Tyrone Power lui demandant son bon vouloir quant à filmer une version des Los pasos perdidos (Le partage des eaux).

Le projet a commencé à se dessiner après le consentement de l'auteur. Celui-ci prétendait, en plus d’apporter Los pasos perdidos au cinéma, de commencer la production d'une série courte, d’une grande qualité artistique, avec la présence de techniciens et de directeurs ayant une compétence prouvée, selon les dires de Tyrone Power, qui était producteur et protagoniste du film.

En raison de ses positions de gauche et les régulations du maccarthysme, Carpentier n’a pas obtenu de visa pour entrer aux États-Unis, la rencontre entre les deux homme a eu lieu au Mexique, un pays où Tyrone Power jouait dans un film tourné par les studios Churubusco. Carpentier est sorti du rendez-vous réjouit en corroborant le but du Nord-américain de respecter  l'esprit de l’œuvre littéraire.

Lors des conversations, ils ont convenu d'utiliser de la couleur en correspondance avec l'évolution psychologique du personnage ; ils ont parlé du rôle des dialogues dans le film et déterminé que le tournage des intérieurs du film serait à New York et à Londres et que les extérieurs seraient filmés au Venezuela, dans des sites naturels sélectionnés par Carpentier et Power, qui se rendraient dans la nation sud-américaine à cet effet.

Le choix du metteur en scène et de la musique étaient parmi les aspects à définir, quand le script technique serait fait. Power a proposé à Carpentier l'élaboration du script, celui-ci a décliné la proposition mais il s’est engagé avec sa supervision. Finalement, Irwin Shaw a été choisi pour ce travail, un des meilleurs adaptateurs pour le cinéma et la télévision, un spécialiste qui, au long de sa vie, avait adapté les œuvres de notables auteurs de la littérature universelle tels que Tolstoï, O’Neill ou Marguerite Duras, parmi d’autres.

D’autre part, l'impact de Los pasos perdidos continuait, un roman publié lors de ces années en Angleterre, aux États-Unis, en Norvège, en Allemagne, en Finlande et en France, le pays dans lequel il a eu le Prix du Meilleur Livre étranger, alors que le projet du film avançait, après la réalisation du script technique de la part d’Irwin Shaw.

Mais la mort inattendue de Tyrone Power, suite à un infarctus du myocarde, en novembre 1958, a frustré la tentative d'apporter cette pièce narrative de notre premier prix Cervantes au celluloïd.

La lettre que nous mettons à la disposition des lecteurs présente, parmi d’autres aspects, l'esprit de coopération de Carpentier pour travailler en équipe, sa préoccupation pour éviter les stéréotypes qui pourraient donner une fausse image ou non actualisée de l’Amérique Latine, le soin méticuleux avec lequel il signalait les détails comme des éléments du contexte, son attention sur les habitudes obsolètes et inappropriées du langage qui attentait contre la vraisemblance du film, ainsi que sa claire conception de la différence entre les codes opportuns dans la littérature et dans le cinéma, des raisons qui confirment le lien médullaire qu’Alejo Carpentier a eu avec le septième art durant sa vie.

Voir la lettre originale

http://www.cubacine.CULT.cu/Sitios/revistacinecubano/digital16/CAP01.htm