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Ethnicité de la communauté haïtienne de Cueto
Par Jean Maxius Bernard Traduit par
Contrairement aux Haïtiens vivant marginalisés dans les pays discriminatoires, ceux de Cuba en général et de Cueto en particulier sont légalement des Cubains intégrés dans le système politique et socio-économique du pays.
Illustration par : Marta María Pérez

Cueto est l’une des quatorze Communes de la Province d’Holguín qui s’étend sur une superficie de 9,300 km² de l’ancienne région orientale de Cuba. Cette Commune de 325.8 km² se situe précisément à la croisée des chemins menant d’Antilla à Santiago-en traversant Marcané, Alto Cedro, Palma Soriano, San Luis – et vice versa à Baracoa- en passant par Mayarí, Cayo Mambí, Sagua de Tánamo, Moa, etc.

Alto Cedro, rencontré sur la voie ferroviaire, est le premier point d’option du  train voyageur pour aller à l’ouest en direction de La Havane ou contourner les côtes nord-orientales vers Baracoa. Cueto est la première ville rencontrée sur ce second parcours. Sa position géographique entraîne son développement urbanistique. La tradition conserve la chanson de Francisco Repilado, surnommé Compay Segundo qui a mis en musique la légende romanesque de Chan chán et de Juanica. Au portail de la ville où passe le chemin  de fer est érigé le buste  du musicien portant les vers suivants:

«Por Cueto miles pasan pero muy pocos llegan» : ainsi est libellé un proverbe espagnol exprimant la légende des traversées d’Antilla à Mayarí en passant par Cueto. A l’angle de ces trois contrées, s’enfonce la Baie de Nippe s’ouvrant sur l’Océan Atlantique et permettant aux embarcations de pénétrer au profond de la partie orientale de  l’île.

Comme centre commercial, alimentant une florissante industrie sucrière, Cueto a considérablement évoluée, d’autant que ses terres, s’étendant sur de vastes plaines, sont fertiles. Celles-ci reçoivent de la mère nature une forte pluviosité faisant croître naturellement les plantations.

Urbanisé au début du XXe siècle, ce centre commercial  hérite sa dénomination de l’implantation des centrales sucrières dans la  région et surtout de la dépossession des anciens propriétaires terriens au profit des grandes compagnies nord-américaines. Selon une anecdote bien connue, un litige de ce genre opposait les héritiers d’Andrés Duany à l’entreprise internationale «United Fruit Sugar Company », qui administrait aussi la « Nipe Bay Company ». Dans ce litige, les Duany étaient représentés par Antolín de Cueto et Luis Fernández de Marcané, deux avocats de Santiago qui ont plaidé en faveur des dépossédés. Grâce à leur talent, ils ont pu gagner le procès déroulé entre 1913 et 1914. Les terres récupérées sont identifiées  par leur patronyme.

 L’anecdote n’a pas dit si ces célèbres avocats ont reçu des terres en honoraire ou s’ils ont vécu sur les lieux portant leur nom. Ce qui est certain, c’est que des gens vivant dans la ville ou dans les localités environnantes se nomment Cueto. Angelica Martinez Cueto, une descendante haïtienne, en est une. Son père, à qui on a donné le nom de Miguel Martinez Blanco, était un Haïtien, natif de Gros-Morne/Gonaïves; sa mère, Adriana Cueto Poll, est une Cubaine d’origine haïtienne. Au cours d’une entrevue, Angelica a évoqué la mémoire d’une grand’mère qui serait de Port-salut. Serait-elle la mère de son père ou de sa mère ? Au cas où la seconde hypothèse se révèle vraie, cette grand mère maternelle a sans doute  immigré à Cuba où elle a lié avec un certain José Cueto, père d’Adriana  Née le 9 février 1925, celle-ci est encore vivante et habite la ville de Cueto.

 Quant à Angelica, surnommée « manmie », elle vit actuellement à Biran où travaillaient son père, son beau-père et même son mari, mort il y a environ vingt-cinq ans. Angelica et sa famille (fils, filles, petits-fils, petites filles) sont bénéficiaires d’une maison du village construit en 1969 dans le cadre de l’exécution des projets sociaux  de la révolution triomphante.

 Situé au pied d’Alto Cedro, Birán est  la grande habitation sur laquelle Don Angel Castro, père des Présidents Fidel et Raul Castro, avait établi ses plantations agricoles et ses entreprises commerciales. Là sont né et ont grandi les frères et les sœurs Castro. L’un d’eux y vit encore en habitant une modeste maison distante de quelques mètres de celle d’Angelica. Sur les plantations des Castro et même au sein de la famille vivaient des Haïtiens. Edouardo Benjamin en était l’homme de confiance: sa maison et sa photographie sont parmi les objets retrouvés dans le musée qu’est devenu l’établissement. Aujourd’hui, Birán est un Conseil populaire  formé du village récemment construit, de la paysannerie contiguë et du musée susmentionné.

Le dernier recensement réalisé en 2012 dénombre dans la Commune de Cueto une population de 32,999 habitants d’origines diverses: espagnole, libanaise, syrienne, chinoise, etc. De cette population d’origines étrangères, une portion remarquable est constituée de descendants haïtiens dont certains, fils ou petits-fils d’anciens braseros, sont nés dans les baraques où vivaient leurs parents. Ceux qui habitent la ville de Cueto sont les plus aisés. Le rôle joué dans le processus révolutionnaire ou le bénéfice tiré leur a permis de laisser ces baraques pour vivre en villageois, en occupant des maisons construites dans le cadre de l’exécution des projets socio-révolutionnaires. Contrairement aux Haïtiens vivant marginalisés dans les pays discriminatoires, ceux de Cuba en général et de Cueto en particulier sont légalement des Cubains intégrés dans le système politique et socio-économique du pays. Néanmoins le maintien de la culture haïtienne a fait de ces haitiano-cubains une ethnie particulière. Cette culture est entretenue non seulement dans les familles (à travers l’usage et l’apprentissage de la langue créole, la préparation et la dégustation de mets typiques d’Haïti, la pratique du culte vodou) mais aussi dans les gaguères et les festivités populaires animées par des groupes promoteurs de la  tradition haïtienne.

A Birán comme à Cueto, on rencontre ces groupes-promoteurs chantant et dansant les chansons et les danses folkloriques d’Haïti. Ils sont invités à animer des festivals provinciaux ou nationaux organisés par des institutions étatiques. Ils sont souvent des organisateurs ou des amphitryons de ces festivals. Depuis des années, Maison Municipale de Culture finance l’organisation d’un « Festival des traditions haïtiennes ». La IX édition a été célébrée du 21 au 24 août 2014; la Section culturelle de l’Ambassade d’Haïti à Cuba a été invitée et a pris part à cette édition. Le groupe « Jacmel » en a été l’amphitryon. Le centre-ville  et le village de Birán ont accueilli les activités. La musique traditionnelle d’Haïti, les scènes de «rara» et le «boule-diab» sont entre autres les scénarios qui ont fait l’éclat de ce festival  révélant l’ethnicité de la communauté haïtienne de Cueto.