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Des Saints aux Loas, il n'y a qu'un pas...
Par Jean Erich René Traduit par
Il existe une certaine filiation entre les Morts, les Saints de l'Église Catholique et les Loas du Vaudou. Ce sont les éléments incontournables de la vie culturelle haïtienne depuis l'époque coloniale.
Illustration par : Marta María Pérez

Il existe une certaine filiation entre les Morts, les Saints de l'Église Catholique et les Loas du Vaudou. La différence parait-il est d'ordre purement sémantique. Le catéchisme nous apprend que certains d'entre nous vont en Enfer, un lieu de tourments, pour être brûlés d'autres iront au ciel pour jouir avec les Anges et les Saints, selon leurs œuvres. Selon la liturgie du vaudou les loas sont appelés indifféremment Saints, Anges, Esprits, Bagailles. Les Morts assistent les vivants dans leurs quotidiens, affirment nos Houngans. Souvent ils apportent les numéros de la borlette. Nos âmes trépassées sont capables de nous prévenir de certains dangers et proférer des menaces contre ceux et celles qui n'obéissent pas à leurs injonctions. Foutaises, diront les incrédules. N'empêche que ce sont les éléments incontournables de la vie culturelle haïtienne depuis l'époque coloniale.

Les Saints de l'Eglise Catholique sont des morts béatifiés par le Vatican sous les témoignages des miracles rapportés par certains fidèles. C'est ainsi qu'on fabrique nos Saints. N'existe-t-il pas des Saints non canonisés? Pourquoi n'y a-t-il pas un Saint ou bien une Sainte en Haïti où vit un peuple souffrant mais bon. Les loas sont des morts vénérés par les Houngans grâce à leurs oracles au profit de leurs pitites feuilles. Ces deux manifestations de la vie religieuse ont un point commun: la survivance après la mort. Les Saints et les Loas possèdent la faculté de voir d'entendre et d'intervenir auprès des vivants. On observe une certaine concomitance entre les panthéons Catholiques et Vaudou. L'iconographie des Saints catholiques et des Loas du vaudou est la même. Cependant les mêmes personnages portent des noms différents dans les deux religions. On les invoque pour les mêmes motifs. Selon l'histoire la Fête des Morts a préexisté à la Toussaint inventée longtemps après par les dirigeants catholiques pour garder leurs adeptes captifs de leur doctrine.

Pour  la correspondance  de manière distinctive  dressons un tableau en deux colonnes en plaçant le catholicisme à gauche et le vaudouisme à droite

Catholicisme

Vaudouisme

Jésus-Christ

Lenglensou

St Joseph

Loko Atissou

Vierge Marie

Erzulie

Santa Barbara

Erzulie  yeux rouges(vengeresse)

Notre Dame du Perpétuel  Secours

Erzulie Dantor

Sainte-Rose de Lima

Erzulie Freda

Saint-Pierre

Legba

Saint-Martin de Porrès

Baron Samedi

Saint-Jacques Majeur

Ogou

Sainte-Claire

Clermesine

Saint-Patrick

Damballah ou Loa Couleuvre

Saint-Gérard Magella

Guédé Nibo

Selon les Sciences biologiques à la mort tout s'arrête. La mort est-elle vraiment la fin de la vie ou le passage vers une autre vie qui n'est pas matérielle? "Notre ami Lazarre est en train de dormir", soulignait Jésus à l'attention de ses disciples. Donc la mort ne serait qu'un sommeil profond.

Jean11: 11: "Ayant dit cela, il cria d'une voix forte: Lazare, sors!"
Lazarre n'est pas le seul exemple de résurrection mentionné par la Sainte Bible.
Mathieu 28:5 -7 La Résurrection de Jésus. Le Dimanche de Pâques on a relevé avec stupéfaction l'absence de Jésus dans son tombeau. La Bible mentionne encore d'autres cas de résurrection. Citons:

1 Rois 17:17-24 Elie ressuscite le fils de la veuve de Sarepta

2 Rois 4 : 32-37: Élisha ressuscite son garçon

Luc 7 : 11-17: Jésus ressuscite le Fils unique d'une mère dans une ville appelée Naïn

Luc 8 : 40-56: Jésus ressuscite la fille de Jaïrus

Actes 9: 36-42 la résurrection à Joppé de Tabitha par l'apôtre Pierre

Actes 20: 7-12 la résurrection de Eutychus par l'apôtre Paul

Nous constatons que le Christianisme abonde en guérison et en témoignages éloquents de résurrection tant au niveau de Jésus que de ses disciples. Les Houngans sont d'excellents guérisseurs et font revenir certains morts à la vie. Ne faut-il pas établir là une relation plus directe avec la vraie doctrine du Christ?

Le Vendredi Saint après la Sainte Cène Jésus a fait ses adieux à ses disciples. Le Dimanche de Pâques Jésus est monté aux Cieux. Dans la religion vaudou on rapporte l'histoire de ces vieilles qui réunissent leurs enfants pour annoncer leur départ vers la Guinée. Vêtues d'une robe blanche, après le Babaco, suivi d'une danse, elles pénètrent dans la mer ou la rivière jusqu'à leur disparition ou encore au fond d'une boisée pour prennent leur envol et s'estomper dans le décor. Le Vaudouisme et le Catholicisme ont un tronc commun: Mentionnons ce syncrétisme religieux que manifestent nos compatriotes qui consultent en cachette les Houngans pour bénéficier de l'oracle des Loas.

L'existence d'une vie après la mort est le fondement même de la foi chrétienne. L'assistance des morts aux vivants est le socle de la religion vaudou. Sans les Saints et les Loas ni le Catholicisme ni le Vaudouisme ne sauraient être  fonctionnels. On prie les Saints, on adore le Saint Sacrement de l'autel, on interpelle les loas, aux pieds du Pe, autour du Poto Mitan. Face à certaines difficultés, les esprits invoqués parlent dans le Govi. La permanence de la vie est concrétisée par les manifestations de l'âme après la mort. Devrions-nous avoir peur de mourir si la mort est un passage obligé de la résurrection vers le continuum de la vie sur la terre. Par ailleurs la Bible nous parle du Paradis Terrestre non pas du Paradis Céleste. Le Paradis des Indiens se trouvait aux Abricots non loin de Jérémie. Le ciel serait le privilège strict de Dieu et des élus (Apocalypse 14: 1- 4 ). Autant dire que nous sommes terriens c'est à dire que notre âme est rivée à cette planète où dominent l'air, l'eau et le feu.                                                                                      

 Au sens biblique, le mot âme signifie individu. Le vaudou parle du Gros Bon Ange et du Petit Bon Ange et détient la technologie pour son embouteillage. C'est une erreur fondamentale d'ignorer les éléments de notre culture. Tant et aussi longtemps que nous refusons de saisir nos vraies dimensions culturelles nous serons toujours méprisées comme des épaves larguées sur une mer démontée. L'Ethique Protestante de Max Weber a prouvé l'origine du capitalisme triomphant en prêchant l'abstinence. Des Saints aux Loas il n'y a qu'un pas.